27e Dimanche C

Habacuc

1
1 La proclamation de ce que le prophète Habacuc a vu.
2 Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler,
sans que tu entendes ?
crier vers toi : « Violence ! »,
sans que tu sauves ?
3 Pourquoi me fais-tu voir le mal
et regarder la misère ?
Devant moi, pillage et violence ;
dispute et discorde se déchaînent.
4 C’est pourquoi la loi est sans force
et le droit n’apparaît plus jamais !
Quand le méchant cerne le juste,
alors le droit apparaît faussé.
5 Voyez chez les nations, et regardez !
Soyez dans la stupeur et la stupéfaction !
Car je ferai en votre temps une œuvre
2
1 Je vais me tenir à mon poste de garde,
rester debout sur mon rempart,
guetter ce que Dieu me dira,
et comment il répliquera à mes plaintes.
2 Alors le Seigneur me répondit :
Tu vas mettre par écrit la vision,
clairement, sur des tablettes,
pour qu’on puisse la lire couramment.
3 Car il y aura encore une vision au temps fixé ;
elle tendra vers son accomplissement, et ne décevra pas.
Si elle paraît tarder, attends-la :
elle viendra certainement, sans retard.
4 Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite,
mais le juste vivra par sa fidélité.

A propos de cette lecture :

On est étonné de constater que les découpages du lectionnaire ne permettent pas de comprendre parfaitement le sens de ce passage.
On ne sait pas grand chose d’ Habacuc en dehors de ses écrits. On ne sait pas exactement la période de sa prédication, sans doute vers 600.
Qui est Habacuc ? Son nom, apparenté à un nom assyrien, désigne une plante potagère. St Jérôme fait dériver ce nom d‘un nom hébreu, « étreindre ». Il est appelé « l’embrassé », « pressé sur le cœur » soit à cause de son amour pour l’Eternel, soit parce qu’il lutte avec Dieu. Dans sa prophétie, Habacuc presse le peuple sur son cœur et le tient dans ses bras. Il le console et le soutient comme on le ferait avec un pauvre gosse qui pleure et que l’on engagerait à reprendre courage. Si Dieu le veut, tout s’arrangera.

Le livre d’Habacuc se présente comme une liturgie sous forme d’un dialogue entre le prophète et Dieu. Habacuc est le premier qui pose le problème de la justice de Dieu et va jusqu’à mettre Dieu en accusation : « jusqu’à quand Yahvé t’appellerai-je sans que tu écoutes ? »
Amos, vers 720, voyait la punition de Dieu dans les armées syriennes lancées contre les Royaumes du Nord et écraser la Samarie. Pour lui, c’est Dieu qui châtie son peuple à cause de ses égarements, son manque de fidélité totale à l’Alliance, à l’oubli total du frère.
Lorsque vers 600, Jérusalem est à son tour assaillie par Babylone. Habacuc ne comprend pas.

Il va plus loin qu’Amos qui faisant un constat, il demande pourquoi à Dieu ? Pourquoi se sert-il de l’injustice, de la violence de Babylone pour punir. Il questionne Dieu : il cherche à savoir. Une démarche de foi intéressante et qui nous interpelle nous aussi.

Les deux parties de notre lecture donnent l’impression que Dieu répond immédiatement à la plainte du prophète. Ainsi la façon dont Dieu vit sa relation avec son peuple est un peu faussée. Or la réponse fait écho à une deuxième question du prophète où nous n’entendons pas ce que répond Dieu. Ce qui pèse sur le prophète, c’est précisément la charge qui lui incombe de devoir agir et parler en prophète. Il n’exerçait pas sa vocation par plaisir ! C’est contre son gré qu’il doit voir ce qu’il voit : violence et iniquité. Contraint de réagir, il devient du coup insupportable aux oreilles de ceux qui l’écoutent.

1, 2-3 : Jusqu’à quand ? Une question qui peut être prise comme un reproche, il appelle au secours et pas de réponse.
C’est au verset 6 qu’on trouve le motif de l’interpellation : « je suscite les Chaldéens » c.a.d. les Babyloniens, comme instrument de punition.

Pourquoi ? C’est la seconde question. Habacuc vit sous l’occupation des Chaldéens et il est conscient que, tant la destruction du temple que leurs souffrances, sont les conséquences de leurs péchés.
Mais reste la question de l’orgueil, de l’insolence, la violation de la justice de ceux qui maintenant les oppriment. Et pour eux alors Seigneur, que fais-tu ? Pourquoi les laisser faire ? Pourquoi la loi est-elle inerte ? v.4. Il proteste contre le silence de Dieu dans une interrogation angoissée : pourquoi ? Jusqu’à quand ?
Habacuc a interrogé le Seigneur, il va lui répondre, aussi veut-il que sa réponse soit consignée par écrit « comme un contrat pour qu’on puisse y revenir et vérifier son application ».

2. 2 : « Ecris la vision. » Dieu lui enjoint d’écrire sa vision afin qu’on puisse « la lire couramment ».Y –t-il contradiction entre la vision et l’écriture ? Les prophètes ont des visions non pour eux-même mais pour le peuple. Ce qui confirme qu’une vision n’est jamais à usage personnel mais pour la communauté, c’est un message, une invitation à la conversion.
Dieu invite à la patience. Les Chaldéens qui sont l’instrument de punition d’Israël n’échapperont pas à la justice de Dieu.
L’insistance à mettre par écrit est bien claire : il doit écrire sur des tablettes pour qu’on puisse bien lire pour qu’au moment de la réalisation, au temps fixé on témoigne que le salut qui arrive est bien celui que le Seigneur avait annoncé par le prophète.
Le salut peut tarder mais il viendra assurément car c’est le Seigneur qui conduit l’histoire et fait déjà entrevoir la fin.

« A cette question exprimée de deux manières, Dieu répond à deux reprises. Une première fois pour affirmer qu’il demeure présent au sein de l’histoire, même quand elle semble anarchique. Une seconde fois pour signifier au prophète que face à l’écœurement que fait naître le désordre du monde face au doute même que suscite le mal, il n’est qu’une attitude possible : non pas la recherche d’une explication mais la confiance obstinée. C’est cet abandon, en fin de compte plus intelligent, qui donne au croyant, au juste d’échapper aux ultimes conséquences du drame et de « vivre ». Car dit le texte, le « juste » vit, échappe au mal qui tente de le submerger, par sa fidélité, sa confiance obstiné. » Monloubou dans Evangile selon St Luc p. 239

Les versets que nous ne lisons pas annoncent une attaque violente contre Israël de la part d’une nation étrangère. Mais, affirme Dieu, Israël restera debout grâce à sa justice. Ce qui ne signifie pas que l’ennemi sera vaincu, mais bien qu’Israël restera debout grâce à sa justice.
Par la voix du prophète, l’homme de tous les temps lance vers le ciel la question lancinante ; pourquoi le mal, la violence, la misère ? Pourquoi Dieu se tait-il ? Pourquoi permet-il la souffrance ? Le croyant ressent désespérément l’absence de Dieu. Alors à quoi bon avoir la foi ? Le Seigneur répond : « le juste vivra par sa fidélité ». Dieu semble répondre à nos questions en disant que seul, un peuple en marche, seule une théologie de l’espérance, apporte une lumière au plus noir de nos questions. Contre tout désespoir, Habacuc témoigne que celles et ceux qui se battent pour plus de justice, qui partagent la passion de Dieu pour son peuple, ne seront jamais vaincus.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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