Accueil > Prier avec nous > Homelies > 3e Dimanche de l’Avent

 

3e Dimanche de l’Avent


3ème Dimanche de l’Avent

Il est banal de dire que nous vivons dans un monde de plus en plus technique et en même temps de plus en plus incertain, inquiétant.
Dans notre société qui se défait et se déchire, celui qui profite d’un petit pouvoir ou d’une petite notoriété protège son petit coin de privilèges. Sa vie est ceinturée de certitudes qui paralysent son regard et ses oreilles. Ce qu’il pense est absolument vrai et donc ce que pense l’autre ne peut être qu’absolument faux. Il a un regard précis sur une partie des problèmes de la société ; il a ses remèdes qu’il croit universels.
Il arrive que les médias réduisent les téléspectateurs à n’être que des témoins de dé-bats inaudibles et donc inutiles. Les intervenants parlent très vite. Sans doute, ils veulent dire le plus de choses possibles avant d’être interrompus. Et ils le sont. Heureux sommes-nous quand il n’y en a que deux à parler en même temps. Le but du débat semble être d’empêcher le concurrent de s’exprimer.
Le désordre de la parole ne peut engendrer que du désordre dans la société.

Ce comportement interroge chacun de nous. Dans nos conversations, il nous arrive de ne pas pouvoir s’exprimer parce que la parole nous a été coupée et il nous arrive de couper la parole aux autres. Si nous ne la coupons pas, nous cessons d’écouter, nous devenons sourds et nous élaborons notre réponse en attendant que l’autre se taise.
Toute pensée qui s’écarte un peu de ce que nous pensons est suspecte. Et nous voilà incapables d’entendre une parole qui interpelle nos raisonnements spontanés. Nous arrive-t-il de laisser un interlocuteur s’exprimer quand ce qu’il dit ne rejoint pas nos convictions ? Pourtant, il peut nous dire quelque chose d’intéressant.
Il y a des sessions où on s’exerce à l’écoute bienveillante. L’existence même et la nouveauté de cette initiative révèlent la gravité de notre surdité. Puisque le cœur de l’homme ne change pas, ne serions-nous pas dans la situation du peuple de Dieu au temps d’Isaïe ?
*
_Ce matin, le prophète Isaïe nous dit ceci : « Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. Alors se dessilleront les yeux des aveugles et s’ouvriront les oreilles des sourds. »
Quand on profite de la vie d’une manière qui nous parait honnête mais qui quelque part peut être déraisonnable, on n’imagine pas qu’on prend les chemins de la catastrophe. Inlassablement, Isaïe met en garde le peuple de Jérusalem qui se croit protégé par la présence du Temple, la Demeure de Dieu. Il ne voit pas où sa manière de vivre va le conduire. Devenu sourd, incapable d’entendre les avertissements du prophète, il s’enfonce davantage dans la mauvaise conduite.
Sa manière de vivre va lui valoir une correction dont il se souviendra. Isaïe ne sait pas ce que sera cette épreuve mais il sent qu’elle sera épouvantable. Il ne peut pas avoir prédit l’Exil mais il perçoit la correction et aussi l’au-delà de la correction.
« Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. »

Les gens auront alors une forme olympique sur une terre qui sera comme un paradis.
Ils regarderont les choses et les gens comme Dieu les voit. Et, dans telle ou telle parole entendue, ils discerneront une parole de Dieu.
*
Dans l’évangile, Jean Baptiste est en prison. On sait la raison : il a reproché à Hérode d’avoir détruit le couple de son frère en prenant sa femme pour épouse. Mais dans la solitude de son cachot, il va découvrir qu’il est prisonnier de l’idée qu’il se fait de Jésus. Il attendait un meneur de foule et ses disciples lui racontent que Jésus passe son temps à guérir des malades ! C’est quand même pas ça qui va changer le monde !

« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Il y a dans cette question une dose d’espérance et une peur d’être déçu une fois de plus. Il y a dans l’histoire tant de sauveurs qui ont conduit à des catastrophes !
Jésus ne répond pas par un discours où il exposerait son projet. Il invite les messagers de Jean à constater par eux-mêmes ce qui se passe. « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez. » L’humanité est remise d’aplomb et « les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. »
En entendant parler des pauvres, nous pensons à ceux qui vivent et meurent dans la rue, aux chômeurs sans espérance, à ceux qui se privent de chauffage, aux malades, aux enfants sans repères de famille. Aux victimes des bombardements à Alep et ail-leurs, à tous les réfugiés à la recherche d’un point de chute.
On pourrait aussi penser à ceux que l’envie de devenir toujours plus riches ou plus puissants, a rendus moins humains. Ils n’ont qu’une calculette dans le cerveau.
Tout homme a un long chemin à parcourir pour découvrir qui est Jésus.
*
Justement, dans sa lettre, St Jacques nous redit le lien qui existe entre l’attente et la patience : « En attendant la venue du Seigneur, prenez patience. » Et il donne une teinte d’endurance à la patience !
Les techniques d’aujourd’hui rendent la patience difficile. La vitesse des moyens de transport (quand tout va bien) diminue les distances. L’informatique donne instantanément la réponse à nos questions et la moindre panne nous déstabilise. Mais, en dépit de toutes les techniques, la personne humaine reste un mystère. Connaître l’histoire de quelqu’un et sa pensée demande une longue fréquentation.
Qui oserait dire qu’il connaît bien Jésus ? Souvent on le réduit à l’image qu’on se fa-brique. On le connaît en marchant à sa suite. Toute découverte dévoile une autre question et alimente le goût de la recherche, une recherche qui n’est jamais stérile.
Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles. (Ps 145)
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>