389.26e Dimanche B

2ième lecture : Jacques 5,1-6

5,
1 Et vous autres, maintenant, les riches ! Pleurez, lamentez-vous sur les malheurs qui vous attendent.
2 Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites,
3 votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille sera un témoignage contre vous, elle dévorera votre chair comme un feu. Vous avez amassé des richesses, alors que nous sommes dans les derniers jours !
4 Le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui ont moissonné vos champs, le voici qui crie, et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur de l’univers.
5 Vous avez mené sur terre une vie de luxe et de délices, et vous vous êtes rassasiés au jour du massacre.
6 Vous avez condamné le juste et vous l’avez tué, sans qu’il vous oppose de résistance

A propos de cette lecture :

Jacques abandonne ici le langage des sages pour reprendre celui des prophètes et crier aux foules : « pleurez, lamentez-vous, des malheurs vous attendent. »
Nous retrouvons des appels de cette trempe en Isaïe, Jérémie, Amos, Luc et Apocalypse. Citons quelques textes pour mieux nous situer.
Is 5,8 « Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, qui joingnent champ à champ jusqu’à ne plus laisser de place. »
Jér 5, 26 « Oui, il se trouve en mon peuple des malfaisants, ils guettent comme des oiseleurs à l’affût ; ils posent des pièges et ils attrapent des hommes. 27 Telle une cage pleine d’oiseaux, ainsi leurs maisons sont-elles pleines de rapines ; de la sorte ils sont devenus importants et riches, 28 ils sont gras, ils sont reluisants, ils ont même passé la mesure du mal : ils ne respectent pas le droit, le droit des orphelins, pourtant ils réussissent ! Ils n’ont pas rendu justice aux indigents. »
Amos 8, « 4 Ecoutez ceci, vous qui écrasez le pauvre et voudriez faire disparaître les humbles du pays, 5 vous qui dites : "Quand donc sera passée la néoménie pour que nous vendions du grain, et le sabbat, que nous écoulions le froment ? Nous diminuerons la mesure, nous augmenterons le sicle, nous fausserons les balances pour tromper.6 Nous achèterons les faibles à prix d’argent et le pauvre pour une paire de sandales ; et nous vendrons les déchets du froment."7 Yahvé l’a juré par l’orgueil de Jacob ; Jamais je n’oublierai aucune de leurs actions.8 A cause de cela la terre ne tremble-t-elle pas ? Tous ceux qui l’habitent ne sont-ils pas en deuil ? Elle monte, comme le Nil, tout entière, elle gonfle et puis retombe, comme le Nil d’Egypte. »

v. 1-4 Jacques commence par un cri reprenant celui du Christ après les Béatitudes ; Lc 6,24 : « malheur à vous, (hélas pour vous,) les riches vous avez reçu votre consolation ». La formule de Luc semble plus douce et nuancée. L’appel lancé par le Christ serait-il resté sans suite pour que Jacques y ajoute « des malheurs vous attendent ». Il désire, comme Christ, mettre la communauté en garde face à l’enjeu du Royaume, mais en menaçant du feu éternel ceux qui ne prennent pas suffisamment au sérieux ses appels.
Le problème n’est pas nouveau dans la communauté de Jacques et reste bien d’actualité dans notre société nantie, au cœur d’un monde de pauvreté croissante.
C’est bien donc un appel prophétique que Jacques et, à sa suite notre Pape François lance, avec autant de force, aux Eglises d’aujourd’hui qui ne prennent pas assez au sérieux les situations d’injustice auxquelles nous avons fini par nous habituer.
Et c’est justement en rappelant avec force les exigences de l’Evangile, auxquelles on est tellement habitués que celles-ci ne nous dérangent plus.
Jacques lance un appel à nous « déshabituer » et nous provoque par une affirmation. v.2 « Votre richesse est pourrie et vos vêtements sont mangés des vers. … et, v.3, « votre or et votre argent rouillent et leur rouille servira contre vous de contre témoignage. » Notons que les verbes sont au présent : « un présent qui n’est pas un présent prophétique qui dirait la certitude de ce qui viendra. « C’est un vrai présent, le seul présent du riche est ce malheur actuel. Le riche qui n’a accumulé que du passé n’a pour présent que le non-sens. En effet ce malheur dont parle Jacques est désigné par un terme assez rare qui signifie littéralement : « l’état de celui qui supporte la callosité. Quelle callosité ? Celle dont parle Is 6,10, la callosité du cœur aveuglant. Le présent du riche n’est que ténèbres : il n’est pas. » cf. L. Simon dans son commentaire de Jacques. Et c’est ce « non être » qui « servira contre vous de contre témoignage »

v. 4 : Jacques est concret, il met le doigt sur la plaie et révèle tout ce dont la recherche des richesses rend capable ; il dénonce les mauvaises manières de devenir riches : en ne payant pas le juste salaire à ceux qui ont moissonné. Une telle injustice est criante face à Dieu qui entend le cri des victimes de l’injustice et prend leur parti.
Selon L. Simon, « Le salaire est en un sens le sang de l’ouvrier. »
Il n’y a pas que la richesse qui soit mise en cause mais le pouvoir que celle-ci lui donne sur les hommes, les institutions, le déroulement de l’histoire. « Il possède un tragique pouvoir. Il peut tout néantiser, tout muter en son contraire. Par les œuvres du riche le non-être envahit l’être, la non-histoire corrode l’histoire.
La propriété de l’or est de ne pas rouiller. Voilà le chef d’œuvre du riche : ce qui ne rouille pas rouille. Il est artisan du néant. Il transforme l’or en non-or, l’argent en non-argent, l’être en non être » L. Simon
L’erreur est d’autant plus grave qu’on est « dans les derniers temps », v. 3, qui ont commencé avec la venue du Christ et de son Royaume. Agir d’une telle manière c’est faire mentir la Parole du Christ et retarder la venue du Royaume.
L’Evangile dévoile la rouille de l’or, la vermine de la richesse. « Dans cette lumière eschatologique, l’argent accumulé pour lui même se révèle comme un blasphème envers le serviteur humilié et sa puissance se dresse contre le Seigneur de gloire. C’est parce que le juge se tient aux portes que la richesse est contrainte de jeter son masque et apparaît comme l’une des formes de l’anti -christ » Corbon-Ass. du Sgr. 52
Les prophètes avaient déjà dénoncé ces injustices et la recherche effrénée de l’argent mais aujourd’hui avec la venue des derniers temps leur gravité est accrue.

v.5 : Ce verset rappelle la parabole de Lazare et du riche qui prend conscience trop tard de son égoïsme et de son aveuglement : il n’avait pas vu le pauvre à sa porte tant il était préoccupé de lui même par ses richesses et son bien être personnel. Il était trop tard : c’est le cri que lance Jacques. N’attendez pas qu’il soit trop tard.

v. 6 : « Vous avez condamné, vous avez tué le juste… il ne vous résiste pas » : trois coups martelés pour marquer non seulement la gravité des actes mais aussi l’aboutissement presque inévitable de l’aveuglement provoqué par la convoitise.
Tel est l’aboutissement de la recherche effrénée de la richesse pour elle-même.
Face à ce cri de colère pouvons-nos nous sentir à l’aise, peu concernés par la débauche d’une telle richesse !
Est-il certain que sous un aspect ou l’autre de notre vie nous ne soyons pas du côté des riches ? Richesses de biens matériels ou de talents, richesse spirituelle de ceux qui sont comblés de l’amour du Seigneur et heureux ! Les situations d’injustice tellement criantes ne semblent plus attirer notre attention, nous sommes devenus tellement habitués. Mesurons-nous encore assez leur gravité ? Peut-être nous manque-t-il assez de force pour réagir tant l’ampleur du problème et la pression de l’habitude sont grands. Et pourtant Dieu ne s’habitue pas à l’injustice !
La richesse est bonne en soi si elle contribue au bien de tous et si l’homme reste « premier » au cœur et sous le regard de Dieu.
Le cri de Jacques nous rappelle que le Christ a inauguré les derniers temps : l’homme doit rester au centre de toute préoccupation et la richesse ne peut en aucun cas et sous aucun prétexte, passer avant l’homme.
« Etre riche c’est pouvoir » : La richesse n’est pas toujours question de bien matériels possédés, ou même de culture, d’instruction, etc. Etre riche c’est pouvoir. Même les dons de Dieu sont des richesses. « Oui, ‘ vends tout ce que tu as ‘ » Mais si tu n’as rien à vendre, regarde bien de que tu as. Nous ne pouvons nous faire pauvres. Nous avons, je crois, à donner plus que nous ne pensions. Mais nous avons, encore plus à patienter, donner, vendre, élaguer, supprimer…recommencer en sachant encore notre impuissance à cesser d’avoir le pouvoir » Madeleine Delbrel. Joie de croire.

Pour celui qui veut être disciple de Jésus, les exigences qui transparaissent aux travers des textes de ce dimanche, ouvrent pour nous tout un champ de conversion.
Nous ne pouvons nous croire propriétaire des dons de Dieu en raison de notre pratique religieuse, de notre appartenance à l’Eglise ou à une communauté monastique. Cela compte mais ne saurait faire oublier que les dons de Dieu sont toujours gratuits et ne nous sont pas attribués en raison de nos actions et bonnes œuvres aussi grandes soient-elles.Certes notre fidélité importe mais elle est encore un don de Dieu et dispose notre cœur encore et toujours davantage à la grâce de Dieu.
La seconde exigence nous interpelle : n’avons-nous pas sans cesse à nous remettre face à notre disponibilité d’accueil et d’aide envers les plus démunis de notre société – que ce soit une pauvreté matérielle ou spirituelle. En tout cas une attitude d’amour vis à vis d’eux sans les juger ni critiquer.
Découvrir le Christ dans le plus pauvre n’est-ce pas aussi nous reconnaître pauvre et vivre dans cette béatitude du pauvre qui est comblé par le Seigneur et avec lui peut entrer dans le Royaume.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>