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2e Dimanche Avent C Baruch 5,1-9

1ère lecture : Baruch 5/1-9

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1 Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère,
et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours,
2 enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu,
mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel.
3 Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel,
4 car Dieu, pour toujours, te donnera ces noms :
« Paix-de-la-justice »
et « Gloire-de-la-piété-envers-Dieu ».
5 Debout, Jérusalem ! tiens-toi sur la hauteur,
et regarde vers l’orient :
vois tes enfants rassemblés du couchant au levant
par la parole du Dieu Saint ;
ils se réjouissent parce que Dieu se souvient.
6 Tu les avais vus partir à pied,
emmenés par les ennemis,
et Dieu te les ramène, portés en triomphe,
comme sur un trône royal.
7 Car Dieu a décidé
que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées,
et que les vallées seraient comblées :
ainsi la terre sera aplanie,
afin qu’Israël chemine en sécurité
dans la gloire de Dieu.
8 Sur l’ordre de Dieu,
les forêts et les arbres odoriférants
donneront à Israël leur ombrage ;
9 car Dieu conduira Israël dans la joie,
à la lumière de sa gloire,
lui donnant comme escorte
sa miséricorde et sa justice.


A propos de cette lecture :

« Peu connu le livre de Baruch nous introduit dans les cercles juifs de la « dispersion ». Pour exemple on comptait 100.000 juifs sur un million d’habitants, à Alexandrie, en Egypte. Le Livre de Baruch est un témoin des problèmes que cette existence dispersée n’a cessé, jusqu’à nos jours, de poser aux Juifs ». cf. Aujourd’hui la Bible n°106 p.2
Le livre est daté du début du deuxième siècle avant Jésus-Christ. D’apparence composite, il comporte trois pièces : 1. Une prière des exilés : prière pénitentielle collective. 2. Une exhortation de sagesse : cette sagesse, mystérieuse inconnue de tous les peuples et révélée au seul Israël. 3. Un message d’encouragement : l’espérance du salut ne saurait tarder. Ces trois pièces se tiennent : « la consolation contenue dans la troisième pièce va exaucer la supplication exprimée dans la première, à condition que soit entendue la prédication énoncée dans la seconde. Pour que les fidèles dispersés puissent à nouveau être réunis à Dieu et entre eux, il faut qu’ils se montrent dociles à la volonté de Dieu gravée dans la Loi. » Bonnard.
Ces thèmes sont bien indiqués pour un temps liturgique comme l’Avent. Ce jour, la liturgie nous fait entendre une véritable poésie, un chant de joie et d’espérance.
Baruch est en réalité un disciple de Jérémie, il l’aurait aidé Jérémie aux heures sombres de Jérusalem et aurait été parmi les déportés à Babylone. Il serait ainsi un témoin de ce petit reste d’Israël resté attaché à la Loi. Son livre est, semble-t-il, « un recueil des intuitions de Jérémie, pénétré de son sens prophétique écrit longtemps après l’époque où vécut le scribe ». Il exprime donc « la spiritualité issue de Jérémie. C’est pourquoi, certains exégètes le nomment : « livre de Jérémie selon Baruch ».
L’intérêt de ce livre est de refléter l’esprit des rescapés de la Foi.
L’auteur voit que Jérusalem sera libérée. Dans un premier temps il appelle à la joie : « Jérusalem se voit invitée à quitter son accoutrement funèbre pour se vêtir d’allégresse ». Bonnard
Il encourage tous les paumés et les invite à l’espérance. Nous avons affaire ici à un écrit de consolation : en effet depuis la destruction de Jérusalem le peuple était dans le deuil. Si Jérusalem libérée est invitée à quitter son vêtement de deuil, c’est pour revêtir la majesté dont Dieu veut la parer et la faire resplendir. Initiative gratuite de Dieu envers son peuple dispersé et souffrant.

Jérémie ayant terminé son œuvre littéraire par des lamentations, son secrétaire, comme d’autres prophètes, ne veut pas laisser le lecteur sur une note défaitiste et va relancer l’espérance. L’auteur nous redit sa conviction inébranlable : l’Exil ne signifie pas la fin du peuple. Qui ose miser sur la promesse de Dieu ne se décourage jamais. La relance de l’espérance se fait de façon saisissante.
Baruch prêche à Jérusalem mais s’adresse à tout le peuple l’invitant à se revêtir du manteau de la justice. Qu’il se souvienne que le fondement de la vie du croyant repose sur la justice, sur une manière de vivre où l’on fait droit à autrui, où l’on lui donne un espace pour vivre !
_ Cette façon de vivre permet d’espérer un monde nouveau où les relations puisent une nouvelle jeunesse. L’image biblique des collines abaissées symbolisent des relations égales où les êtres humains peuvent se rencontrer sur un même niveau.
Dans la mesure où les humains respectent le droit de l’autre, la terre deviendra habitable, un lieu où la souffrance et le deuil feront place à la joie. Voilà à quoi Baruch invite Jérusalem et pas seulement Jérusalem et nous tous !
« Debout Jérusalem, car Dieu se souvient, il est fidèle ». Dieu, c’est « l’Eternel ». Personne ne pouvant prononcer le nom de YHWH, c’est la seule fois où nous rencontrons cette expression « l’Eternel ». Elle rejoint le Nom que Dieu lui-même se donne à Moïse au buisson ardent : « Je suis celui qui suis ». Dire « l’Eternel », c’est signifier que Dieu échappe à nos vues, à nos systèmes. Il est Mystère. Dieu est au-delà de toutes les idées et représentations que l’on peut se faire de lui en sculpture, en peinture, en théologie.
« La grande réalité, c’est Moi. Je vous échappe. Je suis le Dieu fidèle, le Dieu de l’espérance, l’Eternel. Mon nom est une confidence : c’est que vous pouvez vous fier à moi, vous pouvez me faire confiance ».
Nous touchons ici aux racines mêmes de la religion d’Israël, un peuple constamment en chemin, espérant contre toute espérance, avec la volonté de vivre malgré tous les obstacles et qui, ainsi, ne s’est jamais laissé abattre. C’est ce Dieu que Jésus vient nous révéler en prenant chair en notre chair. Jésus vient nous annoncer à quel point nous pouvons fonder nos vies sur l’espérance, combien nous pouvons être sûrs du cœur de Dieu. Sans jamais pour autant avoir barre sur lui, sans jamais pouvoir faire de lui notre obligé.
Un mot sur le « vêtement » : il est signe de la personne. Dans l’Ancien Testament le peuple de Dieu est vêtu ou dévêtu selon qu’il est fidèle ou pas, (cf Adam et Eve). Dans le Nouveau Testament lorsque l’enfant prodigue revient, le père dit : « apportez la plus belle robe et revêtez le » Luc 15,22. C’est le signe de sa réinsertion dans la famille, du pardon et du renouvellement de l’Alliance.
Paul parlera de dépouillement du vieil homme pour revêtir l’homme nouveau.
L’habit dépasse visiblement l’aspect matériel qu’il peut avoir, et Baruch donne de découvrir son sens plénier : « revêts la splendeur de la gloire de Dieu pour toujours »
Nous le comprenons, ce poème ne vise pas tant la restauration matérielle de la ville de Jérusalem qui a sans doute déjà eu lieu, que la Nouvelle Jérusalem, la Jérusalem sainte, revêtue de la gloire de Dieu : c’est l’œuvre que Dieu accomplit dans et à travers son peuple resté fidèle. A travers lui, c’est la gloire de Dieu qui est révélée, qui est manifestée au monde. La Jérusalem Nouvelle qui sera confirmée dans l’Apocalypse et qui évoquera désormais le Peuple de la Nouvelle Alliance, la cité des Saints « où il n’y aura ni deuil, ni cri, ni plainte » Ap. 21, 4
« Debout Jérusalem…Quitte ta robe de tristesse et de misère et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours. » Marie-Noëlle Thabut nous invite à nous émerveiller de ces phrases car, écrit-elle, « Il s’agit ni plus ni moins de devenir porteurs du rayonnement même de Dieu » qui habite tout croyant.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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