Accueil > Prier avec nous > Homelies > 3e Dimanche de Carême

 

3e Dimanche de Carême

19 mars 2006

3ème Dimanche de Carême -B-
Exode 20,1-17 1 Corinthiens 1, 22-25 Jn 2 13-25

Bien accueillis en Egypte, au temps de Joseph, (un des fils du patriarche Jacob), les Hébreux y étaient devenus des esclaves au fil de la succession des pharaons. Après 400 ans de présence, les Hébreux passent la frontière. Leur évasion ne fut pas une belle et longue procession mais plutôt une grande pagaille.
La traversée de la Mer Rouge fut un vrai moment d’affolement.

Les Hébreux ont donc quitté une Egypte qui avait des dieux, des temples, et un culte. Ils sont en route vers la terre de Canaan où ils y trouveront aussi des dieux, des temples et un culte.
*
Quand les hommes ne maîtrisent plus une situation, quand ils sont dépassés par les événements, les conflits, les épidémies, les périodes de sécheresse, ils ont besoin d’avoir quelqu’un à qui s’adresser, à qui se fier.
Selon la mentalité de l’époque, ils s’inventent des dieux qui sont comme des repères, des interlocuteurs, des refuges.
Ce sont les dieux qui luttent contre les épidémies et donnent la victoire sur les ennemis. Ce sont les dieux qui assurent la fécondité des troupeaux et donc la richesse des propriétaires et donc la considération. Les Hébreux ne peuvent pas s’imaginer sans dieux
*
Entre l’Egypte et le pays de Canaan, les Hébreux se trouvent entre deux civilisations, entre deux cultures, des cultures forcément religieuses. Vont-ils conserver les dieux d’Egypte ? Ils les connaissent bien ! Pour être bien accueillis, vont-ils adopter les dieux de Canaan ? Ce sont là de vraies questions.

De cette foule inorganisée, Dieu veut faire un peuple pas comme les autres. Il prend les devants. Il convoque Moïse au sommet du Sinaï et lui transmet ce qu’on a l’habitude d’appeler le « Décalogue », autrement dit « Les Dix Paroles »

On dit spontanément que le Décalogue est un ensemble de lois. Ce n’est pas si simple que cela. Il commence ainsi « Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir d’Egypte, de la maison d’esclavage. »
Cette manière de parler ne ressemble pas à l’énoncé d’une loi. C’est le bref résumé d’une longue histoire. Ce récit est le socle, le fondement des lois qui vont suivre. Les premières s’énoncent ainsi :
« Tu n’auras pas d’autres dieux face à moi. Tu ne feras pas d’idoles »
Il ne suffit pas de sortir d’une prison pour être libre. Dieu ne veut pas que les Hébreux, ayant quitté une situation d’esclavage, redeviennent esclaves autrement.

Comment devient-on esclave ? Tout groupe humain qui veut s’organiser finit par aboutir à un système simple. Il y a ceux qui commandent et ceux qui obéissent. S’ils n’y font pas attention, ceux qui commandent deviennent des maîtres qui peuvent se laisser prendre par le goût du pouvoir absolu. Ceux qui obéissent deviennent alors la propriété des maîtres. La dépendance totale s’appelle l’esclavage.
Le mot esclavage revient ces temps-ci dans les médias pour évoquer des situations passées mais il est illusoire de penser que l’homme d’aujourd’hui n’a plus envie de dominer son semblable, de se l’attacher, de le réduire à rien pour en disposer à sa guise. Que cherchent les grandes entreprises quand elles veulent fidéliser leurs clients ? Où est la frontière entre la fidélité et la dépendance ?

« Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir d’Egypte. Tu n’auras pas d’autres dieux que moi » Dieu dit au peuple qu’il est le seul artisan de sa libération. Cette libération est un cadeau de sa part. Qu’il n’aille pas remercier d’autres dieux ! Qu’il ne se laisse pas aller au culte des idoles !

C’est parce que les parents aiment leur jeune enfant qu’ils lui disent : « Ne touche aux ciseaux. Tu pourrais te blesser. » L’interdiction a sa source dans l’amour des parents. Evidemment, l’enfant désobéira. Il verra le résultat.
Les obligations du Décalogue ont leur source dans l’amour de Dieu pour nous. Se conformer aux obligations, c’est reconnaître dans la foi l’amour de Dieu pour nous.

Les commandements que Dieu donne sont comme autant de chemins pour devenir libres. Consignés par écrit, ils seront, au fil des siècles, développés, commentés, détaillés, et deviendront contraignants. Au lieu d’être un chemin vers la liberté, les lois deviendront un objectif sec qui se suffit à lui-même.
Les pharisiens en feront un instrument de pouvoir.

En donnant sa loi, Dieu veut construire des personnalités capables d’aborder les problèmes de la vie dans le respect de soi-même et des autres.
Quand la loi est mal vécue ou bien elle sécurise à bon marché ou bien elle paralyse. Quand elle est bien vécue, elle nous met en harmonie avec Dieu.
*
L’évangile de Matthieu dit que saint Joseph était devenu homme juste. Cela veut dire ceci : Il reconnaissait les dons de Dieu et donc il obéissait à la Loi. Il avait de bonnes raisons de rendre grâce à Dieu. Avec Marie, il devait fonder un foyer.

Quand il découvre que Marie attend un enfant, son premier réflexe est de la répudier conformément à la Loi. Selon le message de l’Ange, il revient sur sa décision. Construit par la Loi, il est devenu libre au-delà de la Loi.
*
L’évangile de Jean montre Jésus en train de nettoyer le temple. Dehors l’argent ! Place à la prière ! Lui-même sera le nouveau temple nettoyé de toute souillure.
Il sera le lieu de la rencontre de l’homme avec Dieu.
Par sa parole et ses gestes, Jésus, toujours parfaitement uni à son Père, sera le meilleur interprète de la Loi.

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>