27e Dimanche B

2ième lecture : Hébreux 2, 9-11

1 « Il nous faut donc d’autant plus prêter attention à ce que nous avons entendu, afin de ne pas nous fourvoyer.
5 Car ce n’est pas à des anges que Dieu a soumis le monde à venir, dont nous parlons.
6 6 Un psaume l’atteste en disant :
Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui,
le fils d’un homme, que tu en prennes souci ?
7 Tu l’as abaissé un peu au-dessous des anges,
tu l’as couronné de gloire et d’honneur ;
8 tu as mis sous ses pieds toutes choses.
Quand Dieu lui a tout soumis, il n’a rien exclu de cette soumission. Maintenant, nous ne voyons pas encore que tout lui soit soumis ; 9 mais Jésus, qui a été abaissé un peu au-dessous des anges, nous le voyons couronné de gloire et d’honneur à cause de sa Passion et de sa mort. Si donc il a fait l’expérience de la mort c’est, par grâce de Dieu, au profit de tous.
10 Celui pour qui et par qui tout existe voulait conduire une multitude de fils jusqu’à la gloire ; c’est pourquoi il convenait qu’il mène à sa perfection, par des souffrances, celui qui est à l’origine de leur salut. 11 Car toujours, celui qui sanctifie, et ceux qui sont sanctifiés, doivent avoir même origine ; pour cette raison, Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères. »

A propos de la lecture :

Durant sept dimanches, (ainsi nous terminerons pratiquement l’année liturgique), l’Eglise nous propose la lecture d’extraits de la Lettre dite aux Hébreux. D’un auteur inconnu Elle fut écrite avant l’an 95, (le pape Clément de Rome, mort en 95, y fait allusion), et est adressée aux chrétiens de Palestine, d’où son nom « Lettre aux Hébreux ». Elle est une parole d’encouragement à des communautés qui ont perdu leur dynamisme, leur ferveur, dont leur conviction de foi même semble en danger.
Les allusions aux persécutions soulignent, en cette période de stagnation qui suivit la ruine de Jérusalem, la tiédeur des destinataires et leur découragement. Face aux splendeurs du passé et face à l’épreuve du présent, des chrétiens se demandent s’ils n’ont pas fait fausse route. Leur avenir nécessite un chemin de foi, et n’en voyant pas le sens, certains diront pour fuir : « mangeons et festoyons car demain nous mourrons » 1Cor 15,32, alors que d’autres, voudront revenir à la religion des pères.
Face à l’épreuve, pour nous aussi, le danger est toujours actuel et la tentation la même : revenir au passé, pensant qu’il était meilleur, s’égarer dans les événements qui passent et imaginer un avenir qui n’existe pas.
La lettre, écrit Et.Charpentier, est un rappel vigoureux et sans concession aux chrétiens de tous les temps : « si nous voulons tenir dans la foi en des temps difficiles, il faut approfondir notre intelligence de cette foi et aller à l’essentiel. Le faste des cérémonies d’antan, les sacrifices ou le latin, cela est secondaire ou périmé : l’essentiel c’est le Christ » Cah Evangile 19 p.4.

v. 9 L’auteur constate tout d’abord que Jésus a bien accompli sa vocation d’homme, telle que le psalmiste l’a définie dans le psaume 8 v. 6-8. (Le croyant qui a composé ce psaume ne pensait pas encore à Jésus : il relisait le livre de la Genèse et s’émerveillait de la vocation de l’homme, appelé par Dieu à régner sur l’ensemble de la création.)
Cependant, une question est posée : quel avenir pour l’homme face à la souffrance et au mal bien présents ; qu’est ce que l’homme ?
L’auteur de la lettre aux Hébreux répond en éclairant la vocation de l’homme par l’approfondissement du mystère du Christ et sa résurrection. C’est la première fois qu’il utilise le nom de Jésus. « Il s’est abstenu de le prononcer jusqu’ici afin de pouvoir l’associer étroitement au chemin d’humilité et de souffrance qui l’a conduit au triomphe » Charpentier. Jésus, dans l’abaissement de sa condition humaine et sa mort, est assimilé à notre nature mortelle, à chacun de nous. C’est grâce à cela que les hommes participent à leur tour à la gloire de Jésus auprès de Dieu. Comme dit très bien le psaume : « abaissé un peu au dessous des anges il est couronné de gloire et d’honneur ».

Relisant ce psaume après la résurrection, l’auteur s’émerveille de voir Jésus, cet homme parfait, abaissé par rapport aux êtres célestes qu’il situe dans son rapport avec Dieu, et dans sa relation de salut avec les hommes.
Mais, il traite d’une difficulté que ses lecteurs semblent avoir au sujet de Jésus. Est-il supérieur aux anges. ? Il faut savoir que pour les juifs le rôle des anges n’est pas de moindre importance. Pour eux il est clair que les anges sont au dessus des hommes, ils sont entre Dieu et les hommes.
Puisque Jésus était homme, a souffert, est mort, comment peut-on encore dire qu’il est supérieur aux anges en qualité de médiateur ? Ces versets précisent la réalité tant concernant l’homme que le Christ.

Vocation étonnante de l’homme. « Qu’est-ce que l’homme que tu penses à lui ? Tu l’as abaissé pour peu au dessous des anges, de gloire et d’honneur tu l’as couronné Tu as tout soumis à ses pieds ».
Pour nous faire comprendre, l’auteur reprend l’itinéraire, l’exemple du Christ. Il faut voir dans Jésus une réalisation de la destinée de l’homme : lui qui s’est fait inférieur aux anges est maintenant couronné de gloire. Le but de l’homme est atteint à travers Jésus-Christ. Le Fils de l’homme venant dans le monde, nouvel Adam, ne fait que confirmer l’homme dans sa vocation, avec toutefois ce doute c’est que de fait l’homme n’a pas la pleine puissance et est affronté à la question de la mort. Alors à quoi bon Par sa vie, sa passion et sa mort Jésus s’est fait pionnier, il n’a pas fait semblant, il a ouvert une voie à notre libération : ainsi il est le Prêtre par excellence de l’Alliance Nouvelle.

A noter que la question posée au sujet de la personne de Jésus reste posée pour nous : « pour vous qui suis-je ? »
A cette lumière notre péricope éclaire notre vie, la problématique de beaucoup d’hommes aujourd’hui : quel sens donner à la vie ? Jésus en accomplissant pleinement la vocation humaine telle qu’elle était définie par psalmiste montre comment son mystère pascal s’épanouit et atteint tous les hommes en particulier les croyants.
« En se faisant homme, en éprouvant notre condition humaine, en vivant dans sa chair nos épreuves, nos combats il nous introduit déjà avec lui dans sa gloire.
« Entre l’abaissement du Christ et son couronnement, l’esprit humain saisit d’abord une opposition. Les ennemis de Jésus l’ont humilié mais Dieu l’a glorifié. Cependant le regard de la foi n’a pas tardé à aller profond et à percevoir le rapport interne qui relie les deux phases du mystère. Rapport paradoxal : l’humiliation produit la glorification, la mort produit la vie, la croix est exaltation.
« En exprimant ce rapport interne, notre auteur veut montrer que le mystère du Christ constitue bien l’accomplissement de la vocation de l’homme » Vanhoye dans Ass du Sgr n°58
Faisant ainsi par sa passion et sa mort, Jésus se rend solidaire de l’humanité et nous ouvre l’accès vers le Père. La mission du Christ ne consiste pas à emmener Israël dans d’autres frontières mais de le conduire au terme de sa vocation et de son idéal, à être pleinement ce qu’il est dans sa stature de peuple-fils de Dieu.
Pour lui ouvrir cette voie de gloire, il a fallu « que Dieu mène le Christ à sa perfection » cad que dans son humanité il devait aller jusqu’au bout, soumettre la nature humaine à une transformation radicale (mort-résurrection) pour la rendre parfaite et la conduire à Dieu.
Cette transformation il va la vivre dans la souffrance, la mort, la résurrection. Lui seul pouvait ouvrir pareil chemin à l’humanité pour la conduire à Dieu et à la gloire.
« Seul le Fils de Dieu fait homme était capable d’une pareille docilité filiale. Lui seul pouvait frayer le chemin du salut. », « car le sanctificateur et les sanctifiés ont tous même origine » v11 : telle est la solidarité qui unit le Christ aux hommes et la fraternité qu’il a voulu vivre : Jésus et les siens sont UN.
Le Christ en saisissant la condition humaine la rétablit dans sa splendeur première et la conduit au Père. Pour remplir cette mission il lui fallait prendre un chemin de souffrance et de mort et le faire déboucher sur une perfection qui vaudrait en même temps pour tous les hommes.
Puisque Christ est Fils, il est miséricordieux comme le Père. Solidaire de ses frères il est grand-prêtre. Il a la fonction de nous ouvrir l’accès au Père.
A l’exemple de Jésus, nous pouvons réellement devenir proches des autres jusqu’à accepter de souffrir avec et pour eux, et peut-être même par eux !
Émerveillés d’être enfants de Dieu, puissions devenir toujours plus humains à l’image du Christ, et fils à l’image du Fils de Dieu, du Fils de l’homme.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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