Accueil > Prier avec nous > Commentaires 1ére lecture > 3e Dimanche de Carême A

 

3e Dimanche de Carême A

Rom 5,1-2.5-8 Tout est grâce

Romains 5 :

1 Ainsi donc, justifiés par la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ ;
2 par lui nous avons accès, par la foi, à cette grâce en laquelle nous sommes établis et nous mettons notre orgueil dans l’espérance de la gloire de Dieu.
3 Bien plus, nous mettons notre orgueil dans nos détresses mêmes, sachant que la détresse produit la persévérance,
4 la persévérance la fidélité éprouvée, la fidélité éprouvée l’espérance ;
5 et l’espérance ne trompe pas, car l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.
6 Oui, quand nous étions encore sans force, Christ, au temps fixé, est mort pour des impies.
7 C’est à peine si quelqu’un voudrait mourir pour un juste ; peut-être pour un homme de bien accepterait-on de mourir.
8 Mais en ceci Dieu prouve son amour envers nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.

A propos de cette lecture.

La première partie de l’épître aux Romains pouvait être intitulée : « libération ou justification de tous ceux qui croient » et la seconde partie : « la certitude de notre espérance ».

Paul a montré, en Abraham le croyant, que Dieu fait de nous des justes par la foi, et non par notre pratique de la loi. « Il renonce à la prétention d’acquérir le salut par ses seules forces, notamment à travers des œuvres prétendues bonnes » Blanchart –Feu Nouveau 4

A partir de ce chapitre 5, ce n’est plus la foi qui est au centre de l’exposé de Paul. Il évalue à présent la condition nouvelle à laquelle nous sommes ainsi promus et ce qui change à partir du moment où l’on vit dans la foi. Maintenant son regard se porte vers l’avenir incertain plutôt que vers la grâce de ceux qui sont établis dans la foi.

Même s’il n’en parle explicitement qu’aux versets 10 et 11 (non retenus ce dimanche),
le début de ce chapitre parle de réconciliation : « 10 Si en effet, quand nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison, réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. 11 Bien plus, nous mettons notre orgueil en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ par qui, maintenant, nous avons reçu la réconciliation.

Paul commence par une argumentation fouillée à propos de la certitude de notre espérance, certitude basée sur sa propre expérience et sur l’Ecriture.
Les deux premiers versets mettent en place le lien entre justification (justifiés par la foi) et la réconciliation, « grâce dans laquelle nous sommes établis ».

Il cite les expériences positives qui, elles, donneront la certitude, mais il n’éludera pas pour autant les expériences négatives qui, elles aussi, peuvent conduire à l’espérance. « Conscient de son impuissance à gagner le salut, l’homme peut reconnaître en la personne du Christ l’unique médiateur par lequel nous est accordé ce que Paul appelle l’accès au monde de la grâce » Blanchard.

v.1 Jadis pécheurs, « nous voici en paix avec Dieu », puisque la foi nous rend solidaires de Jésus ; Segond traduit « ayons la paix », d’autres traduisent « nous devrions avoir la paix » ou encore « nous avons vraiment la paix avec Dieu ». Ce qui est certain c’est une nouvelle relation de foi que nous vivons avec Dieu. « La paix » que donne le Christ ressuscité est signe de sa présence (ressuscité) au cœur des fidèles, des croyants rassemblés dans une relation toute nouvelle.

Ce qui apparaît dès le premier verset, c’est que la justification est un fait acquis, contrairement à la conception juive qui l’espérait partiellement pour l’avenir, elle est porteuse de la Paix : « je vous donne ma paix » a dit Jésus.
Ce don de la paix nous oblige à reconnaître un état antérieur d’absence de paix.
Cette absence ne serait-elle pas le refus de Dieu par l’homme ? Refus qui aurait engendré l’hostilité de l’homme et le péché ?
Le « shalom » biblique comporte toute une gamme de significations : harmonie, paix, bien être. Si Paul utilise ce terme c’est pour exprimer que le justifié vit maintenant dans une harmonie rétablie avec Dieu, avec le prochain, avec lui. Car, nous sommes libérés par la foi : « ainsi donc justifiés par la foi »

Cette justification entraîne des conséquences : « La justification fait donc accéder celui qui en bénéficie à un régime nouveau, à un Royaume établi avant lui et en dehors de lui grâce à la Réconciliation » Dupont –La réconciliation dans la théologie de St Paul.

Le premier fruit de la justification par la foi, c’est l’humble reconnaissance de notre état de pécheur et l’accueil plein de confiance de l’œuvre divine manifestée dans la miséricorde du Seigneur, donc du don de la paix. Cette paix suppose qu’il y ait eu un état antérieur de guerre ou de conflit.

v. 2 Le second fruit : « Nous avons accès par la foi ». L’accès ne se fait plus par nos mérites, nos actes mais par la foi à la grâce, grâce à l’invitation du roi au festin des noces. L’idée d’accès fait penser à l’introduction, dans la salle de festin du roi, de ceux qui sont entrés revêtus de l’habit de noces que nous obtient le Christ.
Le justifié est introduit dans un état de grâce, signifié par cet habit de noces, don de l’Esprit, et de l‘amour dont il est revêtu. Cet état de grâce l’introduit dans une relation toute nouvelle avec le Père ; elle donne sécurité et confiance.

La 2e partie du verset annonce plutôt une certitude liée à l’espérance dans l’avenir. : Paul regarde loin devant, vers l’avenir final d’une paix entière.
L’espérance chrétienne n’est pas un optimisme béat, ni une confiance naïve en un avenir facile, ni une fuite de ce monde, encore moins une fuite de la réalité et du passé. L’espérance chrétienne se fonde sur la certitude de Jésus-Christ mort-ressuscité, certitude basée sur son don d’amour accompli dans sa passion-mort et la réponse de Dieu le ressuscitant. La certitude de l’espérance est avant tout basée sur ce que Dieu a fait et ne cesse de faire pour son Christ, son peuple et pour nous.

C’est de cette certitude dont il est question dans les v 5-11.
La foi nous rend solidaires de Jésus. En lui, nous reconnaissons le Christ qui exerce sur nos vies sa puissance de « Seigneur » ressuscité. Il nous installe dans le monde de la grâce et nous introduit dans le palais de Dieu.
Notre sujet de fierté ce ne sont pas nos mérites, mais l’espérance de la gloire de Dieu. Aussi l’œuvre du Christ nous assure que Dieu veut nous rendre participants et nous conduire à sa gloire, à sa présence intime et définitive, déjà dès maintenant.

v.3 Le troisième fruit : la persévérance, la fidélité, l’espérance.
Nous oublions souvent le passage obligé que nous connaissons lors des difficultés, des détresses, des occasions de découragement : le parcours du Christ. Grâce à Lui, nous les supportons comme un test (la valeur éprouvée), sachant que Dieu ne nous trompe pas quand il nous appelle à espérer. Car Dieu nous a donné cet Esprit qui nous apprend l’amour que Dieu nous porte déjà.

v. 5 : c’est le verset central : « l’espérance ne trompe pas », elle ne déçoit pas parce que l’Amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs.
Le choix de ce verset se justifie pendant notre cheminement de carême qui nous invite à la persévérance joyeuse et à faire la relation entre l’Esprit Saint et l’amour de Dieu pour les hommes. La bible de Jérusalem traduit » l’espérance ne déçoit pas »
Parce que « Dieu a répandu l’amour dans nos cœurs par l’Esprit Saint ». C’est l’Esprit qui nous garantit à la fois le salut, l’amour de Dieu et l’avenir.
Après avoir évoqué la foi, l’espérance, Paul évoque maintenant l’amour. S’agit-il de l’amour de Dieu pour nous ou de notre amour pour Dieu ? (les exégètes discutent).
L’amour que Dieu a pour nous, celui qu’il nous a manifesté et donné, celui que nous avons pu expérimenter par la foi et celui qui nous a rétablis dans l’amitié avec Dieu ; cet amour nous pouvons maintenant le manifester aux autres.
Ainsi, la preuve de la justification acquise réside dans l’œuvre d’amour qui s’accomplit présentement en nous par l’Esprit.

« Voici le plus profond des changements intervenus et qui a rendu les autres possibles qui a eu lieu au tréfonds de nous mêmes, au point qui nous constitue chacun comme un être original. L’amour de Dieu et de l’Esprit Saint qu’il véhicule, nous ont été donnés.
On remarquera que l’ordre des facteurs énoncés par Paul pourrait être renversé : a) Esprit Saint donné ; b) amour répandu en nous ; c) espérance qui nous permet la confrontation avec l’épreuve ; d) qui se résout ainsi en persévérance ; e) nous pouvons dès lors considérer les épreuves qui nous surviennent comme une occasion de fierté. Justement parce que nous avons reçu tout ce qui était nécessaire » A. Maillot dans l’Epître aux Romains p 136-137

C’est l’expérience de Paul sur le chemin de Damas et il pense à l’expérience de tous ceux qui ont été baptisés en Christ. C’est l’expérience de l’Esprit comme un amour qui a été répandu dans son cœur.
Ce qui est certain c’est que l’espérance ne sera pas déçue. A la différence de l’AT qui restait dans le provisoire, le chrétien fait déjà l’expérience de ce qu’il vivra pleinement. Un avant goût de la divinité a été répandu dans nos cœurs, c’est le don de la paix lorsque l’Esprit vient en nous.

Un texte de Ch. Péguy peut illustrer le thème de l’espérance de ce v. 5. :
« Je vous le dis, dit Dieu, sans ce bourgeonnement de fin avril, sans cet unique petit bourgeonnement de l’espérance, qu’évidemment tout le monde peut casser, sans ce tendre bourgeon cotonneux, que le premier-venu peut faire sauter de l’ongle, toute ma création ne serait que bois mort. Et le bois mort sera jeté au feu. Et toute ma création ne serait qu’un immense cimetière »

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>