2e Dimanche B

2ième lecture : I Corinthiens 6/13-20

1 Corinthiens 6 :

13.Frères, le corps n’est pas pour la débauche, il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps.
14. Or, Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera aussi par sa puissance.
15 Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ? Prendrai-je les membres du Christ pour en faire des membres de prostituée ? Certes non !
16. Ne savez-vous pas que celui qui s’unit à la prostituée fait avec elle un seul corps ? Car il est dit : Les deux ne seront qu’une seule chair.
17. Mais celui qui s’unit au Seigneur est avec lui un seul esprit.
18. Fuyez la débauche. Tout autre péché commis par l’homme est extérieur à son corps. Mais le débauché pèche contre son propre corps.
19. Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas ?
20. Quelqu’un a payé le prix de votre rachat. Glorifiez donc Dieu par votre corps.
A propos de cette 2ième lecture :
Puisque nous allons entendre pendant plusieurs dimanches des extraits de la 1ère lettre aux Corinthiens, il n’est pas inutile de souligner que les propos de Paul sont fortement marqués par la culture ambiante.

Cette lettre de Paul, éminemment pastorale, aborde les différents problèmes que peut connaître une communauté qui, n’étant pas à priori parfaite, est confrontée aux limites de chacun, du péché et du mal à l’œuvre encore dans les cœurs. Le thème de notre passage est la dignité que le Christ confère au corps humain et la liberté qu’il donne aux croyants.

Il est important, pour bien comprendre cette péricope, de la situer dans le contexte de Corinthe au 1er siècle de notre ère. Corinthe est, au cœur du bassin méditerranéen une grande cité maritime prospère, de plus de 500.000 habitants. Il s’y déployait une activité commerciale avec à son service une très importance proportion d’esclaves. Elle était renommée pour la dépravation de ses mœurs. La licence sexuelle y prenait même forme religieuse dans les cultes païens.

Cela n’est pas sans avoir de conséquences et poser des problèmes dans la communauté chrétienne. Parmi les convertis, dont des esclaves, certains subissent encore les séquelles de leur lourd passé, certains avaient gardé des idées trop larges et une conduite laxiste. Ils en étaient arrivés à dire que comme la nourriture est nécessaire à la vie de l’homme, la fornication est un besoin naturel. Face à ces séquelles du passé bien présentes dans la communauté, Paul va affirmer avec force « notre corps est pour le Seigneur ». Car c’est un appel à la liberté qu’il revendique pour les croyants, en affirmant que « le corps est pour le Seigneur, « vos corps sont des membres du Christ », « le Seigneur vous a rachetés très cher » Dés lors, l’appel à la pureté lancé par lui peut sembler un défi qui devrait condamner à l’insuccès la nouvelle Église.

En fait l’apôtre s’oppose à deux façons de voir : d’une part la conception grecque qui consiste à séparer tellement l’être humain en corps et esprit, de telle sorte que les concessions faites au corps n’apparaissent jamais comme impliquant la totalité de la personne humaine. Et d’autre part, il réagit contre une attitude sans doute trop permissive lorsqu’il dit : "Oui, tout m’est permis, mais ne je ne me laisserai asservir par rien ». Ce n’est pas cela la liberté que nous donne le Christ.

A partir de ce texte, ne peut-on pas dire, pour nous aujourd’hui : il y a deux façons de considérer le corps, soit l’adorer, soit le dénigrer. Sur quel principe se base-t-on pour faire ce choix ?
L’adorer, c’est en faire une divinité, en faire un objet de culte, organiser constamment son apparence, de crainte qu’il ne soit plus séduisant à regarder. Etre totalement centré sur le corps et obsédé par les soins à apporter à celui-ci.
Le dénigrer, c’est nier son importance, dédaigner son apparence, placer en lui la source du péché, croire qu’on n’a pas besoin de son corps pour entrer en relation avec Dieu et ses semblables. Et on arrive à l’excès contraire : non seulement on le néglige mais on lui fait payer cher ses révoltes.

Paul ne se laisse pas enfermer dans un tel dualisme, aussi propose-t-il une troisième voie : le corps est promis à la Résurrection et il le Temple de Dieu, le sanctuaire de l’Esprit Saint. Le corps n’est pas une idole mais il n’est pas le diable non plus. Si le corps est le Temple de Dieu, il est signe réel de la présence de Dieu : « le corps est pour le Seigneur et le Seigneur est pour le corps ». Et donc, il mérite respect et beauté, mais jamais d’être adoré.

Au lieu de polémiquer Paul va de tout suite à l’essentiel et nous donne de l’homme une vue de haut, il nous donne le regard de Dieu sur l’homme : la dignité de l’homme, sa grandeur repose sur l’affirmation que le corps est le sanctuaire du St. Esprit avec toutes les conséquences qu’elle entraîne. Et loin de la rejeter, la chair est devenue comme disait Tertullien : « la charnière du salut ».

C’est par son Corps que le Christ a d’abord découvert le monde. C’est dans son corps qu’il a ressenti ses premières joies et ses premières tristesses.
Le Verbe s’est fait chair, la Parole se fait corps.
C’est la clé de la compréhension des liens entre Dieu et les hommes. Dieu s’est fait homme et, en prenant un corps, il révèle la magnificence de notre humanité en relation avec Dieu.
« Grandeur inouïe de Dieu qui nous cherche, grandeur aussi de l’être humain cherché… » St. Bernard.
« Dans nos corps nous pouvons vivre la présence de Dieu : c’est la pointe de la conséquence du mystère de l’Incarnation, dont Marie est le modèle. C’est dans notre corps tout entier que la présence de Dieu se manifeste et habite. « Nous serons sauvés jusque dans notre corps, et nous ne le serons pas sans lui. Nous lui devons donc un grand respect, puisqu’il est la demeure de l’Esprit, un membre du Christ ressuscité et qu’il est voué à être glorifié en Dieu » Coune dans Assemblée du Sgr 33pe 52
Si le corps est Temple de Dieu, comment ne pas le considérer comme le lieu par excellence où je puis célébrer l’amour pour Dieu et pour l’autre. Et même si le Temple du corps perd de sa beauté et se lézarde, il demeure toujours le signe réel et privilégié de la présence de Dieu.

Mais ce qui pourrait faire problème et fait souvent problème, c’est la liberté revendiquée, la libération qui est loin d’être totalement acquise et vécue et qui nous empêche d’être assez libre que pour aimer comme le Christ selon son Evangile.

Un thème court tout au long de la Bible, celui de la libération. A partir du refus d’Adam et Eve, Dieu s’était promis de rester à leur côté et d’engager avec eux pour les libérer, la lutte contre le serpent et leur soumission à lui. Ce thème nous le retrouvons tout au long de l’histoire du peuple de Dieu, surtout au moment de libération de l’esclavage d’Egypte et jusqu’ici dans la communauté chrétienne de Corinthe.
C’est bien la libération des ténèbres, que nous avons fêtée à Noël et à l’Epiphanie. Le Christ vient illuminer nos ténèbres et nous faire passer de la servitude à la liberté c’est cela dont il s’agit. Paul lui même a été racheté et donc libéré par le Christ c’est pourquoi il ose dire : « vous ne vous appartenez plus … vous appartenez au Christ, nous sommes membres du Christ. » Le lien avec le Christ est si fort que toute notre vie se vit en lien avec lui et en fonction de lui, de son amour donné en totale liberté.
Mais, n’y a-t-il pas contradiction entre la liberté cherchée et celle que nous donne le Christ ?
Zundel répond : « qui peut calculer, qui peut mesurer la grandeur et la dignité de son corps ? Car c’est tout l’être en Jésus qui est glorifié, notre corps autant que notre esprit, notre chair autant que notre âme : c’est tout cela d’un seul mouvement qui doit aller à Dieu, qui doit exprimer Dieu, qui doit créer une vie digne de l’homme et digne de Dieu ».
Telle est la liberté que nous donne le Christ, « si nous ne nous appartenons plus » c’est en vue d’être aptes et disponibles pour aimer. C’est le mystère pascal de Jésus, « notre rachat », qui nous en rend aptes et capables.

Paul a le souci de l’unité de l’homme parce que Temple de Dieu.
Nous entrons dans la semaine de prière pour l’unité des croyants. L’unité c’est toujours tout un : s’il y a unité en nous-même, l’unité avec les autres sera plus facile, tant dans la communauté qu’avec les autres confessions croyantes.
Selon Olivier Clément, « l’homme est une unité disloquée ». Cette unité doit se restaurer dans le cœur, l’intériorité la plus intérieure de l’homme. Ce que Grégoire Palamas appelait « le corps le plus profond du corps », et le germe du corps de gloire.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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