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3e Dimanche de Carême

2ième lecture : I Corinthiens 10/1-6.10-12

1 Je ne veux pas vous le laisser ignorer, frères : nos pères étaient tous sous la nuée, tous ils passèrent à travers la mer
2 et tous furent baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer.
3 Tous mangèrent la même nourriture spirituelle,
4 et tous burent le même breuvage spirituel ; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait : ce rocher, c’était le Christ.
5 Cependant, la plupart d’entre eux ne furent pas agréables à Dieu, puisque leurs cadavres jonchèrent le désert.
6 Ces événements sont arrivés pour nous servir d’exemples, afin que nous ne convoitions pas le mal comme eux le convoitèrent.
[7 Ne devenez pas idolâtres comme certains d’entre eux, ainsi qu’il est écrit : Le peuple s’assit pour manger et pour boire, puis ils se levèrent pour se divertir.
8 Ne nous livrons pas non plus à la débauche, comme le firent certains d’entre eux : en un seul jour il en tomba vingt-trois mille.
9 Ne tentons pas non plus le Seigneur, comme le firent certains d’entre eux : des serpents les firent périr.…]
10 Enfin, ne murmurez pas comme murmurèrent certains d’entre eux : l’exterminateur les fit périr.
11 Ces événements leur arrivaient pour servir d’exemple et furent mis par écrit pour nous instruire, nous qui touchons à la fin des temps.
12 Ainsi donc, que celui qui pense être debout prenne garde de tomber.

A propos de cette lecture :

Voici un texte qui peut nous préparer à renouveler nos promesses de baptême durant la Nuit Pascale.
L’Exode a laissé des souvenirs inoubliables pour le peuple Hébreu, encore valables pour les communautés de Paul et pour nous les chrétiens d’aujourd’hui auxquels Paul dit haut et fort : « celui qui se croit solide qu’il fasse attention de ne pas tomber »..
Quels sont ces souvenirs ? Paul fait appel aux chapitres 13 et 14 du livre de l’Exode qui rapportent la colonne de nuée et de feu qui accompagna le peuple et le conduisit à la mer des joncs. C’est dans cette région que les égyptiens les poursuivant, le rattrapèrent au bord de la mer. C’est là que, par l’acte de foi de Moïse, le Seigneur ouvrit à Israël une route dans laquelle il fit passer tout le peuple à travers la Mer Rouge : image de leur baptême mais aussi passage à travers les eaux préfigurant notre baptême.
On peut trouver une similitude dans les signes qui les accompagnèrent : la manne et l’eau jaillie du rocher préfigurent l’eucharistie. « Le rocher source qui accompagnait les Hébreux dans le désert pour les désaltérer rappelle une légende rabbinique dont Paul s’empare hardiment : « ce rocher c’était déjà le Christ ». Sève dans Saisi par le Christ p.99
Voilà déjà l’ébauche des signes de la présence de Dieu qui jalonnèrent leur périple au désert. Malgré tout ils doutèrent, se révoltèrent contre Moïse et contre Dieu.
Tels sont les signes qui jalonnent et accompagnent notre vie de foi.
Et Paul en reprenant ces souvenirs nous met en garde, à notre tour, afin de ne pas devenir idolâtres en nous laissant entraîner au mal ; que « ne convoitions pas le mal » et ne tentions pas le Seigneur, comme ils le firent en doutant de Dieu et se révoltant contre Lui

Paul part du Christ pour découvrir le sens profond et toujours actuel de Moïse dans le livre de l’Exode. Le baptême est un passage de la mort à la vie, une union avec le Christ mort et ressuscité. Paul n’hésite pas à dire « tous furent baptisés en Moïse » à propos de ceux qui traversèrent la mer, faisant du récit de l’exode un bel exemple communautaire d’histoire du salut ». M. Carrez, Cahiers Évangile n°66, p.33.
Paul applique aux premières communautés les traits typiques de la communauté au désert, bien qu’elle fut souvent infidèle : les Hébreux au désert apparaissent aux yeux de l’apôtre comme une communauté idéale : tous ont été plongés-baptisés dans la nuée, et tous eurent à passer la Mer…, tous ont mangé la manne, ont bu à la source du Rocher…
Pourtant ce n’est pas la majorité d’entre eux qui plurent à Dieu, nombreux, victimes de leur convoitise, jonchèrent le désert…

Le désert fut le temps où Dieu s’est fiancé à son Peuple, rêvant sans cesse de le ramener à Lui : « je le conduirai au désert et je lui parlerai au cœur ». Os 2,16
Or les infidélités à l’Alliance furent nombreuses : le veau d’or, le murmure et le défi lancé à Dieu dans l’épreuve de la faim et de la soif.
Prenant appui sur l’expérience des Hébreux au désert Paul rappelle ici que la vie de foi est soumise à l’épreuve, à la tentation et que beaucoup dans le désert succombaient même après avoir bu au rocher spirituel. « Ces choses se sont produites pour nous servir de figures, afin que nous n’ayons pas de convoitises mauvaises comme ils en eurent » v. 6
La pensée de Paul va plus loin encore : il voit dans ces événements et personnages du passé des « types » de la réalité accomplie par la venue du Christ. Le passé est une ébauche du projet final. Réalisé par l’incarnation du Christ, les événements de l’Ancien Testament ne sont qu’une annonce du Christ Total

C’était déjà le Christ qui d’une manière figurative et par l’intermédiaire de Moïse les guidait et les abreuvait au rocher. Pour Paul, Jésus est le nouveau Moïse, le prophète par excellence qui prend la relève et parachève l’œuvre du désert.
Aujourd’hui c’est Christ, nouveau Moïse, qui a pris la tête du peuple nouveau et qui, passant lui-même par la Mer (la mort-résurrection) à la tête du peuple nouveau, le conduit vers sa libération totale- pascale.

« La communauté des fils d’Israël apparaît ici pour Paul comme la figure typique de l’Eglise, et réapparaît ici le thème prophétique du petit reste des rescapés de la Foi.
Ce n’est que parce qu’il songe au baptême chrétien que Paul peut transposer la traversée de la Mer Rouge et l’épisode de la Nuée en rites mystérieux de l’initiation chrétienne. De même la manne et l’eau du rocher figurent les deux éléments de l’eucharistie »

Dans quel but Paul fait-il ce rappel du passé ?
Il s’adresse à des chrétiens issus du paganisme où les rites initiatiques et cultuels ont une place importante et entretiennent une mentalité magique.
Le risque est grand de revivre les nouveaux signes de la liturgie dans un esprit semblable alors que tout a changé. G. Gaide écrit : « de même que les figures du salut n’ont pas sauvés les Hébreux qui n’ont pas mis en pratique les exigences divines, de même les sacrements qui accomplissent ces figures ne sauveront pas les chrétiens de la colère divine, s’ils ne réalisent pas la conversion morale que signifient et exigent les sacrements »
« En effet, tout ce qui a été écrit dans le passé le fut pour notre instruction, afin que la constance et la consolation que donnent les Ecritures nous procurent l’espérance. » Rom 15,4.

Les Hébreux du désert ont reçu ce qu’on pourrait appeler les « pré-sacrements » du Baptême et de l’Eucharistie. Ce qui pourtant n’était pas une garantie d’infaillibilité. Tous n’ont pas été pour autant immunisés ! Aussi, Paul nous prévient : ne nous prenons pas trop au sérieux, nous qui avons été baptisés en Christ et à qui est donné le pain eucharistique. Le baptême n’est pas une lettre de noblesse ni un passe-partout. Il ne nous change pas magiquement. Tout comme le baptême en Moïse n’a pas changé en tout le peuple de Dieu mais bien sa relation avec Dieu, ainsi le baptême en Christ n’a pas changé notre être mais a transformé notre relation avec Dieu et les autres. Nous n’avons donc pas à nous croire meilleurs que les autres, autrement qu’eux, parce que baptisés.

Si, sur la route vers le Seigneur de Pâque, nous prenions conscience que de nous croire plus forts et meilleurs que les autres compromet le message évangélique confié aux faibles et aux petits ; si notre cœur étant changé, il offrait notre pauvreté à la Vie du Ressuscité, le renouvellement de notre promesse de baptême serait davantage percutant.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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