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29e Dimanche A - 16 Octobre 2011

29ème Dimanche du T.O. -A-

A partir du jour de la Pentecôte, la nouvelle de la Résurrection de Jésus s’est ré-pandue en Palestine. Des communautés chrétiennes se sont formées. Instinctive-ment, dans chacune d’elles, on s’est plu à évoquer ce qu’avait dit et fait Jésus. Autrement dit, au fil du temps, des récits ont circulé de bouche à oreille.
Cette Bonne Nouvelle de la Résurrection, partie de Jérusalem, déborda rapide-ment la Palestine. Paul fut un artisan efficace de cette diffusion. Il fonda des communautés dans le sud, le centre et la côte ouest de la Turquie actuelle.
Un jour, il débarque en Europe et, venant de la ville de Phillipes, il arrive à Thessalonique. C’était la capitale de la province romaine de Macédoine.

Thessalonique a une longue histoire. Quand Paul y arrive, elle est devenue une ville commerciale importante. On y rencontre de nombreux étrangers et parmi eux, une importante colonie juive.
Naturellement, c’est dans les synagogues que Paul prend la parole pour annon-cer la Résurrection. Certains Juifs accueillent son message, d’autres le refusent. Ils deviennent violents à ce point que la vie de Paul est menacée. Une nuit, il fallut organiser sa fuite.

Des païens s’étaient joints aux juifs convertis. C’est donc une communauté hété-roclite et à peine formée que Paul doit quitter. Il est inquiet jusqu’au jour où il reçoit des nouvelles par Timothée. Elles sont bonnes. Tout heureux, Paul envoie une lettre (quelques pages seulement) pour dire sa joie.
Rédigée sans doute au début de l’année 51, une vingtaine d’année après la Ré-surrection, cette lettre aux Thessaloniciens est le plus ancien des écrits du Nouveau Testament.

Je m’arrête sur l’accueil de la parole de Paul par les Juifs.
Il n’est pas venu à Thessalonique à la demande de la Synagogue. Il débarque sans avoir prévenu personne et il annonce quelque chose de stupéfiant : un char-pentier de Nazareth se disant Fils de Dieu a été condamné au supplice de la croix. Le troisième jour, il est ressuscité à Jérusalem !

Cette annonce bouscule la relation à Dieu et demande à chacun de se positionner d’une autre façon. Or les réactions ne sont pas unanimes. On peut s’en étonner.
Ceux qui acceptent le message et ceux qui le refusent lisaient la même Bible. Tous attendaient un Messie qui correspondrait à un portrait classique : Il serait ou prêtre, ou prophète, ou roi ! Pour tous les juifs, ce charpentier de Nazareth ne correspondait en rien au profil du poste.

Bien sûr les juifs dispersés à travers le monde ne voyaient pas les choses de la même façon que les juifs restés autour du Temple à Jérusalem. Les uns et les au-tres étaient cependant enracinés dans la même tradition. Mais chez les uns, l’enracinement était devenu un système verrouillé. Tout ce qui arrive doit s’ex-pliquer à partir de ce qu’on sait déjà. Dans un monde devenu clos, Dieu n’a plus la liberté d’intervenir comme il l’entend.
Chez les autres, le même enracinement était marqué par une ouverture, une possibilité de l’imprévisible. L’histoire leur avait appris que Dieu échappe à tous les contrôles. Qui pouvait imaginer qu’un jour Dieu allait choisir un roi païen, Cyrus, pour mettre fin à l’exil de son peuple et qu’il le ferait de sa propre initiative. Ce Cyrus, c’était vraiment comme un Pharaon à l’envers.
Dieu sauve son peuple comme il l’entend alors que nous souhaitons qu’il intervienne selon nos codes de compréhension.

Si nous avions été juifs à Thessalonique le jour où Paul a pris la parole comment aurions-nous réagi ? Nous serions-nous postés en sentinelles devant notre Bible verrouillée ? Aurions-nous osé nous laisser interpeller par un événement invrai-semblable, aux conséquences inimaginables ?
Chrétiens, nous lisons tous le même Evangile. Y cherchons-nous des arguments pour conforter nos opinions ? Sommes-nous interpellés par les appels à nous aventurer sur des routes inconnues ?

Nous essayons de mettre une cohérence entre notre foi et notre vie. Nous arri-vons parfois à un certain équilibre. Mais la société change et bouscule nos équi-libres. Dans ce remue-ménage, Dieu est toujours aussi imprévisible.
Il y a en nous une capacité d’ouverture et une capacité de fermeture à l’inconnu.

Jésus est mort et ressuscité une fois pour toutes. Le message ne change pas mais il est à vivre dans un monde qui change. Comment témoigner de la résurrection du Christ dans le monde d’aujourd’hui ? Madeleine Delbrel dit quelque part : L’Eglise est toujours orientée. Elle ne regarde que la mort et la résurrection de Jésus. C’est là sa source unique. Mais elle est toujours déroutée par les logiques humaines. Pour être fidèle, elle doit toujours prendre des chemins nouveaux. Jamais installée, elle puise, dans la résurrection, des lumières toujours nouvelles. Autrement dit notre foi est toujours neuve. Ou du moins elle doit l’être !

Quand ils reçoivent la lettre de Paul, la foi des Thessaloniciens est toute neuve. Paul la décrit ainsi : « Votre foi est active, votre charité se donne de la peine, votre espérance tient bon. »
La foi ne se replie pas sur un savoir, une habitude de pensée ; elle se laisse inter-roger par toute situation nouvelle. Il faut chercher en Eglise des chemins de réponse.
La charité rend les chrétiens attentifs et inventifs. Ils affrontent, les mains nues, les misères du monde sans savoir où cela va les conduire.
Devant la tâche à accomplir, ils se sentent démunis. Leur pauvreté nourrit leur espérance. Ils savent qu’ils ne sont pas grand’chose mais ils sont là où il faut.
Leur espérance tient bon.

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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