33e Dimanche B

2ième lecture : Hébreux 10, 11-14.18

11.Et tandis que chaque prêtre se tient chaque jour debout pour remplir ses fonctions et offre fréquemment les mêmes sacrifices, qui sont à jamais incapables d’enlever les péchés,
12 lui, par contre, après avoir offert pour les péchés un sacrifice unique, siège pour toujours à la droite de Dieu
13 et il attend désormais que ses ennemis en soient réduits à lui servir de marchepied.
14 Par une offrande unique, en effet, il a mené pour toujours à l’accomplissement ceux qu’il sanctifie. […]
18 Or, là où il y a eu pardon, on ne fait plus d’offrande pour le péché.
[19 Nous avons ainsi, frères, pleine assurance d’accéder au sanctuaire par le sang de Jésus.
20 Nous avons là une voie nouvelle et vivante, qu’il a inaugurée à travers le voile, c’est-à-dire par son humanité.
21 Et nous avons un prêtre éminent établi sur la maison de Dieu.
22 Approchons-nous donc avec un cœur droit et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de toute faute de conscience et le corps lavé d’une eau pure ;
23 sans fléchir, continuons à affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis.
24 Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à la charité et aux œuvres bonnes. 25 Ne désertons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le Jour.

A propos de cette lecture
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Terminant cette année liturgique, nous terminons également la lecture de la Lettre aux Hébreux. Le passage d’aujourd’hui note encore le caractère unique du sacerdoce du Christ et de son sacrifice : ils constituent un acte décisif dans l’histoire du monde.
La situation religieuse des hommes en est finalement radicalement simplifiée.

On pourrait écrire cette lettre aux Hébreux en deux colonnes : d’un côté ce qui se passait dans la première alliance et de l’autre ce qu’on pourrait appeler le « nouveau régime » avec Jésus-Christ. Dans le passage d’aujourd’hui l’auteur met en paralèle la liturgie dans le temple et les sacrifices.

Dans l’ancienne Alliance Au contraire
Les prêtres Jésus-christ
Étaient debout dans le temple s’est assis à la droite de Dieu
Pour célébrer une liturgie quotidienne pour toujours
Et pour offrir à plusieurs reprises après avoir offert un unique sacrifice
Les mêmes sacrifices
Qui n’ont jamais pu enlever les péchés pour les péchés… »
Cette fois les péchés ont été enlevés :
« il a mené à leur perfection ceux qui reçoivent de lui la sainteté »’

Tout le texte est bâti sur un contraste : d’une part « tout prêtre » et d’autre part « l’unique grand prêtre ». Tout prêtre est « debout » et Christ est « assis » après son unique sacrifice, Christ peut désormais rester assis parce que son unique sacrifice a obtenu ce qu’on en attendait.

Le mot « assis à la droite de Dieu » était un titre royal : si on regarde vers l’Est, le palais royal à Jérusalem était réellement à droite du Temple, ce qui veut dire que le trône du roi était à droite de ce que qu’on pourrait appeler le trône de Dieu. Littéralement le jour de son sacre le roi s’asseyait à la droite de Dieu. Du coup on voit ce que veut dire « Jésus-Christ s’est assis pour toujours à la droite de Dieu » : c’est affirmer tout simplement que Jésus est bien le roi messie qu’on attendait.
V 13 : « Il attend désormais que ses ennemis soient mis sous ses pieds » : citation du ps 109-110. Dieu dit au nouveau roi le jour de son sacre : « siège à ma droite que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds ». L’auteur nous dit de manière imagée que Jésus-Christ est bien le Messie, le roi éternel, et que désormais l’ancien monde est révolu. Il l’a totalement dominé en mourant sur la croix et il a vaincu le mal et la mort une fois pour toutes. L’existence de la mort et du mal ne sont plus que pour un temps.

Deuxième point du parallèle : les sacrifices
L’auteur souligne aussi le contraste entre la multiplicité des sacrifices et l’abondance des bêtes, signe d’une impuissance fondamentale, et l’unicité du sacrifice du Christ.
La multiplicité des sacrifices et l’abondance des victimes disent que le but n’est jamais atteint ; les sacrifices n’ont pas libéré les consciences, ni enlevé les péchés. Par contre, l’unicité du sacrifice du Christ dit son efficacité. « Le Christ a rendu parfait ceux qui sont en train de devenir saints ». Le sacrifice du Christ réconcilie définitivement l’humanité avec Dieu. Pourquoi ce changement radical ?
Parce que entre l’attitude des prêtres de l’AT et celle du nouveau prêtre Jésus-Christ on a changé complètement de logique : le mot reste le même mais la réalité est complètement différente.
Dans l’AT on fonctionnait selon une logique de compensation : j’ai manqué à la loi, je me fais pardonner en apportant une compensation. En réfléchissant bien on constate que cette logique – qui nous menace sans cesse dans notre vie de foi- cette logique est totalement étrangère à Dieu qui n’est qu’amour et tendresse et que l’on a peu à peu découvert au long des siècles ; Jésus le révèle clairement.
La logique de Jésus est celle de l’amour et c’est en cela que tout est différent et qu’il nous est difficile de comprendre le vrai sens du sacrifice du Christ et d’y entrer : il y a toujours en nous l’image de nos « compensations » et notre difficulté d’entrer dans la gratuité qui est le fait de Dieu par excellence. Pour lui, sacrifier ne signifie pas détruire, tuer un ou mille animaux, mais vivre, entrer dans l’amour et faire vivre ses frères. « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » Jn 10,10
Pour expliquer cela notre auteur cite – dans les versets qui précèdent notre texte d’aujourd’hui, le ps 40, « 6 Que de choses tu as faites, toi, Yahvé mon Dieu, tes merveilles, tes projets pour nous rien ne se mesure à toi ! Je veux le publier, le redire, il en est trop pour les dénombrer. 7 Tu ne voulais ni sacrifice ni oblation, tu m’as ouvert l’oreille, tu n’exigeais ni holocauste ni victime, 8 alors j’ai dit : Voici, je viens. Au rouleau du livre il m’est prescrit 9 de faire tes volontés ; mon Dieu, j’ai voulu ta loi au profond de mes entrailles. 10 J’ai annoncé la justice de Yahvé dans la grande assemblée ; vois, je ne ferme pas mes lèvres, toi, tu le sais. 11 Je n’ai pas celé ta justice au profond de mon coeur, j’ai dit ta fidélité, ton salut, je n’ai pas caché ton amour et ta vérité à la grande assemblée. »
« En entrant dans le monde, le Christ dit : de sacrifice et d’offrande tu n’as pas voulu, mais tu m’as façonné un corps. Holocauste et sacrifice pour le péché ne t’ont pas plus. Alors j’ai dit : me voici… je suis venu, ô Dieu, pour faire ta volonté. » « Il supprime le premier culte pour établir le second. C’est dans cette volonté que nous avons été sanctifiés par l’offrande du corps de JC faite une fois pour toutes »
Ce qui compte ce n’est pas le sang versé mais l’amour donné. Il précise que c’est toute la vie du Christ qui est sacrifice et pas seulement sa passion. C’est toute sa vie, tout son être qui est œuvre d’amour et donc sacrifice : « je suis venu, ô Dieu, pour faire ta volonté. »

Du côté du Christ, son action sur les hommes est présentée comme achevée. Il les a rendus parfaits. Mais du côté des hommes, l’action du Christ est en cours de réalisation. Ils sont en train de recevoir la sanctification. C’est toute la tension caractéristique de la foi chrétienne, tension entre le « déjà » et le « pas encore ». L’événement décisif est déjà arrivé. La victoire du Christ n’est pas à attendre, mais le résultat acquis n’a pas encore déployé toutes ses virtualités.
La conversion qui nous est proposés est double :
1. sortir d’une logique de compensation
2. mettre toutes notre vie au service des autres,
Voilà sans doute notre sacrifice d’amour qui consiste non pas dans des choses à faire, mais tout simplement à entrer dans le sacrifice d’amour de celui qui a fait de toute sa vie un véritable sacrifice d’amour à son Père. Ainsi chacun de nos actes, chacune de nos actions, chacun de nos silences, chacune de nos paroles seront des actes d’amour unis au sacrifice d’amour du Christ.
C’est ainsi que nous laisserons au Christ le soin d’achever la communauté qu’il a inaugurée pour nous et dont notre communauté est un élément.
L’auteur en tire une conséquence : « ne désertez pas vos assemblées comme certains en ont pris l’habitude ». L’abandon des assemblées ne date pas d’aujourd’hui et n’est pas dû au dernier Concile comme certains voudraient le faire croire. Plutôt que de déserter, n’aurions-nous pas à stimuler l’amour fraternel et à nous encourager mutuellement pour faire face à tout ce qui déconcerte aujourd’hui notre foi ?

Le lectionnaire, malencontreusement, ne retient pas la lecture des versets 19 à 25 décrivant les conséquences immédiates qui découlent de cette vision de foi et d’espérance : la sincérité de la conversion du cœur ; la persévérance dans la foi, la communion fraternelle et l’émulation dans l’amour ; l’assiduité aux assemblées chrétiennes ; l’encouragement mutuel en vue de faire face à l’imminence de l’avènement du Seigneur. Il revient ainsi à chacune et chacun de laisser le Christ accomplir, parachever la Communauté des croyants, qu’il a inaugurée en lui pour nous.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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