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28e Dimanche A - Philippiens 4, 12-20

2ième lecture : Philippiens 4/12-20

12 Je sais me priver comme je sais être à l’aise. En tout temps et de toutes manières, je me suis initié à la satiété comme à la faim, à l’abondance comme au dénuement.
13 Je puis tout en Celui qui me rend fort.
14 Cependant vous avez bien fait de prendre part à mon épreuve.
15 Vous le savez vous-mêmes, Philippiens : dans les débuts de l’Evangile, quand je quittai la Macédoine, aucune Eglise ne m’assista par mode de contributions pécuniaires ; vous fûtes les seuls,
16 vous qui, dès mon séjour à Thessalonique, m’avez envoyé, et par deux fois, ce dont j’avais besoin.
17 Ce n’est pas que je recherche les dons ; ce que je recherche, c’est le bénéfice qui s’augmente à votre actif.
18 Pour le moment j’ai tout ce qu’il faut, et même plus qu’il ne faut ; je suis comblé, depuis qu’Epaphrodite m’a remis votre offrande, parfum de bonne odeur, sacrifice que Dieu reçoit et trouve agréable.
19 En retour mon Dieu comblera tous vos besoins, selon sa richesse, avec magnificence, dans le Christ Jésus.
20 Gloire à ce Dieu, notre Père, dans les siècles des siècles ! Amen.

A propos de cette lecture :

Sur quelle « longueur d’onde » nous faut-il entendre cette lecture ?

Comment Paul conçoit-il sa vie ?
Paul a toujours prétendu se suffire à lui-même mais, dans des moments difficiles, il a dû faire appel à une aide financière à la communauté de Philippes. Plusieurs fois de l’argent il reçut d’elle. Il lui écrit comme à son enfant chéri : « je vous porte dans mon cœur, vous qui dans mes chaînes comme dans la défense de l’Evangile et son affermissement avez part à ma grâce » 1, 7

Dans ce passage, en exprimant sa reconnaissance, il clame son indépendance. Il a toujours exprimé son désir de ne dépendre de personne pour ce qui relève de sa subsistance personnelle et il s’est toujours fait un point d’honneur de gagner sa vie par le fruit de son travail. En conséquence, il a été amené à devoir se contenter de peu et à supporter beaucoup de privations ; entre autre le « manque » fréquent et inhérent à son ministère d’apôtre. On devine entre les lignes les conditions d’extrême dénuement dans lequel se trouvait l’Apôtre.
Cela ne l’empêche pas cependant de dire merci à ceux qui ont organisé une collecte en vue de l’aider ; le produit lui étant parvenu par l’intermédiaire d’Epaphrodite.
Par ailleurs, il avait droit à être entretenu par la communauté, mais il le refuse catégoriquement, alors que selon « la mentalité grecque de l’époque, il devrait même exiger une rétribution comme les autres pour attester la valeur de la doctrine qu’il annonce. Les sophistes grecs disaient : « ce qu’on donne gratis, c’est qu’on sait bien qu’il ne vaut pas cher » Ass. du Sgr. 59 p. 10
Même si Paul se veut fort, ne veut dépendre de personne et montre son désintéressement, critère du véritable apôtre, il reconnaît cependant Celui qui lui donne la force, le nommant : « Celui qui me rend fort »
Paul « sait vivre dans le dénuement et dans l’abondance », c’est ce qui lui permet d’apprécier celle-ci lorsqu’elle se présente ; cependant le dénuement le rend solidaire de ceux qui connaissent de telles situations, il lui permet de les comprendre en s’en remettant au Seigneur en toute confiance.
v. 12 : La liberté vis-à-vis des biens est totale chez Paul : le bien être, le nécessaire vital il s’en accommode selon les circonstances ; elles ne sont pas déterminantes pour sa joie et son bonheur : « je sais vivre dans le dénuement, je sais vivre dans l’abondance ».
Le secret de son bonheur il le dit : « je peux tout en celui qui me fortifie ». Ce n’est pas sa force qui est à l’œuvre mais celle de celui qui le rend fort. C’est bien là une des conséquences de la conversion opérée en lui lorsqu’il est passé d’une certitude absolue -voire même orgueilleuse- dans la Loi, à celle qu’il mit tout entière en Christ se recevant tout entier de son Père et s’en remettant à Lui.

_Si Paul insiste sur le « merci » c’est aussi pour que vous sachiez que j’aurais pu m’en passer. « Ce ne sont pas les besoins qui sont prioritaires chez lui, mais la puissance du Seigneur sur le cœur des Philippiens pour les pousser à la reconnaissance. Chez lui la reconnaissance a le pas sur les besoins, la grâce a le pas sur la loi, les dons ont le pas sur les dépenses » A. MAILLOT, Aux Philippiens d’aujourd’hui, p.133.
Plus qu’un sincère remerciement et qu’une invitation à rendre grâce avec lui à celui qui nous comble de ses largesses, Paul atteste ici la valeur de la pauvreté évangélique dont il fait l’expérience.
On pourrait comprendre l’attitude de Paul comme une suffisance orgueilleuse, (même si elle comporte une sérieuse ascèse), or elle n’est que confiance totale en Dieu. En tout, c’est Christ qui est sa force. C’est de lui seul qu’il accepte l’aide, la seule valable et cela semble lui suffire.

Comment Paul voit-il le service d’entraide ?
v. 17 « Ce n’est pas que je recherche le don, ce que je recherche c’est le fruit qui abonde pour votre compte ».
Paul nous donne une bonne leçon de conduite face à l’argent : non seulement il manifeste son détachement mais il exprime l’utilisation qui doit en être faite dans la communauté de Jésus-Christ. La collecte peut être féconde mais elle porte un fruit abondant, fécond pour les généreux donateurs : elle est moins une aide pour lui-même que pour ceux qui donnent ; leur geste les fait grandir, les met en communion avec les destinataires dans le besoin. Tout le profit est pour celui qui donne et que Dieu comble : « c’est le bénéfice qui s’augmente à votre actif. ». Tout don tourne à l’accroissement spirituel des donateurs, « car Dieu est à l’œuvre dans ces échanges » (note TOB). Ce qui réjouit le plus Paul, c’est la bénédiction spirituelle que les Philippiens reçoivent en faisant ces dons. S’il est lui-même comblé c’est plus encore par l’esprit dans lequel le geste d’aide fut réalisé. Il signifie pour lui que leur don était comme un comme un sacrifice à Dieu, comme un véritable acte de culte, un « sacrifice de bonne odeur ».
Donner, dans un tel esprit, c’est entrer dans l’esprit des béatitudes. En exprimant leur amour ils ne seront jamais appauvris : le don devient face à Dieu un « crédit ». Dieu pourvoira, comblera tous vos besoins « selon sa richesse, avec magnificence, dans le Christ Jésus ».
On comprend que Paul sur ce ton particulièrement chaleureux remercie ses correspondants en les invitant à rendre grâce avec joie à celui qui est l’inspirateur de leur générosité.
Son message s’achève par une acclamation liturgique à la louange de la gloire du Père.
« Paul ne dit pas : ‘je me réjouis de ce que j’ai reçu’ mais : ‘je me réjouis que vous ayez donné !’ ‘Ma joie n’est pas tant de recevoir que de vous voir donner.’ » A. MAILLOT, p.133.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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