3e Dimanche B

2ième lecture : I Corinthiens 7/29-31

29.Voici ce que je dis, frères : le temps est écourté. Désormais, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’en avaient pas,
30.ceux qui pleurent comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui se réjouissent comme s’ils ne se réjouissaient pas, ceux qui achètent comme s’ils ne possédaient pas,
31 ceux qui tirent profit de ce monde comme s’ils n’en profitaient pas vraiment. Car la figure de ce monde passe.

A propos de la 2ième lecture

L’exhortation de l’Apôtre que nous lisons aujourd’hui se situe dans le contexte de la situation de la communauté, au cœur de la ville de Corinthe.
A Corinthe, les débordements et les dérèglements moraux propres au milieu portuaire de la ville, (prostitution, libertinage…), n’étaient pas sans influencer les membres de la communauté.
A celle-ci déjà bien divisée et menacée d’éclatement à propos de la sagesse de Dieu, du langage de la croix et de la sagesse des gens malins, Paul adresse un ensemble de mises au point.

.« Le temps est écourté…la figure de ce monde passe ». D’autres traductions : « le moment est critique…, le temps est limité …, le temps se fait court… », soulignent le caractère transitoire de la vie. Le verbe est au passif. Il ne s’agit pas tellement du temps chrono, du déroulement chronologique du temps : l’utilisation du mot kairos pourrait être traduit par « moment ». « Moment dans le sens où il nous arrive de dire : « c’est le moment, c’est l’instant à ne pas rater ! L’occasion où jamais ! Le moment fécond que saisit l’artiste ou le cameraman pour saisir l’événement ! Le moment critique en vue d’un choix décisif à faire, d’une option à prendre » A. Ruelle

« Le temps est limité », dit Paul, utilisant une image maritime évocatrice car familière aux Corinthiens : « le temps a cargué ses voiles ». Carguer selon le petit Robert veut dire serrer les voiles contre le mât au moyen de cordes, car on est tout proche du port. « Quel que soit le laps de temps qui reste à courir d’ici le Retour du Christ, de toute façon dans le Christ ressuscité, le monde à venir est déjà présent ». Désormais le port est proche ; dans le Christ ressuscité, le monde à venir est déjà présent.
X. Léon Dufour écrit dans « Assemblées du Seigneur » : « en ce monde-ci le monde à venir est déjà présent, ce monde-ci laisse la place maintenant déjà au monde qui vient ». C’est la présence du Seigneur ressuscité et notre adhésion à lui qui change tout. Il termine en disant : « le monde passe…elle passe la figure de ce monde ». C’est un moment historique et déterminant pour l’avenir de la foi. Il invite à considérer le terme de notre vie et à vivre en fonction de celui-ci. Puisque rien n’est durable allons voir le but et vivons en conséquence. Notre vie n’est-elle pas un pèlerinage et donc une invitation à mettre chaque chose à sa place selon l’importance.
Puisque entre les deux, le temps est limité et le monde passe, Paul insère cinq circonstances de la vie pour lesquelles il fait des recommandations et invite à faire « comme si ». Ce qui est étonnant c’est qu’il ne parle ni du Christ ni de Dieu dans ces versets. Quel sens donc donner à cette péricope qui nous invite à « faire comme si » ?
S’agit-il, comme le pensent certains exégètes, d’une forme de stoïcisme et d’un désengagement vis-à-vis du monde ? Il ne faut pas oublier que les chrétiens des premières générations pensaient qu’ils étaient la toute dernière génération avant la fin du monde.
Nous sommes au début du christianisme, au temps des premiers balbutiements, dans une société qui propose ses normes de vie bien différentes, opposées mêmes à celles que propose l’Evangile du Christ. Paul met sa communauté en garde,
Et invite moins à l’indifférence qu’à la vigilance.
Les versets suivants éclairent l’objectif de Paul : la foi met le chrétien dans une situation toute nouvelle qui oriente toute sa vie vers le Christ le rendant soucieux de trouver les moyens de plaire au Seigneur.

Le verset 29 commence par « le moment », le kairos, il est limité : le temps se fait court, le temps est écourté, expressions qui laissent croire que la fin du monde serait proche. En conséquence, « c’est le moment, c’est l’occasion à ne pas manquer, maintenant ou jamais ». Il est donc le temps d’une décision importante, radicale qui oriente toute une vie dans une direction radicalement nouvelle. C’est comme un saut dans le vide, un acte de foi dans le Seigneur, un oui qu’on ne peut plus repousser, une décision décisive car le kairos, est le temps, le moment du Seigneur. Moment sacré s’il en est.

« Ce moment décisif déterminant pour l’avenir de la foi, auquel Paul fait ici allusion ressemble fort à celui que l’Eglise vit aujourd’hui dans la crise de la société que nous traversons. On revient sans cesse à une situation identique, tant l’Evangile est en réaction aux valeurs courantes qui font référence et qui sont monnaie courante. Il en est ainsi de notre vie de foi qui n’est pas déterminée une fois pour toutes mais se vit dans la rencontre progressive avec Dieu et dans toutes les circonstances de la vie.
« Chaque kairos devient gros de l’acte divin définitif par lequel Dieu a ressuscité son Fils et nous a donné le salut, il a été comprimé par la chute du ciel en terre, il a acquis une dimension nouvelle qu’il faut sans cesse reconnaître, il n’est pas simplement plus près, il est rempli de la fin des temps, il est concentré par Dieu dans le Christ Jésus »

Ce temps, moment gros de l’acte divin : Dieu est au cœur – n’appartient pas à nous seuls. Ac. 1,7 « il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité » : Dieu dispose dans l’histoire des hommes, les étapes du salut, de sa préparation à son accomplissement.

« Puisque le temps s’avère modifié, le monde doit l’être aussi. »
« L’affirmation de Paul n’est ni désabusée ni menaçante mais encourageante : en ce monde-ci, le monde à venir est déjà présent, déjà maintenant il cède la place au monde qui vient. En langage paulinien, l’Esprit est à l’œuvre et donc la mort disparaît. »
« Pour Paul, le temps n’est pas une histoire sans fin, un fil qu’on peut indéfiniment délayer et qui un jour, on ne sait pourquoi, casse. Pour Paul le temps a gagné en intensité et pour cette raison s’est écourté. » XL Dufour. Assemblée du Sgr. 34 p. 28
Il s’agit donc de s’affranchir de tout ce qui peut nous posséder et empêcher de voir au delà, de voir le monde à venir déjà présent. Nous ne sommes pas que terriens, notre vie conduit à l’éternité.

Pour Paul, la rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas a jeté une lumière contrastée sur tout ce qui fait la vie quotidienne : acheter et vendre, se marier et être marié, pleurer et rire, posséder et perdre. La plus value a un effet dévalorisant sur tout le reste.
Paul invite à ne pas s’installer dans la médiocrité des petits bonheurs ou malheurs.
« Le temps est écourté et le monde que nous voyons passe. » En reprenant cinq domaines de la vie : le mariage, la douleur, la joie, la possession, l’usage des biens qui sont des réalités bien concrètes, Paul insiste pour que nous relativisions tout ce qui risque de nous posséder et nous empêcher de voir autre chose, de nous ouvrir à d’autres valeurs bien plus grandes. Il nous invite à les vivre en prenant leur juste place, réelle, en Christ.

Le sens du caractère relatif des réalités de ce monde devrait donc être le dénominateur commun entre tous les croyants et les amener dès lors à considérer comme secondaires les divergences qui existent entre eux et au contraire voir l’unité à rechercher d’abord envers et contre tout comme primordiale.
« Ils cessent d’être des buts et de tenir lieu d’horizon. Ils doivent laisser libres et entières les forces de ceux qui appartiennent au Christ. » Carré. Cah. Evang. 66 p.27
La rencontre avec le Christ loin de nous laisser indifférents, nous rend libres et nous permet de vivre l’Évangile en citoyen de l’avenir.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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