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3e Dimanche Avent A Lettre de St Jacques 5, 7-10

Jacques 5, 7-11

7 « Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive.
8 Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche.
9 Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte.
10 Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.
11 Voyez : nous proclamons heureux ceux qui tiennent bon. Vous avez entendu dire comment Job a tenu bon, et vous avez vu ce qu’à la fin le Seigneur a fait pour lui, car le Seigneur est tendre et miséricordieux . »

A propos de ce texte

La communauté à laquelle s’adresse Jacques connaît quelques difficultés : il a parlé de médisance, de rapacités dans les affaires, d’injustices. Réagissant face à ces contre témoignages, le croyant risque de s’impatienter et de tonitruer contre les auteurs de tels actes : « Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. » v.9 Jacques bien au contraire appelle à l’apaisement et les mots de cette péricope l’attestent avec force. Les mots patience, attente, tenir ferme, endurance, tenir bon donnent la tournure du passage et l’esprit dans lequel Jacques veut faire passer son message. Ce qui donne sens à la vie du chrétien est clairement écrit : le Seigneur est à notre porte et le Seigneur est tendre et miséricordieux.

Ce qui a fait problème pour les premières communautés chrétiennes c’était bien le immédiat et possible du retour du Seigneur.
Jésus avait répondu à Pierre au sujet de Jean : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. [et,] 23 Le bruit se répandit alors chez les frères que ce disciple ne mourrait pas. Or Jésus n’avait pas dit à Pierre : " Il ne mourra pas ", mais : " Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne. " Jean 21, 22-23 Beaucoup attendaient donc la « parousie ». Aussi les mots qui parlent de l’attente, de la patience, de la persévérance s’inscrivent bien sur l’horizon eschatologique dans lequel vivaient les premières communautés chrétiennes.

La patience : makrothymia en grec, la longanimité ; elle est un fruit de l’Esprit et la marque du chrétien. Le mot revient pas moins de quatre fois dans cette péricope et est soutenu pas l’invitation à attendre la maturation de la récolte. Jacques en parle de manière bien concrète et exemplaire au regard des pratiques du cultivateur qui dit-il respecte les différentes phases de croissance de la nature ; il admire son travail persévérant et endurant. Sans celui –ci sa patience attentive serait vaine : sa patience fait partie du travail de la terre et des semailles nécessaires et indispensables avant d’espérer une quelconque récolte.
Selon Maertens-Frisque : « La patience n’est pas une résignation. Elle est fruit de l’amour, volonté de découvrir l’autre et de tout faire pour l’aider à se libérer de ce qui l’aliène…Cela demande du temps…Puisse au moins l’amour avoir le temps d’aimer…Une réponse libre de partenaire dans l’amour exige du temps…L’amour dont Jésus aime les hommes peut être qualifié d’amour patient, parce qu’il est respect intégral de l’autre dans son altérité même ».
La patience mais pourquoi dans notre vie de foi ? L’attente, la patience : deux réalités qui sont bien à l’opposé de ce que notre civilisation qui nous propose et bien au contraire nous propose et nous habitue au tout, tout de suite et même avant si possible !
Cette patience était de rigueur déjà dans les premiers temps de l’Eglise, c’est pourquoi Jacques insiste. Les apôtres eux aussi ont été sais par d’impatience car il leur semble que les affaires traînent. Après la résurrection, avant que Jésus ne se sépare d’eux, ils lui avaient demandé, une dernière fois : « Seigneur est-ce maintenant que tu vas rétablir ton Royaume ? » et Jésus n’avait-il pas laissé pressentir un retour proche ? Les croyants de l’Eglise primitive attendaient la parousie avec impatience, ils l’attendaient pour un temps proche : Jésus avait bien annoncé son retour mais l’ambiguïté sur le sens de celui-ci a plané longtemps. Le retour du Christ se faisant attendre, les apôtres ont dû faire une sérieuse mise au point. L’attente du Royaume et de la venue du Christ ne concerne pas un immédiat mais un futur dont la venue est connue de Dieu seul.
Et cette attente ne doit pas et ne peut pas nous empêcher de bien vivre notre histoire, de nous engager pleinement dans les différents domaines où le Seigneur nous envoie.

C’est la persévérance et l’endurance qui permettent de vivre la patience comme une grâce et un don de Dieu et, aussi, de vivre le quotidien dans la paix, d’une manière consciente ; ainsi de nous faire grandir dans la foi. Celle-ci n’est plus utopique mais réaliste et concrète en référence à l’exemple du cultivateur.
Après avoir observé le cultivateur et invité à vivre la même patience, l’auteur en apôtre concret, donne des moyens d’être patient et un mode d’emploi pour vivre la patience.
La patience n’est pas la passivité en attendant que le Seigneur agisse à notre place, aussi va-t-il nous inviter au verset 10 à imiter l’exemple des prophètes qui ont été des exemples de courage, de patience, d’endurance et de ténacité face, en de nombreuses circonstances, à un peuple qui se décourageait, se rebiffait et se révoltait contre Dieu.

_ Le témoignage des prophètes est aussi un exemple de foi, c’est grâce à elle qu’ils ont persévéré envers et contre toute vraisemblance, allant souvent à l’encontre des idées du temps, opposés aux solutions faciles allant souvent à l’encontre de la Parole du Seigneur et à son Esprit. S’ils insistaient sur la patience dans l’attente du moment de Dieu, c’est appuyés et fondés sur la confiance totale et l’espérance dans le Tout Puissant qui n’a jamais renié ni oublié son peuple. Si parfois le découragement a pu les atteindre, le Seigneur est venu à leur secours et chaque fois leur a donné la force de poursuivre la route et leur mission de prophète au milieu de son Peuple.

v. 11, Jacques nous propose l’exemple de Job qui n’a pas renié son Seigneur alors qu’il connaissait l’épreuve par excellence, celle où tout lui échappait sauf la confiance inébranlable en son Dieu. En nous invitant à la patience (longanimité), il ne fait pas un sermon pieux pour nous inviter à nous résigner ; il nous engage à combattre comme l’ont fait les prophètes et à vivre l’épreuve dans la confiance totale au Seigneur, jusqu’à l’extrême comme Job. Il nous invite finalement à prendre exemple sur la patience de Dieu qui accepte nos ruptures, nos refus …à travers lesquels nous découvrons chaque fois, et de plus en plus, un Dieu de tendresse, lent à la colère et TOUJOURS PLEIN D ‘AMOUR.

Prière : « au seuil du temps liturgique de ta venue, nous te prions : creuse en nous l’attente de la réalisation de ta promesse ouverte et offerte en ton Christ ; creuse en nous l’espace d’accueil laissé libre depuis le jour de son départ et qu’il soit lieu en chacun où des frères, jusqu’à des tout petits, trouvent place et vie ; avive en nous la mémoire de la personne de ton Christ, nos cœurs et nos vies en seront transfigurés. »

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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