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34ème Dimanche du T.O. –B- Le Christ Roi

34ème Dimanche du T.O. –B- Le Christ Roi}

Habité par son histoire, le peuple de Dieu a de la mémoire. Dans les temps anciens, Dieu a toujours eu soin d’assurer une descendance au roi David pour que le peuple joue son rôle dans la vie internationale de l’époque. La mauvaise conduite, voire la trahison de certains rois, a conduit le peuple en exil, en Chaldée (587-538 av. J.C.)
Après une absence de près de 50 ans, le peuple retrouve sa terre et son temple… en ruines mais il ne retrouve pas son indépendance. Depuis des siècles, il est occupé par des puissances étrangères, et l’attente d’un roi libérateur est toujours vive. Il suffit qu’un « n’importe qui » acquière une certaine notoriété dans l’opinion pour réactiver l’espoir d’un roi qui chassera l’occupant.
Au temps de Jésus, ce sont les Romains qui colonisent la Palestine.

Après la multiplication des pains, c’est Jésus, charpentier à Nazareth, qui réveille le désir d’un roi mais il se dérobe. Le pouvoir, à la manière des puissants de son temps, n’est pas son objectif. Par ailleurs, le non-respect de la loi juive concernant le sabbat et ses propos malveillants envers les scribes et les pharisiens allument l’hostilité des responsables religieux. Après la résurrection de Lazare, ils décident de le supprimer.

Acclamé par la foule et rejeté par le pouvoir, Jésus se trouve dans une situation singulière. Pour démolir l’image du roi guerrier, c’est monté sur un ânon qu’il entre à Jérusalem, le jour qu’on appelle le dimanche des Rameaux. Un ânon, voilà sa cavalerie !

Avec la complicité de Judas, les autorités religieuses mettent leur projet à exécution. Arrêté, traduit devant le tribunal religieux, Jésus est convaincu de blasphème et con-damné à mort. Mais pour l’exécuter, il faut l’assentiment du pouvoir romain et donc un motif politique. On l’invente : se proclamer roi, c’est menacer l’empereur. Et voilà Pilate embarqué dans une affaire qu’il ne comprend pas très bien.

Voilà donc Jésus appelé (convoqué) par Pilate, le responsable de l’ordre public. Naturellement, il mène l’interrogatoire et va droit au sujet : « Es-tu le roi des Juifs ? » Il attend une réponse simple, OUI ou NON. Mais Jésus répond par une question : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit à mon sujet ? » Autrement dit, pour toi, suis-je un danger pour l’empire ? Sinon, au nom de qui poses-tu cette question ?

On s’attend à la réaction classique de tout inspecteur de police : « C’est moi qui pose les questions ». Mais Pilate est déjà désarçonné. C’est lui qui est interrogé. Avec mépris, il avoue son manque d’intérêt pour les débats religieux qui agitent la communauté juive. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands-prêtres t’ont livré à moi. Qu’as-tu fait ? Ou bien le dossier est vide ou bien Pilate ne le connaît pas.

En droit, les rois d’Israël n’étaient pas élus par le peuple mais par Dieu pour appliquer la loi de Dieu. Certains ont été fidèles, d’autres se sont laissé prendre par l’ivresse de la gloire. Jésus clarifie sa position « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. »
Quelle image donne-t-il de sa royauté ? Trois ans de vie publique sans protection rapprochée. Pas de palais, pas de groupe financier. Souvent sur la route, il profite de l’hospitalité des uns et des autres. Ses armes : il dit ce qu’il pense et il fait ce qu’il dit. Il parle aux foules, se fait proche des exclus et accueille quiconque vient vers lui.

Dans toute république, la royauté évoque une époque révolue. Pourtant dans le langa-ge courant on entend parler d’un roi de la presse, du pétrole, de la pègre. On parle encore du règne de l’argent, de l’enfant roi. Toute personne qui exerce un pouvoir peut être tentée d’abuser de sa situation. Les attentats du 13 novembre montrent ce que peuvent faire des gens qui ont conquis le pouvoir. Dieu est devenu un prétexte pour asservir le monde. Quand on voit le degré d’inhumanité des donneurs d’ordres, on peut se demander si les exécutants n’ont pas été robotisés.

Que Jésus soit roi comme ceci ou autrement, Pilate simplifie. Il a la réponse qu’il attendait : « Alors, tu es roi ! » Jésus répondit : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. » Et il déroule son programme : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. »
La vérité, pour Jésus n’est pas la concordance entre ce que l’homme exprime avec des mots et la réalité des choses. Rendre témoignage à la vérité, c’est révéler le projet de Dieu qui est de faire alliance avec l’humanité. Le métier de roi pour Jésus consiste donc à vivre, personnellement et dans ses relations avec les autres, dans la fidélité à son Père, et cela depuis sa naissance.

« Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » N’importe qui, quelle que soit sa culture, sa religion, sa responsabilité dans la société entreprend de chercher ce qui est constructeur d’une humanité fraternelle est attiré par Dieu. En se mettant à la suite de Jésus, il vit en harmonie avec Dieu et il devient plus humain.

Celui qui reçoit le baptême devient prêtre. Il est habilité à présenter à Dieu les joies et les peines de ses contemporains. Il est prophète. Sans forcément introduire des paroles bibliques dans toutes ses conversations, il est l’écho de la Parole de Dieu. Il est roi en travaillant, au cœur des pires déroutes, à construire un monde fraternel.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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