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3e Dimanche de Carême

LE MESSAGE DE LA CROIX

1 Corinthiens 1:17-29

17 Car Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais annoncer l’Évangile, et sans recourir à la sagesse du discours, pour ne pas réduire à néant la croix du Christ.
18 Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu.
19 Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents.
20 Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? Où est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas rendue folle la sagesse du monde ?
21 En effet, puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient.
22 Les Juifs demandent des signes, et les Grecs recherchent la sagesse ;
23 mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens,
24 mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
26 Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu : il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille.
27 Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort ;
28 ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est,
29 afin qu’aucune créature ne puisse s’enorgueillir devant Dieu.

A propos de cette lecture.

Avec la fougue qu’on lui connaît, Paul développe ici le paradoxe fondamental de la vie chrétienne, nous rappelant les choix préférentiels de Dieu et l’appel dont nous sommes l’objet de sa part.
Afin de restituer les 4 versets de la péricope retenue par la liturgie pour de 3e dimanche de carême, je propose afin de mieux saisir le mouvement, d’élargir notre péricope du verset 17 au verset 29.

Devant les conflits qui déchiraient la Communauté de Corinthe, l’Apôtre s’insurge contre la manie de discutailler ( v. 19 ) qui caractérisait le milieu grec, dans lequel l’Eglise à peine éclose, se déchirait.
v.18-19 : Contraste entre la sagesse humaine qui ne tient pas compte de Dieu et qui est centrée sur l’homme et la sagesse divine avec le langage de la croix.
« La prédication est folie » : c’est une absurdité que le Fils de l’homme ne soit pas reconnu et soit maltraité, alors que d’autre part les hommes souhaiteraient que Dieu détruise tout forme de mal.
Dimanche dernier Paul avait clamé haut et fort l’amour invincible de Dieu qui nous avait tout donné, jusqu’à son Fils unique pour le rachat de nos péchés et permettre ainsi que nous devenions ce que nous sommes en réalité : des fils et filles de Dieu, de notre Père.
Dans les versets de cette deuxième lecture, Paul développe le paradoxe fondamental de notre vie de baptisés. « Alors que les juifs réclament des signes du messie, et que le monde grec recherche une sagesse, nous, nous proclamons un messie crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les peuples païens. […] ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. »

Paradoxe que nous vivons nous aussi, lorsqu’ il nous arrive de revendiquer un Dieu à notre mesure, d’en attendre des " miracles", des manifestations indubitables de puissance, de nous faire une image ﷓ une idole ﷓ de Lui, à la manière d’un dieu﷓potentat qui nous arrange et nous épargnerait les risques et les défis de la Foi.

Michel Quenel dans une plaquette des Cahiers Evangiles « Epîtres aux Corinthiens » écrit : « les juifs demandent des miracles » . Jésus s’était plaint de l’appétit de ses contemporains pour les signes spectaculaires et avait refusé d’y répondre. Pourquoi ? Alors qu’aux moments clés de l’ancien testament , Dieu avait soutenu les hébreux par un certain nombre de signes et prodiges et que le souvenir en restait gravé dans leur cœur comme une manifestation de l’élection divine. Au cours de chaque célébration de la Pâque, par exemple, chaque famille se remémorait les prodiges de l’Exode…

L’intention de Paul est de démystifier une tendance qui est bien souvent encore la nôtre. Sans doute les chrétiens de Corinthe ne sont pas de grands intellectuels, « en bons Grecs qu’ils sont, ils aiment les beaux discours et ils veulent paraître cultivés. A cette époque, dans tout l’Empire Romain, les gens sont à la recherche de doctrines ésotériques, et un certain nombre dans l’Église voient dans la foi le moyen d’accéder à un savoir supérieur. » Bible des peuples.
L ‘éducation du peuple à partir de la Loi ou des miracles n’a aboli ni hypocrisie ni idolâtrie, ni tiédeur. C’est pourquoi Dieu décida d’employer une autre méthode : celle de la croix. Dieu est le Dieu de TOUS et, ses " privilégiés", sont avant tout les fragiles, les méprisés, ceux qui n’ont aucune valeur ( v. 27﷓28 ) auxquels I1 a voulu S’identifier jusqu’à la Croix !
Paul va donc leur dire que toute la sagesse chrétienne est contenue dans la Croix.

« Des Grecs sont en recherche d’une sagesse » : comme c’était déjà la pratique dans les milieux de culture grecque ainsi que dans le monde hellénistique décadent. Cette recherche n’a pas abouti à la découverte du vrai visage de Dieu. « Ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la créature au lieu du créateur » Rm. 1,25
Plutôt que d’être un chemin vers Dieu, la création a fait écran.
Ce double insuccès justifie le choix de la croix comme chemin de salut institué par Dieu en Jésus-Christ, non plus par voie de puissance mais par voie de faiblesse, non plus par voie de sagesse mais voie de folie. Nous continuons toujours de leur ressembler quand nous prétendons chercher Dieu au niveau de la pensée, de nos discussions,

Quant aux Juifs ils réclament des signes. Il est vrai que Dieu avait manifesté des signes de sa présence tout au long de la route des Hébreux au désert, il s’était fait connaître : ils auraient dû le reconnaître mais beaucoup sont morts faute de croire. Il leur manquait un esprit disponible, prêt à croire.

« A la plénitude des temps », Dieu s’est manifesté dans la folie d’un Christ crucifié Si Paul n’a pas connu le Christ vivant, ni connu sa crucifixion. C’est à partir de son expérience personnelle, de sa rencontre tout à fait exceptionnelle et unique avec le Ressuscité qu’il peut affirmer que la Foi est don de la Révélation dont la " démonstration" nous a été faite, une fois pour toutes, dans la Croix de JÉSUS CHRIST. La croix c’est le renversement des valeurs, elle est sagesse de Dieu, puissance de Dieu. Voilà qui va à l’encontre de nos raisonnements : un radical changement de valeurs. La sagesse est devenue folie et la puissance devenue faiblesse.

Paul a fait l’expérience de la faiblesse dans sa vie : « Le Seigneur m’a dit : Ma grâce te suffit, c’est dans la faiblesse que la puissance donne toute sa mesure. Aussi je me sens bien plus assuré dans mes faiblesses, car alors je suis couvert par la force du Christ. 2 Cor. 9
C’est dans la faiblesse que toute la puissance de Dieu atteint son achèvement, exerce toutes ses virtualités. Ce qui était une raison de douter et de ne pas s’engager devient un motif, une raison de confiance. On comprend pourquoi Paul met sa confiance dans ses faiblesses, car en elles et par elles, la puissance de Dieu éclate. Paul expérimente la force de Dieu au delà de ses limites et de ses faiblesses : la puissance du Christ « repose sur lui ».
« D’ailleurs le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour proclamer l’Évangile, et cela, sans discours élevés : sinon la croix du Christ perdrait tout son sens. Le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour nous qui sommes sauvés, c’est la force de Dieu. L’Écriture l’a bien dit : « Je détruirai la sagesse des sages et je réduirai à rien les raisons de ceux qui savent. » Voilà pour faire taire le sage, et l’homme cultivé, et le théoricien de ce monde, et la sagesse de ce monde, Dieu l’a mise au rang des fous, n’est-il pas vrai ! C’est que le monde, avec sa sagesse, n’a pas reconnu Dieu quand il mettait en œuvre sa sagesse. Il a donc plu à Dieu de sauver des croyants grâce à une folie que nous proclamons. » 1 Co. 1, 17-21
C’est le Christ qui donne sens aux paroles de Paul : c’est dans la croix, dans l’apparente absurdité de sa croix et de sa mort que Christ révèle la sagesse de Dieu. Dieu a choisi la croix pour dire la force de son amour, pour exprimer sa sagesse, sachant que la croix fait partie intégrante du mystère pascal de mort-résurrection. Le cœur du kérygme c’est le Christ crucifié.
Tout au long de l’histoire les sagesses et les signes se sont montrées inefficaces et n’ont pas permis pour autant la rencontre et la connaissance de Dieu. Nous attendons, nous imaginons toujours un Dieu à « notre mesure » qui déçoit parce qu’il n’est pas le vrai Nous exigeons tous un Dieu à leur mesure … Nous attendons de Dieu des miracles, des manifestations indubitables de sa puissance, nous cherchons en lui notre sécurité, sinon notre intérêt, nous nous faisons un Dieu en qui nous nous retrouvons et qui nous arrange. Car nous craignons trop la désinstallation et, nous voilà épargnés les risques et les défis de notre vie de foi.
Mais sommes-nous encore dans la foi telle que le Christ nous y a appelés ?
Paul nous rappelle que la foi n’est pas une opinion philosophique mais une révélation dont la démonstration nous a été faite une fois pour toutes dans la croix et la résurrection de Jésus Christ. L’évangile de la croix constitue la révélation de Dieu, celle-là même où il se manifeste comme le Dieu déconcertant qui ne se laisse ni deviner ni inventer parce qu’il est libre de son initiative.
« Dieu révèle ce qu’Il est par ce qu’il fait. Son dessein sur l’homme, réalisé en Jésus-Christ, dévoile son être intime…Si l’incarnation est acte d’humilité, c’est que Dieu est être d’humilité. L’humiliation du Christ manifeste dans le temps que l’humilité est au cœur de sa gloire…Paradoxe si fort que la raison vacille…Devenue chrétienne elle est invitée à contempler l’impuissance absolue du Christ crucifié…C’est la toute puissance du calvaire qui révèle la vraie nature de la toute puissance de l’Etre infini. L’humilité de l’amour donne la clef : il faut peu de puissance pour s’exhiber, il en faut beaucoup pour s’effacer. Dieu est Puissance illimitée d’effacement de soi » Varillon L’humilité de Dieu. Centurion pe 59…

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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