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26e Dimanche C 1Timothée 6,11-16

2ième lecture : I Timothée 6/11-16

Suggestion : dans le contexte de la liturgie de ce dimanche prolonger la lecture jusqu’au verset 19

11 Pour toi, homme de Dieu, fuis ces choses. Recherche la justice, la piété, la foi, l’amour, la persévérance, la douceur.
12 Combats le beau combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé, comme tu l’as reconnu dans une belle profession de foi en présence de nombreux témoins.
13 Je t’ordonne en présence de Dieu qui donne vie à toutes choses, et en présence du Christ Jésus qui a rendu témoignage devant Ponce Pilate dans une belle profession de foi
14 garde le commandement en demeurant sans tache et sans reproche, jusqu’à la manifestation de notre Seigneur Jésus Christ,
15 que fera paraître aux temps fixés le bienheureux et unique Souverain, le Roi des rois et Seigneur des seigneurs,
16 le seul qui possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu ni ne peut voir. A lui gloire et puissance éternelle. Amen.
[17 Aux riches de ce monde-ci, ordonne de ne pas s’enorgueillir et de ne pas mettre leur espoir dans une richesse incertaine, mais en Dieu, lui qui nous dispense tous les biens en abondance, pour que nous en jouissions. 18 Qu’ils fassent le bien, s’enrichissent de belles œuvres, donnent avec largesse, partagent avec les autres. 19 Ainsi amasseront-ils pour eux-mêmes un bel et solide trésor pour l’avenir, afin d’obtenir la vie véritable.]

A propos de cette lecture :

Pour Timothée, Paul trace le profil de l’ « homme de Dieu », un être à son image, qui lui a donné sa vie, et l’a appelé à une tâche particulière. D’après l’expérience concrète qu’il a faite lui-même et qu’il évoque dans les versets précédents, Paul invite à fuir « ces choses » (mot qui n’est pas repris dans la lectionnaire) cad la manière qu’ont les hommes d’interpréter à leur manière, à leur convenance, la Parole et ainsi de s’écarter de la foi, tout simplement parce qu’ils sont remplis d’orgueil et ignorants.
« Ces choses » concernent aussi ce qui est la racine de tous les maux : l’amour de l’argent : « 10 La racine de tous les maux, en effet, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercé l’âme de tourments multiples. »
L’homme de Dieu est à l’opposé, il se démarque radicalement de tels comportements (v 5.10), il recherche la justice, la piété….
Il recherche cad que ce n’est jamais acquis et qu’il s’agit d’un combat, le beau combat de la foi dont il va s’expliquer.

Habituellement la fin des épîtres est une suite de salutations, de recommandations qui semblent peu intéressantes à nos lecteurs d’aujourd’hui.
Ici nous avons au contraire un beau résumé de l’agir chrétien autour des trois vertus cardinales : foi, charité, espérance que Paul nomme : justice, piété, foi, amour, patience, douceur. C’est le cœur de l’être et de l’agir chrétien.
L’homme de Dieu est celui qui cherche non seulement à être religieux, précise St Paul, mais aussi et surtout à être juste cad à la fois ajusté à Dieu et « justifié » par la foi et l’amour, la persévérance et la douceur.

Cette fois le mot « justice » est pris au sens des justes relations des hommes entre eux, en particulier au sein de la communauté chrétienne ; elle doit être pratiquée en conformité avec la volonté de Dieu

Le mot piété n’est pas ici simple fidélité à remplir ses devoirs religieux mais comme déjà pour les Anciens du monde grec, ouverture et disponibilité de soi aux autres comme aux dieux : « se contenter de ce qu’on a » n’est pas un conseil spécifiquement chrétien. Ne pas vivre au-dessus de ses moyens est un principe de bonne morale, toujours actuel et universel.
Il conclut par la « douceur » ; « l’originalité de notre passage est d’évoquer le témoignage que Jésus lui-même a rendu devant le gouverneur romain. La formule ‘sous Ponce Pilate’ passera dans le Symbole des Apôtres, dénotant le souci d’insérer dans l’histoire concrète des hommes le drame du salut ; nous sommes aux antipodes de l’univers mythique des faux docteurs.
Le verbe témoigner évoque tout spécialement la réponse de Jésus à Pilate dans le 4ième évangile : ‘Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité’ (Jean 18/37) ».

C’est sans doute face à l’impétuosité du jeune Timothée qu’il conclut par la douceur, qui fut la vertu propre du Christ, qui doit être celle des responsables et celle qui doit présider aux relations dans la communauté chrétienne, et dans les relations des frères entre-eux.
« Frères, dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien toi aussi être tenté. Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la loi du Christ » Ga 6,1-2

Les vertus groupées autour d’un centre : foi, constance, charité, sont sans doute une réminiscence de l’enseignement du Seigneur lui-même.
On les retrouve en 1 Co 13,13 : « pour l’instant ce qui vaut c’est la foi, l’espérance et l’amour. Mais le plus grand des trois est l’amour. »
En Tt 2,2 « les hommes plus âgés devront être sobres, dignes, modérés. Que leur foi soit solide, de même que leur charité et leur endurance ».
En 2 Tim 3,10 Paul rappelle sa foi sa charité et sa constance dans les persécutions et les souffrances qui lui sont survenues à Antioche, à Iconium et à Lystres.
Douceur dans nos relations, dans notre regard, dans nos prétentions, douceur qui doit imprégner toutes nos relations fraternelles : elle a sa source en celui qui fut « doux et humble de cœur ». C’est ainsi qu’on devient homme de Dieu.

Revenons au thème de la constance - persévérance : il est rendu par le mot grec « hypomonè » qui est traduit littéralement par demeurer dessous, d’où supporter, endurer cad tenir sous l’adversité, sous les souffrances, les épreuves.
Cette endurance chrétienne n’a rien à voir avec la résignation passive dans la lassitude du découragement. C’est au contraire la force et la puissance du chrétien qui reste debout sous les coups et les adversités, les assauts, les persécutions et les afflictions. Ici la constance-persévérance semble remplacer l’espérance. « L’espérance se situe toujours dans un contexte de difficulté, de souffrance, de tension : on espère malgré tous les obstacles qui s’imposent à la possession par amour » Deiss.

C’est Dieu lui-même qui donne la force de l’endurance : « armés d’une puissante énergie par la vigueur de sa gloire( de Dieu), vous acquerrez une parfaite constance et endurance ». Col.1,11
« La constance se situe aux frontières de l’espérance. C’est comme une ancre jetée en Dieu lorsque les flots risquent de nous emporter. »
Ainsi allons-nous de passage en passage, de la lumière à la lumière, avec de longs moments d’obscurité durant lesquels il faudra pratiquer la persévérance, animée par l’espérance qui nous pousse contre vents et marées vers l’avenir

V 12 : « continue à bien te battre pour la foi, et tu obtiendras la vie éternelle »
L’aventure spirituelle est un combat de la foi, et la marche vers la vie éternelle n’est pas seulement un chose bonne mais une entrée dans le monde de la splendeur et de la beauté, dans l’univers transcendant de Dieu.
L’adhésion au Christ, qui est le premier pas, la porte d’accès au mystère divin, ne se fait pas sans une lutte, un combat : le combat est tout d’abord contre nous-mêmes avec toutes nos peurs, nos résistances, nos réticences, nos lenteurs à nous engager, les peurs de lâcher prise.

C’est un combat continuel en vue d’être libre pour aimer. Le combat de la foi consiste essentiellement dans la libération de nos servitudes, en vue d’atteindre la liberté des enfants de Dieu. Celle-ci ne se développe que lentement et insensiblement comme le règne de Dieu dans l’accord de nos volontés à la sienne.
Notre profession de foi prend modèle sur le Christ qui l’a proclamée à la face de Pilate : « Jésus répondit : « Ma royauté n’est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, les miens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais ma royauté, maintenant, n’est pas d’ici. » Jean 18,36
C’est sur le Christ qu’elle prend appui lorsqu’elle est acculée à témoigner comme le fait Timothée (v12).

V 13-15 : la préparation à la Parousie.
Pour la communauté primitive, le Dieu qui donne vie à toutes choses est aussi celui qui ressuscite ceux qui sont morts spirituellement. « La tradition biblique aimait lier le thème de la création à celui du rachat d’Israël. Le Dieu qui compte le nombre des étoiles est aussi celui qui nourrit les petits corbeaux et celui qui rebâtit Jérusalem et rassemble les déportés. Celui qui suspend les luminaires est aussi celui qui affermit la terre et qui donne la Terre en héritage. » Deiss
Nous retrouvons ces thèmes dans les psaumes : « celui qui crée la lumière du jour est aussi celui qui allume dans les cœurs la lumière de la Loi. La croix que Ponce Pilat a mis su les épaules de Jésus domine le monde.
Paul insiste sur l’insertion de la passion du Christ dans l’histoire du monde : Jésus a témoigné devant Ponce Pilate.

Nous vivons dans la certitude qu’au temps de la Passion et de la Résurrection correspond un autre temps, celui de la Parousie dont parle notre texte.
La ligne qui relie l’ensemble de ces temps de Dieu forme l’histoire du salut…
Un beau texte pour accompagner notre marche de chaque jour tendue vers l’épiphanie, la manifestation du Seigneur…marcher avec persévérance..

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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