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4e Dimanche de Carême A

4ème Dimanche de Carême –A-

1 Sam 16. 1, 6-7, 10-13 Eph. 5, 8-14 Jn 9, 1-41

Le 23 mars dernier, l’Eglise célébrait la fête d’un évêque espagnol du 17ème s., St Turibe. Il fut nommé archevêque de Lima, au Pérou, colonie espagnole. En ce temps-là, on se posait la question de savoir si les Indiens avaient une âme. C’est dire que les colons espagnols profitaient de la situation pour les exploiter.
Quand l’évêque invitait les colons à changer de comportement, ils répondaient : "C’est la coutume !" Et l’évêque répliquait : "Jésus a dit : ’Je suis la vérité’. Il n’a pas dit : ’Je suis la coutume."

Obéir à une loi demande quelquefois de notre part un effort important. Autrefois, dans un monde stable, se conformer à la coutume, à une tradition, nous paraissait indiscu-table. C’était une sécurité.
Il nous reste encore des vieilles formules convenues pour saluer et prendre congé. Il y a encore des coutumes familiales comme les rencontres pendant les fêtes de fin d’an-née. Il y a des coutumes paroissiales ou diocésaines : fête annuelle ou pèlerinage.

Nos réflexes sont plus rapides que notre réflexion. Cela ne date pas d’aujourd’hui.
Un jour, Samuel est invité à se rendre chez un père de famille, Jessé. Il doit faire une onction d’huile sur un de ses enfants qui, le moment venu, remplacera le roi Saül. Le premier des fils que Samuel aperçoit est Eliab. C’est un beau et grand garçon. Samuel n’hésite pas. C’est sûrement lui qu’il faut consacrer. Ce garçon a la prestance qui con-vient aux rois. Samuel doit déchanter. Si les hommes regardent l’apparence, Dieu re-garde le cœur.

Dans l’évangile, les pharisiens sont troublés. Ou bien, l’aveugle n’a jamais été aveugle ou bien Jésus est un pécheur puisqu’il a fait de la boue, un jour de sabbat, pour le gué-rir. Instinctivement, ils penchent vers cette deuxième hypothèse.

Dans la mesure où nous sommes construits, (et nous le sommes d’une certaine façon), nos premières réactions ont leur source dans notre éducation, notre tempérament, la cultu-re, les coutumes locales qui nous ont modelés, la volonté de défendre ce qu’on appelle "nos valeurs".
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Quand il s’adresse aux Romains, Paul leur dit que Juifs ou non-juifs, ils sont tous pé-cheurs. Aujourd’hui, dans le texte qu’on appelle "la lettre aux Ephésiens", il s’adresse, de sa prison à Rome, à tous les chrétiens venus du judaïsme et des religions païennes. Tous, ils croient en Jésus mais ils restent habités par des idées enracinées dans leur tê-te, dans leur cœur et dans leur comportement depuis des générations. Il leur dit : "Autrefois, vous n’étiez que ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes de-venus lumière ; vivez comme des fils de la lumière."

Par le baptême, ils sont devenus des créatures nouvelles. Ils ont été intégrés dans l’E-glise qui est un Corps. Ils sont comme le noyau d’une humanité nouvelle.
Si Paul leur demande de vivre comme des fils de la lumière, c’est qu’il y a encore des ombres dans leur vie. Autrefois ils n’étaient que ténèbres. Maintenant, ils sont baptisés mais ils ne sont pas que lumière.
Ce que dit Paul nous concerne. Jésus a pris sur lui nos refus d’Alliance.
Etre baptisé, c’est entrer avec Jésus dans la nuit de son tombeau.
Etre baptisé, c’est aussi sortir de son tombeau avec une vie nouvelle.
Jésus, Christ, nous partage sa lumière de ressuscité.

Trois remarques  :

1).La lumière n’existe que par opposition à la nuit. D’elle même, la nuit n’engendre que la nuit. La nuit noire est angoissante. Elle paralyse.
Beaucoup de familles aujourd’hui sont plongées dans des situations qui leur paraissent sans issue. Elles sont comme dans la nuit. Elles disent : "On ne sait pas comment en sortir." Sortir de la nuit, voilà leur projet ! Une lumière dans la nuit, si petite soit-elle, ouvre un chemin.

2). Parfois, il nous arrive de clore un débat en disant : "C’est évident."
La prudence nous a peut-être appris à préciser : "Pour moi, c’est évident."
Evidemment (!) tous, nous sommes porteurs d’une lumière. Elle vient de notre éduca-tion, d’une discipline que l’on a assumée, de notre affrontement à la vie concrète.

Le prophète Samuel a appris à se méfier des évidences. Il est désarçonné : aucun des enfants de Jessé ne convient à Dieu : "N’as-tu pas d’autres garçons ?"
La solution vient de là où on ne l’attendait pas. "D’autres garçons ?" Il n’en restait qu’un, le petit dernier. Il est devenu le grand roi David.

Il faut avoir été trituré par sa propre nuit pour apprécier une lumière venue d’ailleurs.
Nous supportons mal la prétention de ceux qui ont réponse à tout.
Parce qu’un rayon de la lumière du Christ est présent au cœur de chaque homme, cha-que homme a besoin de la lumière des autres.
L’homme a découvert l’électricité et inventé les ampoules électriques. Il n’a pas dé-couvert ou inventé la lumière de Dieu. Elle est révélée en Jésus Christ. Elle lui est offerte. Il la reçoit s’il le veut bien. Il ne peut l’accaparer mais il peut se laisser trans-former par elle.
Il permet à la lumière du Christ de se propager par lui. S’il a pu être écran, il peut de-venir relais. L’homme, éclairé par la lumière du Christ, est une lumière pour les hom-mes de son temps. Si cette lumière pénètre sa vie, elle devient repérable pour ceux qui traversent une nuit. Souvent à son insu ! Peut-être même pour les générations suivantes !

3). Baptisés, nous ne vivons pas dans un monde à part. Pour vivre dans ce monde tel qu’il est, sommes-nous structurés dans notre foi ? Sommes-nous absorbés par les in-quiétudes de notre temps et complices de ce qu’il appelle ses valeurs au point de faire écran à la lumière de la foi ? Permettons-nous à la lumière du Christ d’infiltrer dans notre monde un peu d’espérance ?

Le carême est le moment d’en prendre conscience : Nous ne sommes pas que lumière. Une prière de l’Eglise dit ceci : "Père des lumières, ton Christ a brillé sur nous pour que nous ne marchions pas dans les ténèbres, Fais-nous vivre dans la vérité et nous viendrons à ta lumière." (Jeudi, 3ème sem. Laudes)
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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