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3e Dimanche de l’ Avent A

1ère lecture : Isaïe 7/10-16

10 Le Seigneur parla encore ainsi au roi Acaz :
11 « Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut. »
12 Acaz répondit :
« Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. »
13 Isaïe dit alors :
« Écoutez, maison de David !
Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes :
il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu !
14 C’est pourquoi le Seigneur lui-même
vous donnera un signe :
Voici que la jeune fille est enceinte,
elle enfantera un fils,
qu’elle appellera Emmanuel
(c’est-à-dire : Dieu-avec-nous).
15 De crème et de miel il se nourrira,
jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien.
16 Avant que cet enfant sache rejeter le mal
et choisir le bien,
la terre dont les deux rois te font trembler
sera laissée à l’abandon

A propos de cette lecture :

En 735-734 avant le Christ au moment où ce récit est écrit, sur le petit Royaume de Jérusalem, règne un descendant de David, Achaz.
Dans les versets qui précèdent notre extrait, et au second livre des Rois (2R 16), on découvre Achaz qui a environ 20 ans ; il vient de monter sur le trône de Juda. Il est de la lignée de David. Cette lignée, depuis la prophétie de Natan (2S 7), qui soutient la promesse de Dieu selon laquelle elle sera une royauté à jamais stable, une royauté en laquelle le Seigneur sera pour le roi un père, et le roi un fils pour le Seigneur.

Les rois de Damas et de Samarie se dirigent vers lui, menacent Jérusalem, pour le forcer à s’allier à eux contre l’Assyrie : les armées de Syrie et de Samarie, ont déjà pris position aux frontières du royaume. Ils cherchent à détrôner Achaz et à le remplacer par un autre roi qui sera leur allié contre la puissance politique qui monte, celle de Ninive. Achaz est désorienté et sans doute mal conseillé. Il se trouve devant un dilemme : accepter la proposition de Damas et de la Samarie ou faire allégeance à l’ Assyrie. Il choisit l’Assyrie et ce faisant il ne reste pas fidèle comme David, son père dans une confiance totale en Dieu. Il craint d’autant plus qu’il a sacrifié son fils (son unique). C’est dans cette ligne qu’il cherche le salut : en offrant des sacrifices et brûlant de l’encens sur les hauts lieux, sur les collines, et sous tout arbre verdoyant (2R 16, 2-4). En tuant son fils, Achaz a cassé sa lignée et la promesse qu’elle porte depuis David.
Par contre s’ il refuse de s’allier à Damas et la Samarie, en cas de victoire de ceux-ci, il sera déposé, un autre roi prendra la place et ce sera la fin de la dynastie davidique. Le roi tremble pour son royaume et sa dynastie.
La position d’Achaz est claire : il a plutôt choisi de s’allier à l’Assyrie, alors qu’ une telle alliance entraîne la soumission du Dieu d’Israël aux dieux assyriens et à meirs rites. C’est au plus fort de son dilemme que pris par la peur, affolé il a été jusqu’à sacrifier son fils. Achaz, descendant de David n’a plus de fils : il l’a immolé par le feu. Devant ce problème, Achaz ne veut miser que sur la diplomatie humaine et ses alliances politiques.

Avant d’aller plus loin nous pouvons déjà constater qu’une des plus grandes tentations qui nous guettent sans doute, c’est la démission devant les faits et lorsqu’on ne compte que sur soi on peut dire sans plus. « On n’y pourrait quand même rien changer ».

Les versets d’Isaïe ouvrent une brèche dans notre raisonnement et nous parlent d’un événement bien concret dans la vie du peuple et qui n’a rien à voir avec la naissance de Jésus, fils de Marie. (Même s’il est vrai que Matthieu reprendra ce texte et l’interprétera pour nous parler de la venue de Jésus dans le monde).

V 11 : C’est alors qu’Isaïe va trouver Achaz qui surveille les travaux de fortification, il le retrouve « à l’extrémité du canal de la piscine… » et l’invite à ne pas craindre et à prendre la mesure , en face de du Seigneur, de ceux qui tentent de le déstabiliser et qu’il appelle « ces deux bouts de tisons fumants . Il l’invite à mettre sa confiance en Dieu : « si vous ne croyez pas, vous ne vous maintiendrez pas ». La foi exige une absolue confiance. Mais Achaz cherche ses solutions partout hors de Dieu, alors que Dieu serait prêt à lui donner un signe s’il le demande. Il n’y est pas encore. Il faudra encore une autre intervention du Seigneur pour convaincre Achaz de renoncer à ses calculs politiques et se confier au Seigneur.
V11 : Le Seigneur propose un signe à Achaz comme pour l’aider à croire. Il va jusqu’à lui laisser le choix : « demande un signe au Seigneur, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut. ». Le signe qu’il est appelé à demander c’est en vue d’obtenir une garantie de Dieu, l’assurance que Dieu est avec lui et donc la délivrance de ceux qui se préparaient à l’attaquer.
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V12 : Par manque de foi, Achaz refuse de revenir sur sa décision : il tente de s’en sortir par une pirouette et trouve même une excuse à ce refus : il ne veut pas tenter Dieu, il ne veut pas le mettre à l’épreuve, il ne veut pas le fatiguer. Ce mot « fatiguer à ici un sens très fort, c’est se rendre insupportable au point d’en faire pour l’autre un sujet de querelle, voire d’accusation devant les tribunaux » A. Vanel dans Ass du Sgr. Il ne veut pas tenter Dieu, dit-il : demander un signe de confirmation serait douter de la Parole de Dieu, lui manquer de confiance. En contradiction totale avec ses intentions et son projet. Ce qui retient Achaz c’est ce n’est pas seulement lui mais toute la maison de David qui a pris avec lui cette option face à la coalition avec Damas et Samarie.
Or, c’est cela qu’ Isaïe lui reproche. La vraie question n’est pas de tenter Dieu mais d’abdiquer devant les faits qui provoquent notre foi et de lui faire totalement confiance. Dieu ne se contente pas de glisser des signes dans la création, dans des faits sans vie. Dieu signe sa présence de salut au milieu des humains, par des actes ! « Demande un signe : ce n’est pas un ordre, mais une humble prière de Dieu qui se tourne vers l’homme. Demande-le en ces lieux mêmes où tu as offert l’encens à une idole, en haut ou au fond. Ici, le Seigneur confesse son propre règne présent partout, un règne qui dépasse celui des idoles. » Le Nom qu’il se donne en présence de Moïse, il ne le renie pas. Il est Celui qui il sera avec nous dans notre histoire tourmentée. Pour Dieu, il n’y a pas des faits sans vie, mais des hommes qui vivent des événements sous lesquels parfois ils se trouvent broyés. Dieu prend fait et cause pour son peuple comme il l’a fait pour les Hébreux opprimés en Egypte. Mais souvent l’intervention de salut de Dieu fait voler en éclats tous nos projets humains.

V13 : Achaz lasse les hommes, en tout cas son refus d’écouter le prophète Isaïe et ses avertissements. Il lasse aussi Dieu « mon Dieu » et non pas « votre Dieu : Isaïe se désolidarise du roi et de sa suite » Feu Nouveau JF Baudoz n° 57

V14 : Verset difficile et riche dit Osty. Malgré les résistances et les refus d’Achaz Dieu va donner un signe à toute la maison d’Israël. Le prophète promet au roi Achaz la naissance d’un enfant (prince héritier de la couronne). Une toute jeune fille, même pas mariée va concevoir le futur roi. Entrée sans doute depuis peu à la cour royale et enceinte, elle va mettre au monde un fils inattendu qui sera de la lignée de David, qui est sans doute Ezéchias, appelé par Isaïe « Emmanuel ». Par lui, on verra que Dieu est avec nous. « Isaïe reporte sur cet enfant qui va naître l’espérance fondée sur les promesses de Dieu faites à David et à sa descendance. » Feu Nouveau. Avant qu’il ait atteint l’âge de raison, l’Assyrie aura châtié Damas et Samarie, ce sera la délivrance.
« A travers cet enfant, élu de Dieu, le prophète donne à entrevoir la possibilité d’un renouvellement du monde » BJ note p. 1127. Toute l’espérance se reporte sur l’enfant qui va naître, Ezéchias. C’est lui qui sera « le salut dans la tourmente, l’expression de la présence active de Dieu ». Cependant Ezéchias lui aussi commettra des erreurs, il décevra encore mais il aura permis d’effectuer la sortie de crise. La promesse de l’Emmanuel va trouver son aboutissement et son sens dans la venue de Jésus.
Peut-on jamais prévoir ni prédire l’action de Dieu ? Il a sa façon à lui de signer sa présence au bas de notre histoire, pour l’ouvrir sur l’avenir. Il rend possible l’impossible : Emmanuel, Dieu avec nous !
« Jamais on ne vit un tel roi. Du coup, cette promesse a pris une autre couleur. Peu à peu, elle est devenue le fondement d’une espérance : comme ce fut le cas au temps du roi Achaz, et quelles que soient les infidélités dont les hommes sont et seront capables, le Seigneur, lui, demeurera fidèle, et il accomplira sa promesse. » I. Leman.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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