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30e Dimanche B

30ème Dimanche du T. O. - B-

Il arrive qu’on compare le monde d’aujourd’hui à une forteresse. A l’intérieur de cet-te forteresse, il y a ceux qui vivent très bien, en tenant les commandes, ceux qui y vivent convenablement et ceux qui sont poussés vers la porte de sortie. De l’autre côté de la porte, il y a ceux qui cherchent à entrer et la foule des oubliés incapables de s’imaginer à l’intérieur de la forteresse.

Dans notre monde, on trouve donc des situations contrastées. A en croire la publicité, une chose marche bien, le commerce de luxe. A côté de cela, j’ai appris par la presse qu’une femme seule, ayant en charge deux adolescentes, allume le chauffage de son appartement une heure par jour et ce n’est que pour la chambre de ses filles.

Et l’Eglise dans tout ça ! Il serait naïf de penser que les baptisés ont une attitude chimiquement pure. Tous, nous participons d’une manière ou d’une autre au désordre de ce monde. Nous l’entretenons et nous en profitons. On doit ajouter qu’il y a des baptisés qui ont des comportements généreux. Ils soulagent discrètement telle ou telle misère qu’ils rencontrent d’une manière habituelle ou occasionnelle. Il y en a aussi qui mettent leur temps et leurs compétences au service de telle ou telle association. Ils essaient de maintenir le plus de monde possible à l’intérieur de la forteresse.
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Ces observations donnent des lunettes pour lire l’évangile de Marc,
Voilà donc Jésus sur la route, à la sortie de Jéricho. Il est entouré de disciples et d’une foule nombreuse. Dilués dans la masse, les apôtres ne sont pas mentionnés. Personne n’a été mobilisé par un quelconque comité de soutien pour faire la foule. Tous ont choisi de suivre Jésus. Certains peuvent entendre ce qu’il dit. La plupart suivent et bavardent entre eux. Heureux d’être là, ils sont comme une Eglise qui bouge. On s’y sent bien entre soi.

Tout d’un coup, l’incident ! Un hurlement, jailli du fossé, a été lancé par un homme devenu aveugle. Il est connu à Jéricho ; il s’appelle Bartimée. Selon la mentalité de l’époque, il a dû déplaire à Dieu qui sans doute l’a puni et l’a remisé à la porte de la ville, à l’extérieur de la forteresse. Il a entendu la rumeur de la foule et appris que c’était Jésus de Nazareth qui passait. Il hurle pour attirer son attention.

Toujours, quand se produit un incident, il y a des gens qui savent tout de suite ce qu’il faut faire. Un service de sécurité improvisé intervient avec efficacité. « Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire. » Bartimée n’a pas la parole mais il la prend et insiste. « Fils de David, prends pitié de moi. » Il ne s’adresse pas à une adminis-tration mais à une personne. Les cris de ceux qui le rabrouent ne le font pas taire !
Jésus a entendu. Il s’arrête et dit « Appelez-le ». Jésus a du élever la voix pour se faire entendre. Parmi ceux qui l’ont entendu, certains prennent contact avec Bartimée et lui transmettent l’appel : Confiance, lève-toi ; il t’appelle ». L’invitation est bienveil-lante. Ce petit groupe est à l’articulation du changement d’ambiance. L’aveugle redevient quelqu’un. On lui a parlé ! Rarement une réponse à un appel a été aussi rapide.
L’aveugle jette son manteau et bondit vers Jésus. Il dût y avoir des chevilles abîmées.
Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Il est sensible au désespoir de cet homme qui n’attend rien des hommes. Jésus l’invite à mettre des mots sur son désir profond. L’aveugle n’hésite pas : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! »
Les hommes avaient classé cet homme improductif et irrécupérable. Sa foi en Jésus le rétablit dans son intégrité et il retrouve sa place dans la société.

Que peut signifier cette histoire ?
- Dans cette page d’évangile on peut reconnaître une Eglise qui sort de la forteresse. Bien vite, elle est affrontée à la misère, une misère qui ne s’exprime pas en statistiques mais qui a un visage humain.

- Si Bartimée n’avait pas crié, la foule serait passée près de lui sans y prêter attention. L’Eglise est capable de côtoyer la misère du monde sans la voir. Elle est capable aussi de se laisser interpeller. Quand la misère se fait entendre, il y a tout de suite une réaction pour étouffer les cris qui dérangent, rétablir l’ordre, sauver les apparences et rester entre soi mais quelqu’un a perçu le cri, élève la voix. Elle est peu audible dans le brouhaha mais quelques uns ont entendu et vont voir de près ce qui se passe Cette démarche de quelques uns fait basculer l’opinion. Celui qui est plongé dans la misère retrouve son humanité. « L’homme retrouve la vue et il suivait Jésus sur le chemin.

- Cette page invite à identifier nos premières réactions quand la misère frappe à la porte de notre vie ou de notre pays. Avons-nous l’oreille assez fine pour percevoir les appels de Jésus qui veut nous faire bouger ?

- Ce cri de Bartimée pourrait-il être le nôtre ? Dans un monde si complexe, qui peut prétendre avoir le regard juste ? Seul Jésus voit ce monde avec le regard de son Père, un regard d’amour et de miséricorde.
Jésus nous invite à partager ce regard. Il n’est pas celui de « Beaucoup » mais seulement de quelques uns. Cela suffit pour changer la situation.
Que Jésus nous aide à voir ce que Dieu voit, qu’il nous donne d’entendre l’invitation à se démarquer de la foule, qu’il nous aide à accueillir quiconque appelle.

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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