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25e Dimanche B

25ème Dimanche du T.O. -B-

Ce matin, nous suivons Jésus qui traverse la Galilée avec ses disciples. Tous, ils sont sur la même route, au même moment de l’histoire des hommes mais ils ne vivent pas dans le même monde.
Jésus est fidèle à l’idée qu’il se fait de sa raison de vivre : enfin faire aboutir l’al-liance que Dieu veut réaliser avec tous les hommes. Après tant d’espoirs déçus, il faut en finir, et mettre clairement au jour ce qui construit l’homme et ce qui le détruit. Il faut que l’humanité, aspirée par la promesse faite à Abraham depuis des siècles, en voie enfin la réalisation.
Jésus pressent des heures difficiles. Il voit de plus en plus clairement que les hommes qui détiennent le pouvoir dans le peuple élu veulent le supprimer. L’affrontement sera sans pitié. Jésus exprime son analyse de la situation : Livré aux mains des hommes, il y laissera sa vie dans des conditions affreuses. Mais la vie triomphera.

Tandis que Jésus parlait, les disciples ayant d’autres préoccupations, ne voient pas comment réagir devant ce qu’il a dit ni même quelle question ils pourraient poser. En fait, Jésus a parlé dans le vide. Arrivé à la maison, Jésus interpelle le groupe : « De quoi discutiez-vous en chemin ? Ils se taisaient car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. »

Le monde est ce qu’il est. Il a ses lois. A côté des rêveurs, il y a ceux qui vivent dans le monde réel, le seul qui soit sérieux. A côté des utopistes, il y a les réalistes. Pour exister dans ce monde réel, il faut être en situation de s’imposer.
On ne suit que ceux qui gagnent. Pour dominer, il faut avoir un tempérament entre-prenant, avoir réussi dans la vie et donc être riche. Il faut maîtriser un réseau de relations efficace et, en même temps, façonner dans le cœur de la population une image rassurante qui fait rêver. Celui qui veut séduire doit savoir parler…etc.

Jésus peut cocher quelques unes de ces cases. Il a une grande capacité de séduction. Il sait parler et il a le sens du contact avec le peuple. Mais ce n’est pas parce qu’on sait monter une charpente qu’on sera capable de chasser les Romains. Il n’a pas fréquenté les grandes écoles. Il n’a pas de relations dans le monde des puissants et pas de for-tune personnelle… !
Jésus ne perd pas son temps à demander à ses disciples comment ils ont reçu ce qu’il vient de leur dire puisqu’ils n’ont pas écouté. Mais sa question (« De quoi discutiez-vous en chemin) les a déstabilisés. Ils prennent conscience de l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes : chacun était intéressé par tel ou tel niveau du pouvoir.
Jésus se situe alors au niveau de leurs préoccupations. Vous vous intéressez au pou-voir ? Parlons-en ! Jésus prend l’attitude du maître qui enseigne ; il s’assoit et brise un silence devenu difficile à supporter. « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Vouloir être le premier, c’est convenable. Une vie sans ambition n’a pas de sens, mais ce il faut vérifier l’image qu’on se fait du premier.

Selon Jésus, la mission de celui qui décroche le pouvoir est de se faire le serviteur de
ceux dont il a désormais la charge. Cela veut dire quoi ?
Selon l’expression de Paul VI (Populorum progressio), il s’agit de faire passer tout homme « d’une condition moins humaine à une condition plus humaine. » Celui qui ne compte son argent qu’en millions et celui qui le compte sou par sou ont besoin, l’un et l’autre, de devenir plus humains. Devant le réfugié et devant celui qui est sollicité pour l’accueillir, un chemin est ouvert pour grandir en humanité. Va-t-on se conduire comme les gens de Bethléem devant la détresse d’un jeune couple qui attend une naissance ?

« Serviteur de tous. » On se sent naturellement prêt à aider ceux qui nous sont proches, et ceux qui, en retour, peuvent nous rendre service. Jésus ne sélectionne pas. Pour concrétiser sa pensée, il prend un enfant, le place au milieu du groupe des disciples et l’embrasse. Comportement étonnant à l’époque.
Tout juif avait le souci d’une descendance mais, en même temps, en ce temps-là, l’enfant était considéré comme une charge et n’était que cela. Il ne représentait en aucune façon le modèle de l’innocence et de la simplicité, mais le type même de ce qui n’a pas d’importance, ne compte pas, est insignifiant et qu’on peut donc négliger.
Jésus s’identifie à l’enfant : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille mais Celui qui m’a envoyé.

Jésus a une relation particulière avec Dieu, mais au milieu des hommes, il ne veut être que serviteur, non pas pour satisfaire leurs ambitions ou leurs caprices mais pour les faire grandir en humanité, c’est-à-dire en faire non pas d’habiles profiteurs mais de vrais serviteurs.
Celui qui sera le premier, c’est celui qui saura se rendre proche et manifester de la tendresse envers ceux qui n’intéressent personne parce qu’ils sont encombrants ou ne sont pas rentables.

Le monde que veut construire Jésus est à l’opposé du monde tel que le décrit le livre de la Sagesse, un monde où tout est calcul pour éliminer ceux qui contrarient les pro-jets de ceux qui lorgnent vers le pouvoir pour en profiter.

Cet évangile nous invite à cesser de rêver. Est réaliste celui qui travaille à devenir humain et à rendre les autres, quels qu’ils soient, plus humains. Vaste chantier !
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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