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2e Dimanche de Carême B -Genèse 22, 1-18

1ère lecture : Genèse 22/1-2.9a.10-13.15-18

1 Après ces événements, Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit :
« Abraham ! » Celui-ci répondit :
« Me voici ! »
2 Dieu dit :
« Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. »
3 Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac. Il fendit le bois pour l’holocauste, et se mit en route vers l’endroit que Dieu lui avait indiqué. 4 Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit l’endroit de loin. 5 Abraham dit à ses serviteurs :
« Restez ici avec l’âne. Moi et le garçon nous irons jusque là-bas pour adorer, puis nous reviendrons vers vous. »
6 Abraham prit le bois pour l’holocauste et le chargea sur son fils Isaac ; il prit le feu et le couteau, et tous deux s’en allèrent ensemble.
7 Isaac dit à son père Abraham :
« Mon père !
– Eh bien, mon fils ? »
Isaac reprit :
« Voilà le feu et le bois, mais où est le mouton pour l’holocauste ? »
8 Abraham répondit :
« Dieu saura bien trouver le mouton pour l’holocauste, mon fils. »
Et ils s’en allaient tous les deux ensemble.
9 Ils arrivèrent à l’endroit que Dieu avait indiqué. Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois, puis il lia son fils Isaac et le mit sur l’autel, par-dessus le bois. 10 Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils.
11 Mais l’ange du Seigneur l’appela du haut du ciel et dit :
« Abraham ! Abraham ! »
Il répondit :
« Me voici ! »
12 L’ange lui dit :
« Ne porte pas la main sur le garçon ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. »
13 Abraham leva les yeux et vit un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils. 14 Abraham donna à ce lieu le nom de « Le-Seigneur-voit ». On l’appelle aujourd’hui : « Sur-le-mont-le-Seigneur-est-vu »
15 Du ciel, l’ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham. 16 Il déclara :
« Je le jure par moi-même, oracle du Seigneur : parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, 17 je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis. 18 Puisque tu as écouté ma voix, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. »
19 Alors Abraham retourna auprès de ses serviteurs et ensemble ils se mirent en route pour Bershéba ; et Abraham y habita.

A propos ce la première lecture :

Avec le récit surprenant d’Abraham qui ressemble à l’itinéraire du croyant, l’Eglise nous propose encore de scruter cette longue histoire de l’Alliance. Dieu nous conduit par des chemins que, parfois, nous ne comprenons que beaucoup plus tard.
Quel est donc ce Dieu qui peut réclamer à un père d’égorger son enfant ? S’agit-il ici de la demande d’un Dieu exigeant une obéissance aveugle ? Ou s’agit-il d’une question : la foi d’Abraham tiendra-t-elle le coup ? Car c’est bien Abraham qui au centre de ce passage.
Veut-il l’immolation de l’enfant ? Ou veut-il vérifier l’obéissance et la soumission d’Abraham ? Dieu met-il Abraham à l’épreuve ? Où en est la relation d’Abraham à Dieu, la qualité de sa disponibilité et de son détachement ?

On sait qu’autrefois on sacrifiait des enfants à un certain dieu Moloch afin d’assurer la sécurité familiale, la stabilité et les fondements de la société. Et nous savons aussi que Dieu refuse tout sacrifice humain. Cependant, il faut ici considérer la situation d’Abraham : il vit au sein de populations dont l’influence et la pression psychologique peuvent être très grandes.

Au moment de sa vocation, Dieu demande à Abraham un acte de foi qui consiste à abandonner son passé, à quitter sa famille, sa patrie toutes ses sécurités et de partir, sans savoir où, mais avec la certitude que Dieu le conduira quelque part, qu’il lui donnera un fils et une terre.
A peine comblé, voilà que Dieu lui demande un acte de foi qui consiste à renoncer non plus à son passé mais à son avenir et cela, en renonçant à l’enfant de la promesse pour l’offrir au Seigneur. Dieu lui demande son fils sur qui reposent toutes les promesses. Ce que Dieu demande à Abraham semble anéantir toutes ses promesses. Dieu se contredirait-il ?

_ Si Abraham semble s’en être fait une raison parce que cela le sécurise, il obéit au Seigneur au risque d’anéantir toutes les promesses. Il sait qu’il ne peut désobéir à Dieu, face à tout ce qu’il a déjà vécu depuis son départ d’Ur. Dieu n’a cessé de le combler, a-t-il, lui, des motifs « humains » de refuser ? En homme de foi, il est prêt à tout donner, anticipant l’image de Dieu Père qui ne refuse pas de donner son Fils pour être sacrifié pour le salut du monde.

Dieu cherche-t-il à éprouver la foi d’Abraham ou au contraire à la faire grandir à travers cette épreuve ? Abraham ne peut accaparer le don qui lui a été fait,. Pour que le don soit véritablement reconnu comme don, il doit pouvoir le « donner » à son tour. Il ne s’agit pas pour lui de s’identifier au don du Seigneur. Adam avait voulu accaparer le don de Dieu, le posséder, en devenir propriétaire, et nous connaissons la suite. C’est bien là la tentation devant laquelle Abraham a pu se trouver.

Au cœur de leur relation, Dieu propose à Abraham d’expérimenter, sans que ce soit du marchandage, que ce qui lui est donné lui est rendu au centuple. C’est alors que la promesse faite à Abraham d’avoir une descendance comme les grains de sable peut commencer à se réaliser, ou plutôt Abraham permet à Dieu de la réaliser pleinement.

Et maintenant c’est Dieu qui l’arrête dans son geste sacrificiel et lui renouvelle une promesse, non pas parce qu’un homme a été prêt à lui sacrifier son fils, son fils unique, mais parce qu’un homme n’a pas sacrifié son fils.

« Il ne s’agit donc pas seulement de savoir si Abraham va accepter de sacrifier son enfant par obéissance à un ordre de Dieu, mais aussi et surtout d’éprouver s’il croit envers et contre tout à ce Dieu qui par l’élection et l’alliance, est devenu son Dieu. Nous sommes là dans le domaine des expériences extrêmes de la foi : au cœur de cette ténèbre spirituelle, Dieu ne laisse pas d’autre issue à Abraham que l’abandon total à ce même Dieu, devenu l’unique de sa vie. En fait Abraham donne une réponse, non pas celle de la raison mais celle du cœur : la foi. Au cours de ce récit dramatique, le croyant qu’il est ne flanche pas. Selon les mots de Mircea Eliade, « par cet acte apparemment absurde, Abraham fonde une expérience religieuse nouvelle : la foi ». Dieu ne donne aucune justification rationnelle, il n’attend qu’une chose, que l’élu se remette totalement entre ses mains. Telle est précisément la réponse d’Abraham ». Bernard Renaud- Feu Nouveau 55 p.59

La foi d’Abraham se fie inconditionnellement à Dieu, il ose lâcher ses rêves d’avenir : tel est le témoignage et l’exemple qu’il nous donne. Ce récit nous dit que celui qui, à travers tout, a l’audace de faire confiance en Dieu a toujours un avenir. Abraham ne demande pas à Dieu de justifier l’épreuve demandée. Il ne demande pas de quel droit Dieu va jusque là et comment il peut justifier pareille souffrance. Il fait crédit à Dieu, sans condition.

C’est l’image, le prototype de l’itinéraire de tout croyant. Dieu nous conduit sur des chemins que nous ne comprenons pas. Il nous demande d’inventer avec Lui l’avenir que, Lui, il nous donne. Ainsi la relation fils-Père prend une nouvelle dimension. C’est l’expérience que le Christ fera mais cette fois jusqu’à la croix, sans qu’elle soit le dernier mot de Dieu.

Ce passage est souvent intitulée dans nos Bibles « le sacrifice d’Abraham » parfois « le sacrifice d’Isaac ». La tradition juive parle de « la ligature d’Isaac ». Cette tradition met l’accent sur la liberté réciproque dans laquelle le père et le fils se situent. Isaac, se rendant compte finalement que c’est lui la victime, aurait demandé à son père de bien l’attacher car il pourrait par peur du couteau et tout-à-fait involontairement se détourner. Alors, aurait-il dit à son père, « ton sacrifice ne serait pas parfait ». Une autre tradition raconte qu’à ce moment-là les cieux se déchirent et les anges étonnés de ce qu’ils voient se demandent lequel des deux ils doivent le plus admirer, le père ou le fils. Ils en pleurent et, nous dit l’histoire, leurs larmes tombant dans les yeux d’Isaac le rendent aveugle.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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