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26e Dimanche C -Amos 6,1a. 4-7

Amos 6, 1a. 4-7

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18 Malheur à ceux qui aspirent au jour du Seigneur !
Que sera-t-il pour vous, le jour du Seigneur ?
Jour de ténèbre et non de lumière ! 21 Je déteste, je méprise vos fêtes,
je n’ai aucun goût pour vos assemblées.
22 Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes,
je ne les accueille pas ;
vos sacrifices de bêtes grasses,
je ne les regarde même pas.
23 Éloignez de moi le tapage de vos cantiques ;
que je n’entende pas la musique de vos harpes.
24 Mais que le droit jaillisse comme une source ;
la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais !
6
1 Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion,
et à ceux qui se croient en sécurité
sur la montagne de Samarie,
ces notables de la première des nations,
vers qui se rend la maison d’Israël !
2 Passez par Kalné, et voyez ;
de là, partez pour Hamath, la grande,
puis descendez à Gath des Philistins.
Ces villes sont-elles les meilleures des royaumes ?
Leur territoire, plus grand que votre territoire ?
3 En croyant repousser le jour du malheur,
vous rapprochez le règne de la violence !
4 Couchés sur des lits d’ivoire,
vautrés sur leurs divans,
ils mangent les agneaux du troupeau,
les veaux les plus tendres de l’étable ;
5 ils improvisent au son de la harpe,
ils inventent, comme David, des instruments de musique ;
6 ils boivent le vin à même les amphores,
ils se frottent avec des parfums de luxe,
mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël !
7 C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés,
ils seront les premiers des déportés ;
et la bande des vautrés n’existera plus.

A propos de cette lecture :

Dimanche dernier l’intendant avisé s’est vu contraint de se faire des amis avec l’argent qui ne lui appartenait pas, « l’argent malhonnête » comme disait Jésus ; en conséquence ses amis l’accueilleront dans les demeures éternelles. Le riche de l’évangile de ce dimanche n’a pas su partager ni se faire des amis avec les pauvres à sa porte. On trouve un rapport assez direct avec cet évangile : « il y avait un homme riche qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins » et le v. 4 d’Amos « couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans ils mangent.. ». Chez Amos les conséquences d’un tel comportement sont la déportation alors que dans l’évangile de Luc, c’est la torture au séjour des morts et la totale séparation d’avec Lazare.
« Chez Amos le châtiment est d’ordre historique, l’exil ; chez Luc, le châtiment est trans-historique, eschatologique, le séjour éternel des morts ».
Amos ne fait pas mention du sort des pauvres qui, en fait, seront déportés eux aussi ; chez Luc Lazare obtient la vie éternelle bienheureuse.

Les oracles d’Amos s’adressent au royaume d’Israël qui représente les quatre cinquième du peuple de l’Alliance. Etonnamment le peuple n’a aucunement conscience de son péché et on peut comprendre que « la sentence ne pourra plus être une punition immédiate. Elle suppose la mise en branle de tout un processus historique qui laisse théoriquement au peuple le temps de se repentir pour faire annuler le châtiment prévu » Buis dans Ass du Sgr 57
Comment en est-on arrivé à ce point d’inconscience ?
Les victoires de Jéroboam II ont libéré une nouvelle fois le peuple de toute oppression extérieure, alors que cinquante ans plus tôt, Joas payait encore le tribut au roi de Ninive.
Israël profitant sans doute de la faiblesse de ses anciens oppresseurs ayant pu se dégager de leur oppression, peut s’en glorifier.
« Mais derrière cette façade brillante qu’y avait-il ? Amos nous révèle une société en pleine décomposition » Buis. Cette situation pourrait et devrait même nous faire réfléchir !!!
Lorsqu’une classe de riches s’émancipe, c’est souvent au détriment d’une classe de pauvres exploités par les premiers.
Si Amos a pu percevoir cette fracture riches-pauvres, c’est de par sa situation de secrétaire royal et aussi de bouvier gardant les troupeaux du roi. Proche de la cour royale et vivant parmi les bergers-paysans, il pouvait entendre et se rendre compte de cette situation criante et on comprend qu’il ne pouvait pas ne pas parler.

Après avoir jugé les six nations voisines d’Israël : Damas-Gaza et la Philistie, Tyr et la Phénicie, Edom , Amman, Moab, Juda et Israël , c’est aux fils d’Israël qu’il adresse la menace, passant tous les groupes et mouvements en revue.

Le texte d’Amos n’est pas du tout parabolique : la parabole laisse toujours une place pour l’accueil ou le refus par ceux qui pourraient se sentir concernés par celle-ci.
Au chapitre 6, les premiers reproches sont adressés aux « notables de la première des nations », c’est dire l’orgueil qui les habite et la fausse sécurité dans laquelle ils se réfugient. Il les compare aux cités jadis prospères et actuellement ruinées : « leur exemple devrait faire réfléchir ces têtes légères » Osty

Les versets précédents (5,18) sont forts « malheur à ceux qui … ». Ici apparaît pour la première fois l’expression le « jour de Yhavé ». « Elle désigne une manifestation particulière, éclatante et peut-être décisive, de la puissance de Yahvé. Israël confiant en sa prérogative estime que cette intervention qu’il appelle de ses vœux, ne peut que lui être favorable. A cette conception optimiste le prophète oppose une conception toute différente : le jour de Yahvé est un jour de châtiment, de colère, de catastrophe cosmiques » Osty.

On peut se demander si Amos n’est pas réactionnaire face au progrès, à la modernité de la civilisation qui éclot de son temps. Il constate que le développement de la civilisation a pris une telle tournure qu’elle entraîne une décomposition de la société, des relations humaines, et qu’elle engendre l’injustice au profit des nouveaux grands propriétaires.
Décomposition de la société qui va de pair avec l’incohérence religieuse : 5,18 : « à quoi bon pour vous le jour de Yahvé ? ». Alors qu’il doit être jour de joie, de fête, d’action de grâce, il est devenu gênant pour vos affaires.
Amos accuse ceux qui se réfugient dans leurs succès militaires (v.1), « ceux qui sont en sécurité sur la montagne de Samarie ». Il leur reproche leur suffisance, leur sentiment de supériorité et de sécurité derrière lesquels ils se réfugient et leur font oublier qu’ils sont le peuple de Dieu.

Evode BEAUCHAMP intitule le premier chapitre de son commentaire sur Amos : « Coup de tonnerre dans un ciel d’été ». Comme dans le texte de dimanche dernier, Amos s’attaque à toute cette civilisation que les Juifs établis en Samarie ont prise à leur compte. « Les palais royaux d’été ou d’hiver étaient lambrissés d’ivoire et d’ébène, tandis que l’argent rehaussait dans les temples l’éclat des pèlerinages et la splendeur de la liturgie. Sans doute, jusqu’à l’Exil, la liesse populaire fut-elle de règle dans le culte d’Israël ; seulement le vin qui coulait alors dans les coupes et l’huile dont on parfumait les têtes provenaient des amendes extorquées aux pauvres par des juges sans scrupules. (…) Mais la profusion du luxe où s’étourdissaient les nouveaux riches n’en cachait pas moins un mal profond (…) car illusoire est l’euphorie où s’endort le peuple de Dieu : il ne sent plus la main de YHWH posée sur lui. Dans sa fièvre de richesse, il n’est plus sensible à l’aiguillon. Le réveil qui l’attend n’en est que plus rude »
« Dans la mesure où le prophète rejette en bloc le progrès d’une civilisation et où donc il va à contre-courant de l’histoire, il fait figure d’affreux réactionnaire.
Ce texte n’invite-t-il est-il pas à ce regard en profondeur bien différent de celui qui s’arrête aux apparences ? Amos considère comme malheureux celles et ceux qui se complaisent dans leur bien-être, dans leur soi-disant sécurité au point de ne plus devenir capables de voir le pauvre à leur porte. Malheureux sont ceux dont l’insécurité fait peur. Il perçoit derrière la façade brillante des gens bien de l’époque, une société en pleine décomposition. Il lui suffit de comparer ce qu’il voit chez les notables riches avec les exigences de l’Alliance, telle que la tradition qui leur avait transmise, pour constater qu’Israël a complètement rompu ses engagements. Le bien-être, si artificiel soit-il, entraîne l’acceptation des inégalités, l’exploitation de la misère et la démission insouciante devant les véritables responsabilités.
Interpellation pour nous aujourd’hui ! Oser dire et chanter qu’il est grand le mystère de notre foi et être installé dans son bien-être spirituel est une contradiction. Le sacrement de l’Alliance est la nourriture du pauvre, non de celui qui se croit riche de vertus, de vie spirituelle et d’éducation chrétienne. Le geste de la main tendue lors de la communion, reflète l’attitude du mendiant d’amour qui a besoin de cette nourriture pour continuer à lutter avec un cœur pacifié. » M.Debrock

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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