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30 septembre 2012 26e Dimanche B

Nombres 11, 25-29 Jacques 5, 1-6 Marc 9, 38-43, 47-48

__ Déportés en Chaldée, (Irak du sud) les Juifs se sont trouvés sans emploi. Pour s’occuper, ils se sont intéressés à la circulation de l’argent et ils ont acquis, au fil des siècles, une réputation d’artistes en la matière. Un jour, j’ai entendu cette réflexion : « Quand un juif se convertit, cela fait un chrétien de plus, mais ça ne fait pas un juif de moins. » Il fallait bien qu’un jour saint Jacques aborde le problème de l’argent avec des Juifs de-venus chrétiens. Ce qu’il leur dit est sévère mais nous invite aussi à réfléchir.
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Chacun sait que dans toute déclaration, il y a ce qui est dit et la manière de le dire ; il y a le texte et la musique. Le message écrit de Jacques peut être la reprise de mises en garde répétées et restées sans réponse. Pour lire ce texte, faut-il prendre le ton du pro-cureur qui veut obtenir une condamnation ou le ton suppliant de celui qui veut dé-clencher enfin une prise de conscience ? Finalement, faut-il envier les riches, les con-damner, les abandonner à leur sort, les arracher au piège du goût de l’argent ?
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Quand on parle de riches, de qui parle-t-on ?
- Un auteur contemporain, Jean d’Ormesson fait dire à un de ses personnages (« Au plai-sir de Dieu ») : « Chez nous, nous ne parlions jamais d’argent : nous en avions. » A côté de ceux qui sont nés riches, il y a ceux qui le sont devenus par leur travail, avec en prime le flair qui leur a permis de saisir les opportunités. Ils disent qu’ils récoltent le fruit de leur travail, mais il y a ceux qui ont travaillé aussi toute leur vie et n’ont rien pu amasser. L’héritage qu’ils laissent ? Leurs qualités humaines ! Ne serait-ce pas l’essentiel ?
- Je suis toujours le riche de celui qui a moins de ressources que moi. Que pensent de nous les communautés chrétiennes du Moyen Orient ou d’Afrique qui lisent ce texte aujourd’hui en même temps que nous ? Par ailleurs, un riche trouve toujours plus riche que lui. Et chacun peut se dire que saint Jacques s’adresse à d’autres.
- L’argent doit permettre d’avoir une vie humaine. Ce qui veut dire : l’accès à un logement décent, des revenus qui permettent de nourrir la famille, d’assurer les soins et l’avenir des enfants, avoir une réserve raisonnable pour faire face à l’imprévu.
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Il est difficile de préciser où commence le surplus et il est impossible de savoir à par-tir de quel niveau il devient scandaleux. De toute façon, la question est la même : Que faire du surplus ?
Les uns soutiennent des œuvres humanitaires, d’autres aident des étudiants étrangers avec le système des bourses, d’autres confient le surplus à la compétence des con-seillers financiers pour maintenir le magot en l’état ou l’augmenter en restant dans le cadre de la loi. D’autres risquent des manœuvres frauduleuses avec l’espoir de ne pas être pris.

Que tirer du texte de saint Jacques ?
1). Avoir de l’argent disponible est davantage une responsabilité qu’une chance. L’ar-gent doit contribuer au bonheur de tous. C’est cela que Dieu attend des riches. Ils ne sont que des intendants.
Si vivre dans la misère est déshumanisant, vivre dans la surabondance l’est aussi. Le riche vit dans l’inquiétude. Il veut toujours avoir plus pour sécuriser ce qu’il a déjà. Sécuriser quoi ? L’argent est trompeur derrière une façade séduisante !
Saint Jacques veut ouvrir les yeux : « Pleurez, lamentez-vous car des malheurs vous attendent. Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés de mites, votre or et votre argent sont rouillés. »
« Vos richesses sont pourries », Jacques peut faire allusion à la manne qui tombait chaque matin dans le désert. Il n’y avait pas besoin de se battre pour avoir sa part, il y avait largement ce qu’il fallait pour tous, mais la manne pourrissait dès qu’on voulait la conserver. La richesse devient mauvaise, si elle est recherchée pour le plaisir de l’avoir.

2). Il y a une mauvaise manière de devenir riche. St Jacques dénonce le riche quand il devient prédateur. « Des travailleurs ont moissonné vos terres et vous ne les avez pas payés ; leur salaire crie vengeance. »
Partout dans notre monde, il semble que les machines, les outils de production, sont mieux soignés que les personnels qui les utilisent.

3) Si la richesse est séduisante, l’usage qu’on en fait n’échappe pas au regard de Dieu : « Les revendications des moissonneurs sont arrivées aux oreilles du Sei-gneur de l’univers. »
Faut-il rappeler que Jacques s’adresse à des nouveaux chrétiens. Ils doivent aban-donner leurs pratiques d’autrefois. Désormais, il n’est pas possible d’accumuler des richesses sur le dos des autres car Dieu ne peut pas accepter que sa justice soit ba-fouée. La foi en Dieu n’est pas qu’un sentiment.

4). Dans la communauté chrétienne concernée, il a des comportements à changer. « Vous avez recherché sur terre le plaisir et le luxe et vous avez fait bombance pendant qu’on massacrait des gens. »
Plaisir, luxe, bombance ! Des mots qui évoquent la recherche exagérée du bien-être, le besoin de paraître riche et les excès de table. Des mots qui révèlent l’aveuglement dans un monde sans pitié.
La bombance peut conduire à évoquer le gaspillage qui voisine avec le dénuement et aussi le pillage de la planète. Une prophétie amérindienne dit ceci (O.F. 27. 11 2008) :
« Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors vous vous apercevrez que l’argent ne se mange pas. »

Maintenant, nous pouvons donner du poids à la prière du psaume 18 :
« Préserve ton serviteur de l’orgueil qu’il n’ait sur moi aucune emprise. »

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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