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30e Dimanche C 2 Timothée4,6-8. 16-18

2ième lecture : II Timothée 4/6-8.16-18

6 Pour moi, voici que je suis déjà offert en libation et le temps de mon départ est arrivé.
7 J’ai combattu le beau combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi.
8 Dès maintenant m’est réservée la couronne de justice qu’en retour me donnera le Seigneur, en ce Jour-là, lui le juste juge ; et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront aimé sa manifestation. […]
16 La première fois que j’ai présenté ma défense, personne ne m’assiste, tous m’ont abandonné. Qu’il ne leur en soit pas tenu rigueur.
17 Le Seigneur, lui, m’a assisté ; il m’a revêtu de force, afin que par moi le message fût pleinement proclamé et qu’il fût entendu de tous les païens. Et j’ai été délivré de la gueule du lion !
18 Le Seigneur me délivrera de toute entreprise perverse et me sauvera pour son Royaume céleste. A lui la gloire dans les siècles des siècles ! Amen.

A propos de cette lecture :

Il s’agit ici pratiquement de la finale de la 2ième lettre de Paul à son fils bien-aimé Timothée. Ce discours d’adieu n’est pas sans rappeler celui de Jésus au soir du Jeudi Saint et celui de Paul quand il quitte les anciens d’Ephèse (Ac 20, 18-35)
_ Sachant que sa fin est proche, que le moment de son départ est venu, l’apôtre se dispose à paraître devant Dieu dans une confiance totale. Paul fait le bilan de son œuvre missionnaire, d’une vie remplie de combats, de luttes mais aussi de la grâce extraordinaire que fut son appel et sa rencontre avec le Christ.. C’est de la miséricorde de son Seigneur que Paul attend la couronne de justice. Même s’il a conscience de s’être bien battu pour le Christ, il n’en tire aucune vanité. Il sait qu’il doit au Seigneur seul de l’avoir rempli de sa force pour qu’il puisse annoncer la Bonne Nouvelle. Le ton tellement humain du vrai pauvre devant Dieu et les hommes est ici remarquable et émouvant.
Comme il arrive souvent à ceux qui vont mourir, Paul revoit le film de sa vie en trois images.

a. Une image de libation : « je suis déjà offert en sacrifice ».
L’expression est empruntée aux sacrifices rituels juifs et païens. Dans le sacrifice païen de libation on versait une partie du vin sur la table en offrande à la divinité ; dans le sacrifice juif une partie du vin était versée dans le feu de l’autel. Paul laisse entendre que sa mort est une offrande sacrificielle : dans son martyre son sang va être versé comme une offrande à Dieu. Ignace d’Antioche avait ainsi compris sa mort lui aussi : « je ne vous demande qu’une chose, c’est de laisser offrir à Dieu la libation de mon sang ».
La vie de Paul est déjà en train de se vider dans son don total, jusqu’au bout en offrande à Dieu.
On se rappelle que Paul a eu conscience pendant toute sa vie, qu’à travers ses souffrances multiples et de tous genres, il fut livré à la mort à cause de Jésus. En Ph. 2,17 et Rm. 12,2, Paul avait présenté la vie des baptisés comme la célébration d’un sacrifice spirituel. Au soir de sa vie il peut dire en vérité qu’il est « déjà offert » : ce n’est plus qu’une question de jours.

« J’ai largué les amarres »  :
C’est l’image du « voyageur qui replie sa tente en vue du départ ou encore celle du navire prêt à quitter le port et dont les amarres ont été larguées, l’ancre levée ». (P. Dormier, dans Assemblée du Seigneur.) Paul a conscience de quitter le rivage pour gagner la haute mer. Moment important s’il en est un dans une vie : on quitte tout, on donne tout ! Paul est tendu vers l’avenir.

b. « J’ai combattu le bon combat  »
_ Ici les images familières du combat, de la course, et de la couronne de lauriers que Paul emprunte aux jeux du stade. Il a conscience de s’être bien battu, mais en gardant la foi qui l’a sans cesse soutenu et animé toute sa vie, grâce au Christ. Il a tenu bon jusqu’au bout. Il s’est toujours montré respectueux des règlements de la compétition. Quand il dit « j’ai gardé la foi », il faut lire « j’ai été fidèle aux engagements pris quant à l’entraînement et le respect des règles du jeu ». Aussi peut-il avec une totale confiance se présenter devant son Seigneur qui lui donnera la couronne. Quelle est cette couronne de justice que le Seigneur lui remettra ? C’est dans une perspective eschatologique qu’il entrevoit le jugement final de Dieu. La couronne n’est pas un privilège personnel mais le couronnement de la grâce de la foi qui n’a pas été stérile en lui.

Il n’est pas question de récompense méritée. La couronne n’est donc pas un privilège ajouté, mais le couronnement de la grâce de la foi promis à « tous ceux qui ont désiré avec amour l’épiphanie de la gloire de Dieu » Tite 2,13.
Selon le psaume 102 (103), ce sera une couronne d’amour et de tendresse. Elle n’est pas la récompense couronnant sa justice, mais la manifestation de la justice, de la tendresse, de l’amour de Dieu.
Paul n’a rien à craindre de cette rencontre, tout au contraire il s’y est préparé depuis longtemps et il l’attend, il connaît celui qui le jugera : 1 Co 4,4 « Ma conscience, il est vrai, ne me reproche rien, mais je n’en suis pas justifié pour autant ; mon juge, c’est le Seigneur. « 1 Co 4,4

Le lectionnaire a omis les versets 9-15, harmoniques les plus humaines qu’on pourrait prendre pour des détails mais qui rendent bien le pathétique ce dernier message.
Ce n’est pas un vain mot, Paul pense aux persécutions dont il a été victime, à l’abandon de ses amis mais aussi à la présence et assistance du Seigneur durant toutes ces années.
Les Actes soulignent que Saul gagnait en force (Ac 9,22), une force qui lui venait du Seigneur pour la mission qu’il lui avait confiée, elle s’accroissait à mesure et au rythme des obstacles et des échecs rencontrés.
Toutes les épreuves qu’il a connues et auxquelles il a été arraché sont comparées à la gueule du lion dont il a toujours échappé.
Si tous l’ont abandonné, si personne ne l’a soutenu, Paul ne leur en tient pas rigueur. Il est lucide, il sait qu’il n’a plus aucun espoir sinon la certitude que jusqu’ici le Seigneur l’a rempli de force et qu’il peut s’appuyer sur lui : « le Seigneur m’a assisté et m’a fortifié ». Avec le Seigneur sa seule force, Paul fait l’expérience du soutien du Seigneur dans la situation extrême qui est la sienne. Grâce à ce soutien, Paul n’est pas seulement un prévenu qui se défend, mais un prédicateur qui continue à proclamer l’Evangile, la Bonne Nouvelle de la tendresse de Dieu. N’avait-il pas dit : « on n’enchaîne pas la Parole ». Jusqu’au bout Paul a proclamé la Bonne Nouvelle, tant en paroles que dans sa situation d’enchaîné, se référant au Christ lui aussi enchaîné. Aussi, Paul entonne-t-il déjà le chant de la liturgie céleste à laquelle il va bientôt prendre part. Après avoir crié au monde le message de l’Evangile, sa voix se fait l’écho de l’éternel cantique qu’il va chanter désormais : « à lui la gloire pour les siècles des siècles ».
Cri d’admiration qui doit être le nôtre…même si nous ne sommes pas encore au terme de notre pèlerinage.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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