26e Dimanche B

Nombres 11,25-29

L’Esprit de Dieu souffle

1 Or le peuple se répandit en plaintes qui arrivèrent aux oreilles du Seigneur ; celui-ci le prit mal. Quand il entendit, sa colère s’enflamma ; le feu du Seigneur s’alluma contre eux et dévora une extrémité du camp.
4 Il y avait un ramassis de gens qui était mêlé au peuple ; ceux-ci furent saisis de convoitise. Même les fils d’Israël se remirent à pleurer :
« Ah ! qui donc nous donnera de la viande à manger ? 5 Nous nous rappelons encore le poisson que nous mangions pour rien en Égypte, et les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et l’ail ! 6 Maintenant notre gorge est desséchée ; nous ne voyons jamais rien que de la manne ! »

10 Moïse entendit pleurer le peuple, groupé par clans, chacun à l’entrée de sa tente. Le Seigneur s’enflamma d’une grande colère.
Moïse le prit très mal, 11 et dit au Seigneur : « Pourquoi traiter si mal ton serviteur ? Pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux que tu m’aies imposé le fardeau de tout ce peuple ? 12 Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple, est-ce moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises : ‘Comme on porte un nourrisson, porte ce peuple dans tes bras jusqu’au pays que j’ai juré de donner à tes pères’ ? 13 Où puis-je trouver de la viande pour en donner à tout ce peuple, quand ils viennent pleurer près de moi en disant :‘Donne-nous de la viande à manger’ ? 14 Je ne puis, à moi seul, porter tout ce peuple :

16 Le Seigneur dit alors à Moïse :
« Rassemble-moi 70 hommes parmi les anciens d’Israël, connus par toi comme des anciens et des scribes du peuple. Tu les amèneras à la tente de la Rencontre, où ils se présenteront avec toi. 17 Là, je descendrai pour te parler, et je prendrai une part de l’esprit qui est sur toi pour le mettre sur eux. Ainsi ils porteront avec toi le fardeau de ce peuple, et tu ne seras plus seul à le porter
24 Moïse sortit pour transmettre au peuple les paroles du Seigneur. Puis il réunit 70 hommes parmi les anciens du peuple et les plaça autour de la Tente.
25 Le Seigneur descendit dans la nuée pour parler avec Moïse. Il prit une part de l’esprit qui reposait sur celui-ci, et le mit sur les 70 anciens. Dès que l’esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais cela ne dura pas.
26 Or, deux hommes étaient restés dans le camp ; l’un s’appelait Eldad, et l’autre Médad. L’esprit reposa sur eux ; eux aussi avaient été choisis, mais ils ne s’étaient pas rendus à la Tente, et c’est dans le camp qu’ils se mirent à prophétiser.
27 Un jeune homme courut annoncer à Moïse :
« Eldad et Médad prophétisent dans le camp ! »
28 Josué, fils de Noun, auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole :
« Moïse, mon maître, arrête-les ! »
29 Mais Moïse lui dit :
« Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! »
30 Puis Moïse se retira dans le camp et, avec lui, les anciens d’Israël.

A propos de ce texte

L’idée générale des lectures de ce dimanche pourrait se résumer ainsi : qui a vraiment l’Esprit de Dieu ? Chacun revendiquant d’en être le détenteur, se l’approprie.
Le livre des Nombres est ainsi nommé parce qu’il contient, dans les premiers chapitres, plusieurs listes de recensement : il s’intitulait primitivement, ‘Dans le désert du Sinaï’. De fait, la majeure partie des textes du livre des Nombres relate les événements du séjour du peuple de Dieu : du Sinaï vers l’oasis de Cadès, durant la traversée des déserts et jusqu’aux plaines de Moab qui bordent la Palestine.
La révolte semble être une dominante des récits de cette période : le peuple d’Israël, incapable de supporter les épreuves du désert, désire fuir. On a l’impression d’un malaise général : le peuple « râle » v. 1, et Dieu se fâche : « la colère de Dieu s’enflamma violemment ». Le peuple passe d’un état d’esclave car Dieu lui a fait retrouver la liberté ; mais c’est au prix de combats continuels et de confiance en Dieu leur sauveur qu’il doit découvrir qui est son Dieu, son Sauveur.
Moïse, lui, est prêt à laisser tomber les bras. « Moïse entendit pleurer le peuple, groupé par clans, chacun à l’entrée de sa tente. ». Israël, dégoûté de la manne, regrette les marmites de viande égyptienne et désire avant tout de la viande, fût-ce au prix de l’esclavage ! Comment Moïse pourrait-il leur en fournir alors qu’ils sont en plein désert ?
Face à sa mission ingrate et quasi impossible, Moïse le prit très mal, « pourquoi est-ce moi » ? Il se fâche car il ne comprend pas et reproche à Dieu de ne pas prendre soin de lui, ni de tenir compte de la mission qu’Il lui a confiée : ce peuple c’est son peuple, c’est lui qui l’a fait sortir d’Egypte : « Pourquoi traiter si mal ton serviteur ? Pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux que tu m’aies imposé le fardeau de tout ce peuple ? « Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple, est-ce moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises : ‘Comme on porte un nourrisson, porte ce peuple dans tes bras jusqu’au pays que j’ai juré de donner à tes pères’ ? »
Moïse passe par un moment de dépression, il n’en sort plus, il prend conscience que ce projet le dépasse et n’est pas son affaire à lui seul : il se tourne résolument vers Dieu « non je ne peux pas à moi seul porter seul tout ce peuple, il est trop lourd pour moi ». Il ne se désolidarise pas du peuple, bien que porter ce peuple est trop lourd pour lui : mais il remet à Dieu la responsabilité de « son peuple » : en fin de compte c’est son affaire s’il veut mener à bien cette aventure. Epreuve de foi et de confiance. Moïse en appelle à la tendresse de Dieu pour son peuple.
Le Seigneur, répond à Moïse, il comprend que c’est une tâche trop lourde pour un seul homme, et celui-ci n’est pas un surhomme même si l’Esprit de Dieu est avec lui, il institue donc soixante-dix anciens. Ceux-ci partageront l’Esprit que Dieu a donné à Moïse, ainsi que le souci et l’administration du peuple. Nous nous trouvons face à des problèmes d’institution et d’autorité. Il s’agit tout simplement de décentraliser le pouvoir de Moïse et de le partager avec des anciens. Quel sens lui donner ? « La foi d’Israël a su assimiler des mouvements nés en dehors des cadres traditionnels, mais qui devaient lui apporter son plus grand enrichissement » Buis ds Ass du Sgr.
Certains voient ici une perte de l’autorité de Moïse et un effort pour restaurer celle-ci en montrant que le charisme prophétique ne peut s’exercer qu’en dépendance de Moïse : ils reçoivent une part de l’Esprit qui est en lui. Ces hommes deviennent prophètes pour le peuple et à leur service. Ce qui est certain c’est un début de l’exercice collégial du pouvoir charismatique. On retrouve quelque chose d’analogue dans l’Exode au chap. 18.
Même si l’Esprit qui repose sur Moïse est partagé il reste cependant le prophète par excellence et la permanence de l’Esprit lui atteste sa supériorité.
Le passage se termine par l’épisode d’Eldad et Médad qui, restés au camp, prophétisent comme les 70. Voilà comment la liberté de l’Esprit peut se manifester en dehors des circuits et cadres institutionnels. On ne peut éteindre l’Esprit ni le brider. La réaction de Josué manifeste bien la tendance à réserver l’exclusivité de l’Esprit à quelques uns. La réaction de Moïse est de se réjouir de ce que tout le peuple participe au même esprit prophétique. « La réponse de Moïse équivaut à dire : votre unité ne consiste pas d’abord à être subordonné à ma personne, votre unité consiste d’abord à être subordonné à l’action de l’Esprit »Ruelle.
Moïse rêve d’un temps où tout le peuple sera rempli de l’Esprit Saint et participera à la connaissance intime de Dieu et sera signe vivant de Dieu au cœur du monde. La tentation reste toujours de limiter l’Esprit à quelques cercles restreints, alors que l’Esprit est libre et agit avec et en tout homme de bonne volonté.
Moïse ne cache pas sa joie de voir que l’on prophétise aussi hors du camp. Nulle jalousie n’intervient entre ceux qui rivalisent de zèle au service du Seigneur. L’Esprit n’est pas une propriété privée, mais un DON. Aucun n’en a le monopole dans le peuple de Dieu. Prétendre confisquer l’Esprit, c’est de l’orgueil sectaire en même temps qu’un refus de la liberté de Dieu. Mesquin, l’homme risque d’ignorer les horizons d’un Dieu que n’arrêtent ni les chapelles, ni les institutions, fussent-elles celles que Dieu lui-même a voulues. Selon un midrash, celui qui allume plusieurs bougies à la même torche n’enlève rien de la source originelle, de la lumière du feu. Nous ne sommes pas les propriétaires de l’Esprit de Dieu mais ses messagers.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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