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2e Dimanche de Carême B

2ième lecture : Romains 8/31b-34

Romans 8:31-39

31 « Que dirons-nous après cela ? » Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
32 Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment, avec son Fils, ne nous donnerait-il pas tout ?
33 Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu justifie !
34 Qui condamnera ? Jésus Christ est mort, bien plus il est ressuscité, lui qui est à la droite de Dieu et qui intercède pour nous !
35 Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ?
36 selon qu’il est écrit : à cause de toi nous sommes mis à mort tout le long du jour, nous avons été considérés comme des bêtes de boucherie.
37 Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés.
38 Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances,
39 ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur.


A propos de ce texte.

Ce texte admirable est la conclusion de la première partie de l’épître aux Romains. Paul y chante le triomphe de l’amour que Dieu nous porte.
« Que dirons-nous après cela ? » ‘Cela’, c’est ce que Paul vient de dire : désormais non seulement il n’y a plus de rivalité avec Dieu, son Esprit est désormais donné en plénitude et Jésus nous introduit dans la manière de l’accueillir. _ La création elle même retrouve sa place tout entière et le chrétien, au sein de celle-ci, peut jouer le rôle de créateur que Dieu lui avait confié. En tout cela, Dieu réalise le but de son œuvre : cad reproduire l’image de son Fils en tout homme.
Paul par un chant de louange triomphal termine son résumé de la vie chrétienne vécue en-dehors de l’emprise et du pouvoir de la Loi. C’est un véritable Credo. Si Dieu ressaisit ainsi en lui notre destinée, rien d’autre ne compte. Il fait en sorte que tout contribue au plus grand bien de celui qui l’accueille.

On aurait pu penser que rien ne pouvait faire obstacle à la certitude de l’espérance d’une paix définitive pour toute l’humanité. Sauf une chose : la possibilité du refus de l’homme. De fait, en ne suivant pas Paul dans sa foi en Christ, une grande partie du peuple juif en a déjà fait l’option. De notre part aussi le seul obstacle serait finalement le refus de vouloir être aimé, de se laisser aimer, car le respect de Dieu est à ce point qu’il ne nous impose jamais son amour.

Non seulement aux chrétiens de Rome mais à tous les chrétiens qui sont tentés de se laisser démoraliser par les épreuves, Paul réaffirme ici avec fougue, la puissance invincible de l’amour dont nous sommes l’objet de la part du Seigneur. Quelles que soient les contradictions auxquelles nous sommes confrontés nous sommes assurés de la tendresse de Dieu. Loin d’engendrer en nous des doutes à propos de cet amour, les tribulations que nous avons à assumer nous unissent davantage à celui qui nous a aimés comme on n’a jamais aimé.
Paul se livre tout entier dans cet élan…la super-victoire de l’Amour, il l’a vécue lui-même et il en témoigne. Il est devenu, lui, un témoin de la liberté du Christ, habité par l’urgence de l’amour.

Dans ce passage retenu pour la deuxième lecture de ce jour, v. 31-34, Paul commence par poser quelques questions, à partir d’objections qui viennent soit de lui-même ou d’un auditeur. Il met la réponse dans la bouche des auditeurs. Les versets 31-32 rappellent jusqu’à quelle extrémité d’amour Dieu est allé. La Rédemption est le sommet d’un dessein d’amour.
v. 31 « Que dire de plus : si Dieu est pour nous qui sera contre-nous ? » : Tout dit et il ne nous reste plus qu’à en tirer les conséquences.
« Puisque Dieu, est Dieu–pour-nous », il n’y a plus de Dieu-pour-moi mais « le seul Dieu-pour-nous. On peut penser à ce que Teilhard voulait dire avec « ce Dieu qui ne s’achève qu’en s’unissant. » C’est bien là tout le sens de l’incarnation du Christ. Dieu n’est pas un Dieu à côté des hommes. Il a voulu nous donner part à tout son être en s’unissant à nous. C’est là le secret de Jésus : nous sommes tous invités à y entrer. C’est tout le chemin de l’union de Dieu et l’homme. L’unité existe déjà mais elle doit être réalisée dans une réponse au quotidien.

v. 32, L’insistance porte sur l’amour, le don total de Dieu de son Fils. Dieu ne pouvait pas faire davantage : « il l’a livré pour nous. Un don que rien ne pourra entamer parce qu’ « Il n’a pas épargné son propre Fils. »
Comme dans Genèse 22, « il n’a pas épargné son fils Isaac ». Il faut se rapporter au sacrifice d’Isaac. Il veut dire toute la miséricorde absolue de Dieu et le don total que Dieu fait jusqu’à se dessaisir de son Fils pour nous le donner.
En nous donnant son Fils, Dieu nous a tout donné, tout ce dont il disposait. Dieu n’a pas un autre fils en réserve, il n’a pas un autre amour caché, et il ne peut donner plus. Le Fils c’est l’icône parfaite de l’Amour vulnérable de Dieu. Un amour que rien ne pourra mettre en échec. Dieu ne peut donner plus sinon des dons qui explicitent le Christ : des dons à l’intérieur du Christ.
La caractéristique de l’Amour de Dieu c’est qu’il fait de nous des fils : c’est un amour qui engendre, donne la vie et un amour qui entre en relation, une alliance.

v.33 Vient alors la seconde objection « qui va se faire l’accusateur des élus de Dieu ? » Ne pourrait-on pas accuser un jour les élus ? La réponse est brève et cinglante : c’est Dieu qui justifie, qui rend juste et personne d’autre ne pourra prétendre au jugement.
En Jésus, Dieu nous révèle qu’il n’est pas un juge sacrificateur, sans entrailles, perçu comme accusateur. Il se révèle comme défenseur, juge qui fait grâce. D’accusateur il devient l’avocat.
L’action de Dieu ne se borne pas à nous délivrer de la mort du péché mais il veut aussi nous combler, nous donner en partage son héritage céleste.

v. 34 La troisième objection : « qui nous condamnera ? » Un seul pourrait nous condamner, celui que nous avons condamné : Jésus Christ. Paul fait entrer en scène le Christ qui pourrait en toute justice accuser ceux qui l’ont condamné. Mais le Christ a fait de sa mort un acte d’amour pour le rachat des péchés, demandant à son Père, au moment de mourir de pardonner ceux qui l’avaient fait mourir. Par sa mort et sa résurrection il a brisé notre condamnation et, devenu Seigneur, il intercède pour nous auprès d’un Dieu-pour-nous qui nous justifie.
Sa mort a confirmé Dieu dans son projet de sauver l’homme, d’être avec l’homme. Il est solidaire de l’homme, se reconnaissant dans l’homme, dans tout homme, cf. la parabole du jugement dernier en Matthieu.
Ce texte semble être une hymne baptismale où l’auteur s’émerveille devant le salut que Dieu invente et vers lequel il nous conduit. On ne plaint pas Dieu d’avoir livré son Fils, on s’en émerveille ! Jésus, l’Isaac de Dieu, n’a pas été épargné comme l’a été Isaac, le fils d’Abraham.
Paul va plus loin encore, il nous invite à nous émerveiller devant Jésus Christ, celui qui intercède pour nous, et non pas celui qui serait toujours prêt à condamner. Qui condamnera ? Qui sera le condamnateur ?

Ainsi sommes-nous invités à une réelle conversion : savoir nous émerveiller devant Dieu pour qui nous sommes vraiment : sa raison de vivre. C’est une conversion, car bien souvent notre premier sentiment est celui de la mauvaise conscience. Nous faisons des examens de conscience alors que nous devrions faire des examens de confiance ! Quelles que soient les contradictions de notre existence et quelle que soit notre faiblesse, déjà, nous sommes pris en charge dans l’intercession du Christ. « Puisque Dieu nous aime, rien quant à lui, ne peut être contre nous ».
Tout dépend de notre acquiescement, de nous laisser à notre tour livrer dans le même acquiescement que le Christ, en vue de notre transfiguration totale dans l’amour. C’est l’Esprit qui vient à la rescousse de notre esprit pour dire à Dieu,
« Abba » Père.
Cette métamorphose de notre existence chrétienne et de notre être commence dans les épreuves et les contradictions d’aujourd’hui… et, selon Rm. 8, nous participons à la transfiguration de la terre et du cosmos.
L’Eucharistie célébrée aujourd’hui, est action de grâce pour cette Bonne Nouvelle : quelqu’un est mort pour nous, pour moi !

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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