Accueil > Prier avec nous > Commentaires 1ére lecture > 33e Dimanche A - I Thessaloniciens 5/1-6 (14)

 

33e Dimanche A - I Thessaloniciens 5/1-6 (14)

2ième lecture : I Thessaloniciens 5/1-6 (14)

1 Quant aux temps et aux moments, frères, vous n’avez pas besoin qu’on vous en écrive.
2 Vous-mêmes le savez parfaitement : le Jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit.
3 Quand les gens diront : « Quelle paix, quelle sécurité ! », c’est alors que soudain la ruine fondra sur eux comme les douleurs sur la femme enceinte, et ils ne pourront y échapper.
4 Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres, pour que ce jour vous surprenne comme un voleur.
5 Tous, en effet, vous êtes fils de la lumière, fils du jour : nous ne sommes ni de la nuit, ni des ténèbres.
6 Donc ne dormons pas comme les autres, mais soyons vigilants et sobres.

A propos de cette lecture
 :
« Vous n’avez pas besoin qu’on vous informe sur la venue du Seigneur » et de fait les Thessaloniciens savent déjà que le Jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit.
Les premiers chrétiens attendaient fiévreusement le retour du Seigneur. La question restait en suspens : quand reviendra-t-il ? On se mit donc à scruter les paroles du Seigneur, au risque de les déformer. Ce qui était certain c’est qu’il viendrait à l’improviste, comme un voleur : « soyez prêts, vigilants ». Même vers l’an quatre-vingts l’attente était toujours aussi vive. Le Jour du Seigneur c’est le moment décisif où Dieu se manifesterait d’une manière toute particulière, où Dieu se révélerait dans toute sa gloire.
Dans l’Ancien Testament le Jour du Seigneur est le jour où Dieu venge son peuple, c.à.d. qu’il le sauve en renouvelant les prodiges d’autrefois, d’une manière spectaculaire. Il est intéressant de noter que chez Sophonie le Jour du Seigneur « n’apparaît pas comme essentiellement la fin du monde et de l’histoire mais comme la métamorphose et la refonte du peuple de Dieu, la fin d’un âge de péché. Et tout va déboucher dans les chants d’allégresse. » TOB Introd. à Sophonie

v. 2.3 : « Le Jour du Seigneur. » Pourquoi parler avec autant d’insistance de ce Jour du Seigneur ?
Dans des temps difficiles et des temps de mutation, la tentation est toujours de rêver d’un avenir qui permettrait d’échapper aux conditions pénibles du moment. On pouvait ainsi tout attendre du ciel sans prendre les responsabilités du moment et en fuyant vers un avenir impossible et irréel ; du même coup on échappait aux conditions de vie actuelles.
qui n’ayant déjà plus les deux pieds sur la terre
Deux images pour parler de la venue du Seigneur : celle du voleur, celle des douleurs de l’enfantement.
L’image des douleurs de la femme enceinte évoque bien la soudaineté de la venue du Seigneur. Les souffrances qui précèdent la venue messianique s’appellent dans la littérature juive, « douleurs de l’enfantement ». Les douleurs évoquent l’aspect crucifiant de la vie du chrétien. Mais la force de l’image vient de ce que la vie qui naît de cette douleur n’est jamais stérile, elle est source de vie ; une vie nouvelle est en train de naître.

Pour Paul, c’est l’occasion d’inviter à la vigilance. Il craint que les Thessaloniciens ayant des fausses attentes et espérances par rapport à ce Jour du Seigneur, se lassent d’attendre.
Dès les premiers pas de l’Eglise, la Bonne Nouvelle a fait surgir une telle espérance chez les premiers chrétiens qu’ils attendaient facilement la venue définitive du Seigneur dans un délai immédiat. Comme ils étaient également confrontés à la malveillance de la société païenne, la venue du Seigneur pour tout de suite signifiait la disparition de toutes leurs craintes.
Paul ramène les chrétiens à la réalité et les invite à lire les signes des temps.
Il les met en garde tout en les renvoyant au mystère du Christ : le jugement dernier a déjà commencé, il a été inauguré à la croix-résurrection. Désormais nous vivons dans la venue continuelle du Christ qui les rejoints, eux les croyants, sur leur route de la vie.

C’est pourquoi tout au long des deux lettres aux Thessaloniciens, Paul réagit vigoureusement contre ceux qui refusaient de travailler et même de se marier puisque, pensaient-ils, le Seigneur allait venir et avec lui un monde meilleur.
Fausse conception dit Paul, même s’il sait que beaucoup en ont déjà une bonne notion. Le Seigneur vient à l’improviste, comme par surprise, et par conséquent il faut rester vigilant pour l’accueillir. Lorsqu’on s’installe : « quelle paix, quelle tranquillité ! » c’est alors que la catastrophe arrive. Si l’on n’est pas vigilant ce Jour risque de tomber à l’improviste.
Le Seigneur donne à chacun sa chance et offre les délais nécessaires à la conversion puisque nous sommes les fils du Jour et de la Lumière. La métaphore de la lumière évoque le monde de la foi, de l’amour et de l’espérance. La lumière est le lieu par excellence de la rencontre avec Dieu, comme au Thabor où Jésus se manifesta à Pierre, Jacques et Jean dans une lumière resplendissante, éblouissante.
Lorsqu’on est dans la lumière on reste en éveil et on ne se laisse pas distraire par des futilités ; on ne sera pas surpris par la soudaineté de la venue imprévisible du Seigneur. Ce qui différencie le chrétien c’est sa disponibilité à l’événement, elle ne peut le prendre au dépourvu. Il n’a donc pas à se soucier du moment où le Seigneur se manifestera : il est prêt, il veille...

Aujourd’hui encore, dans ces temps de mutation, la tentation reste grande de rêver d’un avenir qui viendrait d’un ailleurs problématique. A chaque époque surgissent des chrétiens, rêveurs et désincarnés comme du temps de Paul, qui oublient d’être hommes et femmes responsables à part entière. Ils se réfugient dans une religion sécurisante ou même dans la paresse, plutôt que de s’engager dans les travaux et les risques qu’implique la participation à l’engendrement de l’humanité, à sa lente et difficile croissance. Devant tous les tracas d’aujourd’hui, beaucoup de croyants sont enclins à attendre passivement du ciel l’apaisement de leurs angoisses, s’épargnant le risque de bâtir d’abord l’avenir à frais nouveaux. L’Apôtre nous rappelle : le chrétien qui n’a déjà plus les deux pieds sur la terre n’est pas celui qui attend un autre monde dans la crainte. Le croyant parmi les hommes est celui qui s’efforce de réaliser partout et à chaque instant sa vocation d’homme. Si délai il y a, c’est parce que le Seigneur donne à chacun sa chance. Ce dont il faut se méfier, « c’est la paix, la tranquillité » car c’est alors que soudain la ruine fondra sur eux comme les douleurs sur la femme enceinte ». Vérifions aujourd’hui en quoi nous avons mis notre paix et notre tranquillité. Serait-ce dans une assurance qui mettrait la vie chrétienne à l’abri de tout risque ? Il s’agit plutôt de vérifier en qui nous mettons notre sécurité et notre avenir.

Il ne s’agit donc pas de nous dérober mais de déchiffrer les signes de la venue du Seigneur dans les intempéries des temps que nous vivons. Nous aurons toujours à évangéliser notre espérance et à vivre l’aujourd’hui de Dieu. Il nous faut être des « éveillés », des « ressuscités », des hommes et des femmes debout, avides de lire les signes des temps pour pouvoir rencontrer le Seigneur quand il survient dans le quotidien de notre existence. Ce qui diffère les chrétiens des autres, c’est leur disponibilité à l’événement qui ne les prendra pas au dépourvu.
_Ne dormons-nous pas trop sur nos lauriers ? N’apparaissons-nous pas aux yeux du monde comme des somnambules ?
Il faut se rappeler que la lettre aux Thessaloniciens a été écrite avant l’Evangile. Nous avons ici la morale et la seule que l’Apôtre prêche : « soyez des gens éveillés, vivant le moment présent de l’histoire comme une phase de l’achèvement par Dieu de ce qu’il a lui-même commencé ».

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>