25 e Dimanche B

Jacques 3,16 – 4,4

3, 16 Car la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes.
17 Au contraire, la sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie.
18 C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix.

4,1 D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes ?
2 Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre. Vous n’obtenez rien parce que vous ne demandez pas ;
3 vous demandez, mais vous ne recevez rien ; en effet, vos demandes sont mauvaises, puisque c’est pour tout dépenser en plaisirs.

A propos de ce texte

A ce sujet, Paul et Jaques s’opposent-ils ? Nullement ; Paul insiste davantage sur la foi, principe et base de tout, tandis que Jacques plaide en faveur des œuvres, des actes concrets. « Ils abordent simplement le même problème à partir de points de vue différents. Il s’agit justement de situer l’articulation entre la foi et les œuvres. La foi ouvre l’homme au don de Dieu…St Jacques porte le regard sur le fond de l’être et sur le cœur de l’homme. Celui-ci est habité par une sagesse ou animé par un esprit. » Feu Nouveau 58/6

Vraie et fausse sagesse.
Le texte de Jacques est bien dans la ligne des écrits sapientiaux de l’Ancien Testament, mais pas de n’importe quelle sagesse. Le Christ et son enseignement l’éclairent d’une lumière toute nouvelle. Jacques fait une mise au point à la lumière de l’Evangile, au stade de son élaboration et de sa transmission orale, en son temps.
La tentation des docteurs de la Loi était d’être de purs théoriciens sans mettre en œuvre son application. Or Jacques ne conçoit pas la vie chrétienne autrement que vécue dans le concret du quotidien au fil des événements et à la suite et à l’exemple du Christ.

v.14 Face à cette théorie Jacques parle d’une réalité : « si vous avez au cœur la jalousie amère et un esprit de dispute… ». Il invite à ne pas se glorifier d’une telle sagesse qui serait de mentir à Dieu : « cette sagesse là ne descend pas d’en haut, mais elle est terrestre, animale, démoniaque ».
Cette sagesse n’est pas d’en haut, elle fait le jeu de l’ennemi et n’engendre pas la vie. Aussi Jacques réagit car pour lui la foi transforme radicalement toute la vie, l’imprègne, l’illumine lui donnant le souffle de Dieu. Il est donc pratiquement impossible de vivre comme autrefois. L’Evangile est la révélation d’une Sagesse toute divine dont l’amour est le cœur et lui donne tout son sens. C’est justement de cette sagesse dont il est question dans cette péricope. Non plus la sagesse des Grecs, sagesse des hommes, mais de celle que Dieu a révélé à son Peuple tout au long de son histoire, Sagesse d’en haut, manifestée dans le Christ en son mystère pascal. Il en vient à cette vraie sagesse qui est don de Dieu.
S’en prenant aux faux sage afin de les distinguer des vrais, il donne des critères pour reconnaître la vraie de la fausse sagesse, celle qui rend amer, jaloux, prétentieux.
Il en arrive, v.16, au fléau qui ravage le monde et atteint la communauté : il parle d’abord de rivalités et de conflits. Tels sont les produits de cette sagesse d’en bas.

v.17 La sagesse d’en haut, celle de Dieu, produit des fruits de sainteté, de paix. C’est une sagesse d’amour qui a sa source en Dieu et produit des fruits d’amour, telle que la capacité de comprendre les autres, de s’obéir mutuellement, d’avoir une prévenance particulière vis à vis des plus faibles et de leur donner toute leur place. Une telle sagesse est toujours en quête de faire le bien d’une manière spontanée et sans restriction de personnes.
Cette sagesse a horreur de tout faux semblant : l’amour ne supporte pas l’hypocrisie.
Le Christ meurt sur la croix en ne faisant pas semblant d’aimer : son amour va jusqu’au bout, jusqu’ à l’extrême. L’hypocrisie s’arrête très vite en cours de route et la quitte.
Jacques insiste sur le problème de la jalousie et des rivalités. Elles ne sont pas d’aujourd’hui : dès le début du récit biblique nous trouvons la jalousie de Caïn qui trouve un rival en son frère et ne trouve pas d’autre solution que de le supprimer. Les frères de Joseph seront pris du même sentiment, jusqu’à supprimer leur frère ; comme si la jalousie était inscrite au cœur de l’homme.
C’est une réalité qui encore aujourd’hui, est à l’origine de nombreux problèmes dans notre société : ils engendrent la négation, la suppression si possible l’autre qui semble m’empêcher de vivre, de réaliser mon projet personnel.
L’autre n’est-il pas au contraire celui-celle qui me fait exister, et de vivre en lui permettant d’exister et de l’aimer tel qu’il-elle est.
Pour Jacques ces comportements de jalousie et de rivalité relèvent du paganisme. _ L’Evangile du Christ nous introduit dans une toute autre vision de la vie et de l’homme.
« Il n ‘y a pas un bonheur païen et un bonheur chrétien, il ya deux manière de vivre le bonheur : la manière païenne et la manière chrétienne. Jusqu’ici nous étions sous le règne de la convoitise cad de l’égoïsme. » M-N Thabut

v.18 L. Simon dans son commentaire de l’épitre de Jacques situe dans ce verset le thème majeur de l’épître qui : « s’achève par un « machal » hébreu, cad une maxime, un proverbe, tout à fait caractéristique de toute la littérature dite « de la Sagesse ».

4, 1 Dans un second temps Jacques s’attaque à l’origine des méfaits de la sagesse d’en bas.
« Cette façon négative de désirer est désignée par le verbe « convoiter ». Elle s’inscrit sur le registre du voir, du visible, de ce qui relève de la sensibilité (les plaisirs) et entraîne le désir de la possession immédiate : prendre sans demander. D’autre part les plaisirs, objets de la convoitise ne sont pas des objets inertes mais des forces désordonnées qui mettent déjà en danger la cohésion de l’individu, avant de détruire celle du groupe. »Cah. Evangile 61 p.43
D’où viennent les guerres, interroge Jacques ? Il parle de notre cœur assailli par la jalousie, la rancœur, l’égoïsme et la convoitise ; ceux-ci prennent parfois une telle ampleur que nous cœur devient un véritable champ de bataille. Qui a déclaré la guerre ? Elle trouve sa cause et son origine en nous tous, dit Jacques. Chacun de nous est capable de déclarer la guerre, si petite soit-elle. La tolérance et la compréhension n’ont pas été les vertus les plus manifestes au cours de l’histoire du christianisme !
L’évangile nous parle des disciples qui discutent entre eux pour savoir qui est le plus grand ; Jacques faisait partie de ceux-là. Il connaît bien cette propension de l’homme à vouloir dépasser l’autre, à l’écraser et par le fait même faire le jeu de la jalousie.
C’est le cœur de l’homme qu’il faut guérir en reconnaissant que rivalité et jalousie sont les sources des malheurs et qu’elles nous habitent.
Et la prière dans tout cela ? « Vous n’obtenez rien, dit Jacques, parce que vous priez mal ! » Comment comprendre cette affirmation ? Jésus a certainement « bien » prié et il a été crucifié. Notre prière est mauvaise parce que nous nous plaçons en face de Dieu comme des ayants droit. Nous revendiquons. Et si nous n’obtenons pas ce que nous demandons, nous faisons grève, nous ne prions plus ! Notre prière est mauvaise parce que nous réduisons Dieu à une idée, et notre foi à un savoir. Nous prions pour nous, pour avoir, renforcer notre pouvoir, pour que notre volonté soit faite. Il nous est difficile d’entrer dans la prière de Jésus, celle du Notre Père.

Or la prière, la vraie, est avant tout l’expression d’une capacité d’émerveillement face à un Dieu –Père, qui jamais ne donne une réponse à mes questions et qui cependant me fait vivre dans la paix. La vraie prière est une pauvreté qui se reconnaît telle et n’a d’autre chemin que de se recevoir de Dieu. Elle est faite de l’espérance, dans l’accueil et la vie selon la sagesse de Dieu.
Notre prière ne sera prière en vérité qu’à partir du moment où nous osons croire que pour Dieu chacune et chacun nous ne sommes pas un « cas », mais un être unique créé pour être heureux, créé à l’image de Dieu et donc fait pour l’amour.
Nous n’avons pas d’autre objectif que demander de vivre pleinement dans l’amour donné et reçu.
Et dans cet amour se trouve le repos, la paix, fruit d’une sagesse intérieure reçue. Elle instaure entre nous des relations pacifiques, douces, conciliantes, telles qu’elles existent en Dieu lui-même.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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