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381.2e Dimanche de Carême A

2ème Dimanche de Carême
Genèse 12, 1-4 2 Timothée 1, 8-10 Matthieu 17, 1-9

M. Tèrah vivait avec ses trois enfants à Our, en Chaldée (Irak du sud) L’un d’eux mourut prématurément. Les deux autres fondèrent une famille. Un jour, M. Tèrah décida de partir avec son clan pour aller au pays de Canaan. En chemin, il mourut à Harane. Le clan décida alors de rester sur place et de s’établir près de la tombe du patriarche.

C’est là que le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père et va vers le pays que je te montrerai. » A ce stade, le « Seigneur » n’est pas particulièrement identifié. Une chose est claire : l’appel est assorti d’une promesse qui touche Abram au cœur. Son épouse Saraï est stérile et il reçoit l’annonce d’une postérité remarquable : « Je ferai de toi une grande nation. » L’enjeu allume le désir de prendre le risque. Il quitte son clan et reprend la route pour une destination inconnue : « Abram s’en alla comme le Seigneur le lui avait dit. »

En ce temps de carême, je retiens l’injonction « Quitte ton pays »
* Quitter, c’est changer de lieu, changer d’horizon, c’est parfois devoir s’adapter à une autre culture. Elles sont bien rares aujourd’hui les personnes qui sont nées, ont vécu et sont mortes dans la même commune. Qui n’a pas déménagé dans sa vie ?
Déménager, c’est quitter un cadre familier, des relations, des repères. S’il y a des personnes qui choisissent de déménager, il y en a d’autres qui sont contraintes de le faire. Certaines fuient la guerre en laissant tout derrière elles. D’autres, incapables de payer un loyer, sont expulsées à la fin de l’hiver et dorment alors dans une voiture. Dans des circonstances aussi diverses, qui a le réflexe d’y voir un appel de Dieu ?
Il arrive, qu’ayant déménagé, on puisse revenir de temps en temps au pays de ses racines. Et il arrive que la rupture soit totale. Il y a des départs sans retour.
* Quitter, c’est renoncer, c’est répondre à un appel extérieur qui change nos plans (une mutation dans la vie professionnelle) ou à un appel intérieur (un désir impérieux). La réponse positive à un appel peut déclencher un autre appel (poursuivre une recherche).

* Quitter, c’est aussi changer de regard, changer de vie, se convertir. C’est prendre de la distance avec ses habitudes. C’est s’éloigner de ce qui avait de l’importance. On connait l’histoire de Zachée, de Matthieu. Après leur rencontre avec Jésus, leurs regards sur leur profession n’est plus le même. Zachée restitue largement le trop perçu. Matthieu ferme son bureau.
*
L’évangile de Matthieu nous invite à découvrir l’ampleur du changement de regard que Pierre, Jacques et Jean doivent opérer. Ils ont tous les trois un tempérament bien dessiné.
Pierre est à la fois enthousiaste et fragile. Il réagit au quart de tour, pas toujours à propos. Jacques et Jean ont un surnom « les fils du tonnerre ». Leur mère manœuvre pour que ses enfants aient près de Jésus un poste important. Elle a pressenti que ce Jésus était un homme d’avenir.

Ces trois hommes sont prêts à suivre un homme qui réussit. Pêcheurs professionnels, ils avaient un regard humain sur un charpentier qui, ce jour-là, les emmène sur une
haute montagne pour détruire quelques illusions et leur ouvrir un nouvel horizon. Ils vont aller de surprise en surprise.

D’abord l’apparence de Jésus change : « Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil et ses vêtements, blancs comme la lumière. »
Le visage et le vêtement sont deux éléments qui disent des choses sur l’identité d’une personne, sa fonction. Jésus, n’est pas l’homme qu’ils croyaient. Il se dégage de lui une lumière fascinante. C’est bien lui, mais autrement. Alors, qui est-il ?

Sans rien dire, Jésus révèle autre chose de son identité : « Voici que leur apparurent Moïse et Elie qui s’entretenaient avec lui », comme s’ils se connaissaient familièrement depuis longtemps.
Moïse a reçu la Loi sur le Sinaï. Cette Loi a construit le peuple dans son originalité. Elie est le prophète qui, comme beaucoup d’autres, a essayé de ramener sans cesse dans le droit chemin un peuple qui sans cesse s’égarait.
Jésus est un homme bien enraciné dans l’histoire du peuple de Dieu.

Une parole achève de bouleverser les idées reçues. Une nuée recouvre Jésus, Moïse et Elie. Dans la culture juive, la nuée révèle la présence de Dieu. Une voix dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le. »
Cette parole remet en question toutes les constructions d’avenir que Pierre, Jacques et Jean ont pu échafauder. Emerveillés et troublés, ils découvrent que Jésus leur échappe. Il est d’un autre monde. Il n’est pas un homme public comme tant d’autres qui veulent prendre en main la destinée du pays. Il a une relation, très intime avec Dieu. Qui peut avoir prise sur lui ? Quel est son projet ?
Il faut redescendre de la montagne. Comme pour achever de les déstabiliser, Jésus leur parle de sa résurrection d’entre les morts ! Qu’est ce que cela veut dire ?
*
Ce dimanche de carême nous invite à prendre acte du regard que nous avons sur Jésus. Il est Autre et il reste proche. Suivre Jésus, c’est avancer pas à pas derrière lui. Or, on ne peut faire un pas sans laisser quelque chose derrière soi. Le suivre, c’est quitter nos certitudes sur sa personne et sa mission. C’est quitter sans cesse une découverte pour en faire une autre. Qu’attendons-nous de lui ? Qu’attend-il de nous ?
Sommes-nous prêts, comme le demande Paul à Timothée, à prendre notre part des souffrances liées à l’annonce de l’Evangile ? En face de cet homme en qui Dieu trouve sa joie, sommes-nous libérés de regard qui nous rassure, pour le suivre ?

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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