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25e Dimanche B

26 septembre 2012

25ème Dimanche du T.O. -B-

Sagesse 2,12.17-20
Jacques 3,16-4,3 Marc 9,30-37

Le livre de la Sagesse a été écrit durant le 2ème s. av. J.C. En ce temps-là, les juifs, re-venus d’exil, n’ont rien à dire dans le déroulement des affaires du monde. Humiliés, ils rêvent de retrouver leur pouvoir politique, avec Dieu, évidemment !
Il y a des rêves, des ambitions qui construisent l’avenir et d’autres qui le troublent. Avoir l’ambition de dominer le monde est-il sain ? L’auteur du Livre de la Sagesse en doute. Vouloir à tout prix le pouvoir peut conduire à bien des dérives. Quand on a le pouvoir qu’on a tant désiré, on veut le garder. On s’organise pour contrôler les ambi-tions des collaborateurs et neutraliser les contre-pouvoir.
Pour barrer la route aux éventuels opposants, tous les moyens deviennent bons. Le texte se fait l’écho d’une manoeuvre classique. On pousse celui qui veut prendre vo-tre place à faire une faute pour justifier son renvoi : « Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s’oppose à notre conduite. »
Et comme l’auteur s’exprime dans une culture où la religion s’impose, il ajoute : « Si ce juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera et le délivrera de ses adversaires. »
Il y a des ambitions qui aboutissent à tenter Dieu.
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Deux siècles plus tard, Jésus est venu pour changer la vie. Dieu fait homme, sa mis-sion est claire : donner aux hommes une nouvelle raison de vivre. A savoir : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »
Ce changement de perspective est brutal. Qui osera se lancer dans l’aventure ? Jésus ne se fait pas d’illusion. De fait, « le Fils de l’homme est livré aux mains des hom-mes : ils le tueront et, trois jours après sa mort,t il ressucitera. »
Les disciples sont dépassés par de tels propos. « Ils avaient peur de l’interroger ». Alors entre eux, ils débattent du seul problème intéressant. Quel problème ? « Ils a-vaient discuté entre eux pour savoir qui est le plus grand ? »
Toutes les générations connaissent la guerre des chefs.
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Quelques années plus tard, une communauté chrétienne composée de Juifs convertis est en pleine ébullition. Pour décrire l’ambiance, St Jacques emploie des mots très forts : jalousies, rivalités, guerres, conflits. Comment en est-on arrivé là ?
En relisant les textes de ces derniers dimanches, on peut deviner quelques raisons.
Les causes de ces difficultés sont d’ordre matériel et d’ordre spirituel.

Difficultés d’ordre matériel : Jacques a évoqué des discriminations sociales. Les pau-vres, exclus de la société, essaient de se faire bien voir des riches. Et même, ils ont envie de leur ressembler au risque de perdre leur identité de chrétiens.

Difficultés d’ordre spirituel : dans les versets qui précèdent le texte d’aujourd’hui, Jacques emploie quelques comparaisons significatives. En voici une :
« Voyez les navires : en dépit de leurs dimensions et de la violence des vents qui les poussent, un minuscule gouvernail les dirige au gré du pilote.
De même, la langue est un bien petit membre mais elle peut se vanter de grandes choses ; voyez comme il faut peu de feu pour faire flamber une vaste forêt. » (3, 3-5)
Les hommes sont capables de maitriser des bêtes sauvages mais la langue, qui peut la maîtriser ? La sienne, on a bien du mal ; celles des autres, c’est impossible.

Dans la communauté chrétienne que réprimande St Jacques, les langues vont bon train pour démolir la réputation des uns et des autres. Alors, St Jacques pose la ques-tion : « D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces instincts qui mènent leur combat en vous mêmes ? Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez. » De fait, il y a des mots qui tuent.

Je ne sais pas dire si le mot ambition se trouve dans la Bible, mais, de bien des pages, transpire une atmospère de conquête, d’ailleurs allumée par Dieu. Tous les peuples devaient admirer la manière de vivre du peuple de Dieu et, par là, découvrir le Dieu unique.

Si le mot ambition n’est pas dans la Bible le mot convoitise y est bien. Comment dérive-t-on de l’ambition à la convoitise ?
Une ambition est saine quand elle manifeste le désir de se mettre au service des au-tres. Elle donne le goût de construire. Pour parler comme St Jacques, cette ambition se nourrit de droiture, de tolérance, de compréhension, de miséricorde et d’impar-tialité. En ce cas, elle est un reflet de la sagesse de Dieu.

Mais l’ambition peut être le moteur de celui qui veut jouir de la gloire que donne le pouvoir. Celui-là veut être le centre des regards et, dans ce cas, il détruit tout ce qui lui fait ombrage. Un auteur du 20ème s (Henry de Montherlant) fait dire à un de ses person-nages (Le Maître de Santiago) :
"Je sais comment on s’élève dans le monde : en foulant à chaque marche quelque chose de sacré."

Celui qui a de l’ambition doit s’alimenter à une source : la sagesse qui vient de Dieu sous peine de dériver dans la convoitise qui engendre les rivalités.

Nous avons aujourd’hui l’occasion de revisiter la manière dont nous exerçons nos responsabilités. Essayons d’identifier les indices qui nous montrent que nous passons de l’attitude : « Je me veux au service de… » à l’attitude : « Je veux posséder. »

Toute vie a normalement un projet. Etre heureux en étant utile. On peut appeler cela l’ambition. Chercher sa propre gloire par tous les moyens, réduire les choses et les personnes qui nous entourent à n’être que des objets qu’on manipule. C’est de la con-voitise.
Les mêmes réalités, d’ordre matériel et spirituel peuvent être vécues de manière chré-tienne ou païenne. Devenir chrétien nous introduit dans le royaume de l’amour frater-nel.

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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