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3e Dimanche C.

3ème Dimanche du T.O. -C-

Il faut du temps, ce qui veut dire plusieurs générations, pour s’enfoncer dans la dérive et il faut plusieurs générations, pour revenir à une vie saine.
En 538 av. J.C. Cyrus, roi de Perse (Iran) domine tout le Moyen Orient. Il autorise les peuples exilés à retourner dans leur pays. Des Juifs reviennent à Jérusalem. Arrivés les mains vides et le cœur plein d’espoir, ils sont mal accueillis par les non-Juifs qui se sont installés à leur place. Ils doivent reconstruire la ville, les murailles et le Temple. Pour cela, il faut résoudre les problèmes administratifs, techniques et financiers. Ils n’en sortent pas. Curieusement, le secours va venir… de la Perse, près de 90 ans plus tard, vers 450 av J.C.
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Lors de ce décret de Cyrus, des Juifs avaient décidé de rester en exil en Chaldée (Irak du sud). Ils s’étaient mariés et avaient eu des enfants. Néhémie est un de ces enfants de l’exil. Devenu fonctionnaire au service du roi de Perse, Artaxerxès 1er (lointain successeur de Cyrus), il est envoyé à Jérusalem pour coordonner la reconstruction de la ville.
Quand elle fut reconstruite, on imagina que la vie allait reprendre comme autrefois. Il apparut alors important de mettre le peuple en garde contre les mêmes dérives toujours possibles : l’exploitation des pauvres et la corruption. Le danger était réel.

Et c’est là qu’intervient Esdras, issu d’une famille sacerdotale, elle aussi restée en Chaldée. Passionné par l’étude de la Loi, il s’efforçait en exil de maintenir la foi de ses compagnons de misère en les rassemblant dans des locaux de fortune (qui plus tard allaient devenir les synagogues).
A Babylone, il était devenu en quelque sorte le chef du bureau des affaires juives dans l’administration perse. Il est envoyé lui aussi à Jérusalem avec la mission de reconstruire non pas la ville mais le peuple en lui donnant un repère, la Loi de Dieu.
Esdras ne commence pas par créer quelque chose comme une école de la foi. Il organise une fête pour mettre la Loi en valeur. C’est le texte d’aujourd’hui. Le peuple fut séduit et bouleversé. Il découvrait l’opportunité des exigences des Ecritures.
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Quelques observations
-1). A Jérusalem, la lecture est faite dans la langue originelle, l’hébreu que le peuple ne parle plus. Des lévites traduisent en araméen. La parole de Dieu doit être accessible au plus modeste des fidèles.

-2) Cette célébration marque un tournant dans la conscience juive. Désormais, à Jérusalem, en Judée et partout dans le monde, les Juifs seront construits par le souci d’observer rigoureusement la Loi. S’ils sont dispersés dans le monde et donc privés de Temple, ils se réunissent dans des synagogues, comme on peut dire que les chrétiens aujourd’hui ne se rassemblent pas tous les dimanches à la Cathédrale mais dans telle ou telle église paroissiale. Les rencontres chrétiennes se caractérisent par la célébration de l’Eucharistie qui commence par une écoute commentée de la Parole de Dieu.

- 3). On peut s’étonner de la capacité de la Parole de Dieu à surmonter les épreuves.
Au Temple de Jérusalem, elle avait sa résidence qu’on peut dire naturelle. Elle était le
socle qui régulait la vie des gens et la célébration de toutes les fêtes. L’infidélité des
rois et du peuple a fait que la Parole de Dieu a abandonné piteusement la ville sainte. Et la voilà qui revient intacte d’un pays étranger. Et elle revient avec la caution d’un empereur païen qui lui donne force de loi. Elle rassemble et captive les foules.

- 4). Aujourd’hui, dans un monde en profonde mutation, ne serions-nous pas dans la situation des Juifs au retour d’exil ? Si nous n’avons pas un pays à reconstruire, nous assistons à la naissance d’un monde nouveau. Partout et de plus en plus, les technciens sont aux manettes. Nous sommes poussés à croire que la technique va résoudre tous nos problèmes y compris celui de notre mort. Nous sommes émerveillés devant ce qui se fait aujourd’hui dans tous les secteurs de l’activité humaine.

Mais ces exploits techniques servent autant pour le malheur de l’humanité que pour son bonheur. Et les techniciens les plus pointus n’ont pas d’outils pour faire que tout homme devienne attentif à son frère démuni. Notre monde à tous les Néhémie nécessaires pour construire ; il a besoin de beaucoup d’Esdras pour faire entrer tout homme, où qu’il soit sur terre, dans le projet d’Alliance de Dieu.
Devant cette situation, comment vivons-nous nos liturgies de la Parole de Dieu à chaque messe ? Comment l’écoutons-nous ? Est-ce qu’elle finit par nous habiter ? Est-elle un repère pour murir nos décisions ? Quels seraient les efforts à faire pour rendre cette Parole plus féconde ?
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Quelques siècles après Néhémie et Esdras, Jésus quitte son atelier de charpentier à Nazareth pour aller commenter dans les synagogues voisines le texte de la Loi qui est proposé ce jour-là. Les fidèles comprennent ce qu’il dit ! Le bouche à oreille fonctionne « et tout le monde faisait son éloge. »
Un jour, il se présente dans la synagogue de son village, Nazareth. Invité à faire la lecture, il trouve un texte d’Isaïe qui décrit un monde où toutes les relations humaines sont redevenues heureuses. « Consacré par l’onction », il annonce qu’il est l’artisan de ce monde nouveau. « Cette parole que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »
Jésus n’annonce pas que les Romains vont gentiment repartir chez eux, Il ouvre un chemin que chacun peut prendre s’il veut construire un monde humain. Ce chemin a conduit Jésus à la Résurrection par la Croix. Chemin difficile !
Esdras disait : « Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart. »
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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