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32e Dimanche C : 2e Livre des Martyrs d’Israël (Maccabées)

1ère lecture : II Maccabées 7/1-2.9-14

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1 Peu de temps après, le roi envoya Géronte l’Athénien pour contraindre les Juifs à se détourner des lois de leurs pères et à ne plus se gouverner selon les lois de Dieu. 2 Ils devaient en outre souiller le temple de Jérusalem
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1 Sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiocos voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite.
2 L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara :
« Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. »
3 Fou de rage, le roi ordonna
4 de couper la langue de celui qui s’était fait leur porte-parole, de lui arracher la peau de la tête et de lui couper les mains et les pieds, sous les yeux de ses autres frères et de sa mère.
5 Lorsqu’il fut complètement mutilé, le roi ordonna de l’amener près du brasier et de le faire passer à la poêle, alors qu’il respirait encore. Tandis que des vapeurs abondantes se répandaient autour de la poêle, les autres s’exhortaient mutuellement, avec leur mère, à mourir avec noblesse. Ils disaient :
6 « Le Seigneur Dieu nous voit et, en vérité, nous apporte le réconfort, comme Moïse l’a clairement affirmé dans son cantique où il témoigne, à la face de tous, que Dieu réconfortera ses serviteurs. »
9 Au moment de rendre le dernier soupir, il dit :
« Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. »
10 Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna et il présenta les mains avec intrépidité, 11 en déclarant avec noblesse :
« C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de sa Loi je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. »
12 Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances.
13 Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices. 14 Sur le point d’expirer, il parla ainsi :
« Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie éternelle »

A propos de cette lecture :

Les livres des Martyrs d’Israël sont aussi appelés livres des Maccabées. « Maccabée » veut dire en hébreu "le marteau". Ce surnom fut d’abord attribué à Juda troisième fils du prêtre Mattathias, (I Macc. 2/4), puis étendu aux autres frères, Jean, Simon, Eléazar, Jonathan.
« En dépit de nos regrets et de nos protestations, le mot ‘maccabée’ a pris de nos jours, pour l’homme de la rue, un sens qui en interdit l’usage devant un auditoire dénué de culture biblique. (…) Ce qui est sûr c’est que, sous peine de provoquer l’étonnement ou le scandale, il fallait, dans la proclamation liturgique, donner aux livres des Maccabées un titre différent. (…) On s’est arrêté à « Livre des Martyrs d’Israël », discutable si l’on prétend donner l’équivalent du titre biblique : les Maccabées sont des héros, des résistants, non des ‘martyrs’ au sens courant du terme, même s’ils sont morts glorieusement » .

En 167 avant J.-C., Antiochus Epiphane déclenche une violente persécution contre les juifs de Jérusalem et de Judée en voulant les obliger à renier leur religion. Dans ce but il envoie Géronte, un athénien (6,1) afin de convaincre par la force les Juifs à renier leur religion : « à abandonner les lois de Dieu, à souiller le temple de Jérusalem et le dédier à Zeus » (6,1-2)
Une violente persécution éclate ; elle dura 3 ans. L’histoire d’Israël abonde en déportations et massacres. Mais si jusqu’au 2ième siècle avant J.C., les ennemis d’Israël ne visaient que le génocide, ils ne s’en prenaient pas à la foi d’Israël. Avec Antiochus IV Epiphane, c’est la religion juive elle-même qui devient prohibée. Il ne s’agit plus d’extirper une race mais sa religion.
Des Deux Livres des Martyrs d’Israël, le premier est parvenu par la tradition grecque de la Septante alors que le second, est « une sorte de résumé d’un ouvrage en cinq volumes d’un juif de la3 diaspora dont on ne connaît que le nom de Jason le Syrien ». A. Ruelle
Le second livre des « Martyrs d’Israël » nous relatent une histoire pathétique. Face au choix entre le culte à Jérusalem et le culte grec, un groupe de sept frères et leur mère n’hésitent pas un instant. Le témoignage remarquable du courage et de la foi des sept frères nous frappe certes mais il y a plus : la certitude explicite de la résurrection des morts, des corps et la vie éternelle. L’auteur ne vise pas seulement à susciter l’admiration ou l’horreur. Il avance un élément nouveau, et c’est la première fois que se trouve ici explicitement citée : la certitude de la résurrection des corps des justes et de la vie éternelle. Notre lecture est toute auréolée de cette espérance. C’est à partir du problème de la rétribution que la résurrection est insérée dans la théologie : Dieu ne peut abandonner ses amis, ses fidèles dans une mort injuste.

C’est en Daniel 12,2 et 12,13 que pour la première fois l’espérance en la résurrection s’affirme et ici en Maccabées. « Dans le cœur de ceux qui ont choisi la fidélité au péril de leur vie se fait jour, peu à peu, une nouvelle certitude. On dirait qu’il a fallu que l’homme soit acculé à une fidélité héroïque pour qu’il puisse comprendre jusqu’où va la fidélité même de Dieu. Le Dieu d’Israël est un Dieu qui s’est lié à son peuple par une Alliance sans repentance…Ce Dieu-là ne peut faillir. Comment penser qu’il puisse abandonner celui qui a tout donné pour lui. Deux siècles avant le matin de Pâques, c’est là logique même de la foi qui conduit l’homme à affirmer sa certitude de la résurrection. Alors le croyant découvre une saveur nouvelle aux paroles du psaume :
Mon cœur est joyeux et tout en moi jubile
Mon corps lui-même demeure dans la paix.
Tu ne m’abandonneras jamais au néant,
Tu ne laisseras pas ton ami disparaître » Ps 16 La Bible et son message.

La théologie juive va garder fidèlement cette doctrine de la résurrection « comme un bien de haute valeur », même si la secte des Sadducéens n’y croit pas et la combat sérieusement , elle restera toujours un point de discorde entre Sadducéens et Pharisiens qui croient à une certaine résurrection.
L’actualité manifeste la résurgence des vieux démons du fanatisme poussé jusqu’au terrorisme. Les croyants ne sont-ils pas acculés à approfondir leur foi et le sens de la vie à la lumière de la résurrection du Christ ?

Quel lien pouvons-nous trouver avec l’évangile de ce dimanche qui parle aussi de sept frères qui meurent avant la femme qu’ils ont tous épousée ? La question est posée à Jésus : « à la résurrection duquel des sept sera-t-elle l’épouse » ?
Etonnamment les sept jeunes martyrs qui refusent d’adorer les faux dieux, meurent en disant : « Tu nous tues…Dieu nous ressuscitera ».
« Tout ce qu’on espère en Israël, pendant des siècles, c’est de « se survivre » en ses enfants ou au moins dans la mémoire des hommes. Cette rétribution pouvait paraître bien terne…les sages tels Job, Qohélet et l’auteur de la Sagesse en montreront la vanité » Pendant des siècles, une seule espérance a soutenu le peuple : la certitude de la victoire dernière de Dieu sur le mal et la mort ; un jour, à la fin des temps, Dieu inaugurera son Règne, où il n’y aura plus « ni cris, ni pleurs, ni mort ». Cela est important, quand Israël découvrira la résurrection personnelle, celle-ci prendre place dans un espace plus vaste, celle de la résurrection du monde entier. » Charpentier « Aujourd’hui la Bible » n°109

Finalement cette dramatique persécution d’Antiochus va être à l’origine d’un progrès : à ceux qui ont préféré la mort à l’apostasie, Dieu se doit de leur donner une compensation de qualité (divine), la certitude d’une résurrection.
A noter encore, un progrès : l’idée nouvelle de la prière d’intercession des vivants pour les morts : en 12,43-45, on trouve le projet de récolter une somme d’argent afin d’offrir des sacrifices expiatoires pour les soldats morts au champ de bataille.

Les pharisiens du temps de Jésus croyaient à une certaine résurrection, mais elle se situait dans la nostalgie du paradis perdu.
L’espérance chrétienne dans la résurrection à la suite du Christ ira bien plus loin. Nous avons ici les premiers pas, les premiers indices de ce qui sera le point d’orgue apporté et vécu par le Christ dans sa mort-résurrection.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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