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30e Dimanche A- Aime comme Dieu aime

1ère lecture : Exode 22/20-26

20 Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas, car vous étiez vous-même des immigrés au pays d’Égypte.
21 Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin. 22 Si tu les accables et qu’ils crient vers moi, j’écouterai leur cri.
23 Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée : vos femmes deviendront veuves, et vos fils, orphelins.
24 Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n’agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d’intérêts.
25 Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. 26 C’est tout ce qu’il a pour se couvrir ; c’est le manteau dont il s’enveloppe, la seule couverture qu’il ait pour dormir. S’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant !


A propos de cette lecture :

Ces consignes que nous lisons aujourd’hui font partie du « Code de l’Alliance » (Ex. 20/22-23/19), ensemble de prescriptions et de lois qui engagent le peuple vis à vis de Dieu, en réponse à son Alliance, dont le portail était le Décalogue. Ce code lui-même regroupe des éléments divers : lois culturelles, civiles, criminelles ou morales.

_Certains auteurs perçoivent ces lois comme analogues à celles qu’on trouve chez les babyloniens, hittites, sumériens et égyptiens. En effet, ces lois ne sont pas nées de rien : elles ont été formulées au contact des codes proche-orientaux.

Dès le séjour en Egypte, Dieu apparaît comme le champion des pauvres et des opprimés, le défenseur des droits de l’homme, prioritairement attentif aux petits et aux faibles. Il conçoit avant tout sa justice comme une œuvre de vie et d’amour, dans une attention privilégiée à l’émigré, la veuve et l’orphelin. Dieu se fait leur défenseur non pas parce qu’il entendrait récompenser leurs « mérites » ou leurs « vertus », fruits d’une conduite pieuse, mais parce qu’ils sont, eux aussi, son image blessée et qu’ils n’ont personne pour les reconnaître et les défendre.

Ce qui est emprunté à ces civilisations prend un sens nouveau, par le réemploi qui en est fait, dans le cadre de l’Alliance. Toujours le peuple de Dieu a été tenté d’imiter les puissances voisines et est séduit par leurs cultes. Il est important de situer cet ensemble dans l’ensemble législatif des chapitres 20-23 qui s’insèrent dans le récit du Sinaï , sans être toutefois primitif ; il est adapté aux circonstances dans lesquelles vit le peuple de Dieu et qui sont différentes selon qu’il est au désert ou arrivé en Terre Promise. Lorsqu’il parle d’accueillir l’immigré, on suppose qu’il a quitté le désert et qu’il est arrivé et installé en Canaan .

Ces mesures de protection des pauvres et de privilèges en leur faveur sont à comprendre comme un développement du Décalogue : ces cas sont introduits par la formule « quand…si ». Parmi ces mesures de protection il y a des dispositions prises contre l’appauvrissement croissant de l’endettement.

Nous retrouvons aujourd’hui des situations identiques et ce texte reste d’actualité : on constate un appauvrissement croissant, l’endettement, l’insolvabilité. Dieu ne reste pas étranger ni sourd à ces situations humaines « le pauvre appelle Dieu entend son cri »

Voilà comment Dieu, qui a entendu le cri des pauvres de son peuple, va répondre. Ce code législatif est la manière de Dieu de rester proche de son peuple, de veiller à ce que le fragiles ne soient pas exploités, ni écrasés et que le peuple élu soir réellement peuple de Dieu qui manifeste à son tour la bonté dont le Seigneur ne les a jamais privés. « Voilà le fondement de toute loi en Israël : le Dieu qui entend le cri des malheureux, qui connaît leurs souffrances et donc prend leur défense. « Car moi je suis compatissant » dit la dernière phrase de notre texte, au très beau sens du mot « compatissant », c’est à dire qui « souffre avec. » Thabut –L’intelligence des Ecritures A. p. 394

« C’est le rapport de l’homme à Dieu qui fonde une législation et établit le rapport d’homme à homme, si bien que le rapport de l’homme avec l’homme n’est plus sur le plan de la justice humaine et ne se borne pas à rendre possible la vie commune entre les hommes : ce rapport d’homme à homme veut être une liturgie sacrée. Tout rapport social devient liturgie, devient culte, devient pour l’homme une manière de vivre son rapport avec le Seigneur. Toute la vie est sanctifiée, tout est sacré, rien n’est profane…Et remarquons le pas immense qui est franchi, quand l’homme passe de l’économie de la religion cosmique à l’économie de la religion prophétique ; l’homme devient une personne, il n’est plus une simple partie du cosmos, ou une partie de la société. Il dépasse la société et dépasse le cosmos : il est le sommet de la création. » Barsotti

Le peuple de Dieu a émergé de sa condition antérieure qui était celle de l’esclave en Egypte et pour le prémunir d’oublier trop vite ce qu’il était et l’aider à être fidèle, le Seigneur lui rappelle sa situation antérieure de peuple humilié, errant : « Souviens-toi que tu as été un émigré en Egypte (v.20), prends conscience du chemin parcouru pour être arrivé là où tu es maintenant. Ce que tu es devenu, tu l’as reçu ! »

Peuple de Dieu il ne peut le devenir et le rester qu’en réglant sa vie sur l’œuvre de Dieu, œuvre toute entière faite de l’amour qui atteint chaque être et le fait vivre, ainsi le peuple de Dieu est appelé à partager les dons qu’il reçoit aussi gratuitement.

Ce point de départ fondamental oblige en conséquence à un certain comportement tel que le décrivent les consignes du Livre de l’Exode : « 9 Tu n’opprimeras pas l’immigré : vous savez bien ce qu’est sa vie, car vous avez été, vous aussi, des immigrés au pays d’Égypte. »

L’une des nécessités de la condition du pauvre est d’emprunter. Le prêt devait être gratuit : la loi est absolue. Le prêt à intérêt est appelée morsure : le juste ne commet pas ce péché. « Ce serait une infidélité à la Parole du Seigneur que ne pas reconnaître dans la prohibition biblique du prêt à intérêt, un principe de justice sociale à incidence économique importante et plus que jamais valable : à cause des intermédiaires, il risque toujours beaucoup de devenir un asservissement de la personne contre lequel s’élèvera toujours le Seigneur » G. AUZOU, De la Servitude au Service, Paris, 1961, pp. 333ss.

Les commandements de l’Alliance nous introduisent à une relation privilégiée avec Dieu et avec nos frères.
C’est dans le cri des pauvres que Dieu se reconnait et que nous le reconnaîtrons et le rejoindrons en vérité. C’est là qu’il nous donne rendez-vous !

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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