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2e Dimanche de Carême C

Deuxième dimanche de Carême

2ième lecture : Philippiens 3/17-4/1

17 Tous ensemble imitez-moi, frères, et fixez votre regard sur ceux qui se conduisent suivant l’exemple que vous avez en nous.
18 Beaucoup, en effet, je vous le disais souvent et le redis maintenant en pleurant, se conduisent en ennemis de la croix du Christ.
19 Leur fin sera la perdition ; leur dieu, c’est leur ventre, et leur gloire, ils la mettent dans leur honte, eux qui n’ont à cœur que les choses de la terre.
20 Car notre cité, à nous, est dans les cieux, d’où nous attendons, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ,
21 qui transfigurera notre corps humilié pour le rendre semblable à son corps de gloire, avec la force qui le rend capable aussi de tout soumettre à son pouvoir
1 Ainsi donc, frères bien-aimés que je désire tant revoir, vous, ma joie et ma couronne, tenez ferme de cette façon dans le Seigneur, mes bien-aimés.

A propos de cette lecture :

Le découpage proposé par le lectionnaire peut paraître ardu à comprendre et prétentieux de la part de Paul : « inspirez-vous de mon témoignage, soyez mes imitateurs ». Prétention ? Orgueil ?
Même si la lecture du 5e dimanche de carême nous proposera les versets 8-14 du chapitre 3, il est important d’en lire ici les versets 8-12 pour entrer dans une bonne compréhension de notre péricope :

Ph 3:8-12 « À cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ, 9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ; 10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, 11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts. 12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus. »

Paul écrit ce message aux Philippiens tandis qu’il est en détention non pas à Rome mais probablement pendant son séjour à Ephèse, incertain de la sentence qui l’attend. Il est désolé d’apprendre que d’aucuns continuent à semer la zizanie dans la communauté de Philippes, à laquelle il est particulièrement attaché.
Au risque de ressasser les mêmes consignes en les invitant à se réjouir dans le Seigneur 3.1, Paul met en garde ses frères contre des Judaïsants qui voudraient en effet imposer la circoncision aux chrétiens issus du paganisme et ainsi saper tout le travail qu’il a fait chez eux : « ils se conduisent ainsi en ennemis de la croix du Christ. »

Dans les versets 8-12 l’enchaîné pour le Christ exprime d’une manière forte son attachement au Christ et son grand désir d’être avec lui : pour lui vivre c’est vivre avec le Christ qui seul justifie grâce à sa résurrection.

Il réaffirme son union au Christ, non en raison de son appartenance à la Loi, ni en raison de la justice qui vient de la Loi mais de celle qui lui vient de sa foi au Christ : « la justice qui vient de Dieu, fondée sur la foi » v5
Le chrétien est appelé à vivre sa foi selon l’Esprit de Dieu : « mettre sa fierté dans le Christ plutôt que de se fier à soi en mettant sa religion dans des pratiques sécurisantes » (3,3) auxquelles nous serions facilement tentés..
Il s’agit de connaître le Christ, non pas d’une connaissance intellectuelle mais de « le connaître dans le dynamisme de sa résurrection et la communion à sa Passion. Ce ne nous est possible qu’en nous laissant métamorphoser avec lui par le mystère de sa mort »
Paul presse ses correspondants à faire le bon choix entre les deux voies qui se présentent à eux : celle de ceux qui se conduisent en ennemis de la croix du Christ et celle de ceux dont la cité est dans les cieux.
Et pour cela il n’hésite pas à dire « frères imitez-moi ». Prétentieux pensons-nous !
Il invite tout simplement à ne pas placer sa confiance en soi, en ses œuvres, comme lui-même l’a fait. « Imitez-moi » tel que je ne regarde pas à moi et que je refuse de me croire parfait. Imitez-moi dans ma confiance dans la croix du Christ et dans ma certitude de ne pas encore avoir touché le but.

Ce que les Judaïsants disent des non-circoncis, l’apôtre le retourne contre les légalistes de l’Eglise de Philippes. L’apôtre contrecarre encore et toujours le légalisme, l’observance de la Loi qui est négation de la Croix du Christ, négation de l’amour. Aux défenseurs invétérés de l’observance de la Loi, Paul dit : « leur fin, c’est leur perdition ». Il ne s’agit pas ici de leur sort final mais de les prévenir que leur observance étroite ne mène à rien ! En voulant se sauver eux-mêmes, en essayant d’être meilleurs que les autres, ils s’engagent sur des chemins de rupture, d’angoisse, sans issue. En se regardant eux-mêmes, ils ont perdu le but, Jésus Christ et se sont perdus !

Leur Dieu c’est leur ventre, ils mettent leur religion dans des pratiques alimentaires qui vident de son contenu l’alliance avec le Seigneur. Paul les interroge en leur demandant où est leur Dieu ? Qui aimez-vous ? Qui servez-vous ? Le ventre c’est ce qui prend toute la place et empêche de voir au-delà, plus haut. C’est tout ce qui obscurcit la vue et empêche de voir Dieu. En fait le Dieu de Jésus-Christ vous a libérés de vos idées et principes anciens que Paul traduit par « votre ventre ». Il ne s’agit pas de seulement nourriture mais de leurs rites, de leurs œuvres.

La foi authentique ne se réfugie pas dans des rites superficiels qui finissent toujours par nourrir une auto-justification facile. Selon une boutade : « Ce serait tellement plus tranquillisant qu’on nous dise qu’il suffit pour être sauvés de manger des sardines le vendredi plutôt que de faire siennes les détresses du Quart et du Tiers-Monde. »
L’apôtre ne craint pas de nous inviter à l’imiter dans sa manière de suivre le Christ et dans sa lutte pour lui. De fait « on met la lampe sur le lampadaire afin que les hommes voient vos bonnes œuvres et glorifient le Père des cieux ». Ainsi Paul désire rayonner sa foi et en rendre témoignage auprès de ses frères de Philippes.

Ces expressions peuvent nous agacer, mais Paul désire seulement que nous l’imitions dans son refus de placer notre confiance en nous-mêmes et en nos œuvres, de mettre notre salut dans la Loi.
Quel lien peut-on voir avec les textes de ce dimanche ?
La première lecture nous parle de l’Alliance entre Dieu et Abraham. auquel Dieu promet la possession d’une terre.
Le lien on peut le trouver ici : « pour nous notre cité est dans les cieux d’où nous attendons ardemment comme sauveur le Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps de misère en un corps semblable à son corps de gloire par la puissance qui le rend capable même de s’assujettir l’univers » 3,20-21.
Paul semble être à l’opposé de la première lecture. Si ce monde est sa propre fin, s’il n’y a que du terrestre alors il n’y a plus rien, c’est du vent.
C’est la cité céleste qui donne valeur et vérité à celle que nous essayons misérablement de construire ici bas. C’est le ciel qui donne sa vérité à la terre et Paul nous a donné une magnifique définition de l’existence chrétienne : une existence d’attente de Celui qui seul peut transformer le monde. C’est pour cette attente que nous sommes faits !

De quel droit St Paul affirme-t-il aussi fort que nous attendons la cité céleste, au risque de mépriser celle d’ici bas ?
C’est qu’entre-temps il s’est passé quelque chose sur la montagne, quelque chose pour Jésus mais aussi pour nous : Jésus a été transfiguré. La transfiguration de Jésus anticipe le Mystère pascal : on sait comment cela va se terminer, non pas seulement par ses souffrances et par passion mais aussi par sa glorification. On dirait qu’on voit déjà la fin, le but final. Un peu comme lorsqu’on lit un livre, on va voir à la fin comment ça se termine. Ce qui est arrivé à Jésus nous arrive à nous aussi, ou nous arrivera.

Qu’attendons-nous ? Que vivons-nous dans notre attente ? Quel dynamisme entraîne-t-elle chez nous ?
L’Apôtre termine en adressant aux destinataires de la lettre un appel à « tenir debout », comme citoyens du ciel. Il ne s’agit pas d’être avant tout préoccupé de la lettre d’une Loi, ni d’être citoyen des nuages. Le citoyen du ciel œuvre ici-bas dans la sérénité tranquille d’une foi qui met sa fierté dans le Christ Jésus. N’est-ce pas cette fierté que nous chanterons à l’ouverture du Triduum pascal ? « Notre fierté, c’est la croix de Jésus Christ. Sauvés par Lui, nous vivons ressuscités ». Notre foi en Dieu qui libère, voilà ce que Paul souhaite que nous tenions fermement.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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