Accueil > Prier avec nous > Homelies > 24e Dimanche C

 

24e Dimanche C

24ème dimanche du T.O. -C-

A partir d’une lecture d’André Gounelle, pasteur protestant

Quand, dans le récit de Luc, le fils cadet de la parabole décide de revenir à la maison, il cherche ses mots pour reprendre contact avec son père et il trouve ceci : « Je lui dirai : « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. » Cet aveu fait une distinction entre le Ciel (il s’agit de Dieu) et le père de famille qui est un père comme beaucoup d’autres. Cet écart entre le Dieu du ciel et le père de l’enfant qu’on appelle prodigue conduit à des remarques peut-être inattendues.

Alors que la parabole qui précède ne met en scène que des femmes, il n’y a aucune présence féminine dans le récit.
Voilà donc un homme qui a deux garçons. Est-il marié, veuf, séparé ou divorcé ? On ne sait pas. Il est entouré de serviteurs qui se font une opinion sur ce qu’ils observent. Pour ne pas avoir d’ennuis, ils répondent aux questions qu’on leur pose d’une manière aussi neutre que possible.

Cet homme est un chef d’entreprise agricole. Le travail, c’est sa vie. L’entreprise semble prospère. Quelque part dans le récit, nous rencontrons comme une troupe de musiciens et de danseurs.
Ses relations avec son fils aîné sont correctes mais strictement professionnelles. Il a de la chance : l’aîné est un bosseur compétent et consciencieux. On ne l’imagine pas perdre son temps. Pas de dépenses fantaisistes !

Avec le cadet, c’est différent. C’est un fêtard accompli. Son père ne sait comment le prendre ou le reprendre. C’est usant. Aussi quand il demande à son père sa part d’héritage, la décision est vite prise. Il lui donne tout ce à quoi il a droit et qu’il s’en aille ! Le climat à la maison et dans l’entreprise n’en sera que meilleur. L’aîné ne réagit pas. Son frère ne l’intéresse pas. Rien à dire.

Rien à dire ? Pas si sûr ! Quelque chose d’inattendu se produit. Ce cadet qui était comme une tache dans le paysage familial est son fils. Rien ne peut changer cela. La fibre paternelle du chef d’entreprise s’éveille. Il souffrait de la présence de son fils, maintenant il souffre de son absence. La réalité de sa paternité l’envahit de plus en plus.
Le travail l’intéresse moins. Son souci premier n’est plus la rentabilité de l’entre-prise, c’est son cadet. Aucune nouvelle. Qu’est-il devenu ? Où le chercher ?. A qui s’adresser ? Il faut qu’il fasse quelque chose. N’importe quoi, mais quelque chose. Il lui arrive de lâcher ses occupations et d’aller sur la route par où il est parti. Il s’attarde et il revient mais c’est plus fort que lui, il retourne… de plus en plus sou-vent : l’attente du cadet est devenue une obsession.

Pendant ce temps-là, le cadet s’amuse. Avec son argent, il s’est fait beaucoup d’amis. Mais arrive ce qui arrive toujours. Quand celui qui paie, n’a plus d’argent, on le quitte. Et le fils se retrouve sans le sou et sans relation. Il finit par trouver un emploi de misère. Il est moins bien traité que les porcs qu’il soigne et qui sont des animaux
réputés impurs.
La mémoire lui revient. Ses pensées le ramènent à la maison. Chez lui, le nécessaire était assuré à tous les serviteurs, même les moins doués. Tandis qu’il s’amusait, il n’a pas appris grand’chose sur le métier. Il se contenterait du plus modeste des emplois. Le voilà sur le chemin du retour. Ce n’est pas le regret de ses égarements qui l’anime mais simplement la nécessité de survivre.

Un jour enfin, le père l’aperçoit. Il le reconnaît à sa démarche, l’embrasse et ne lui laisse pas le temps de mettre des mots sur le vrai de sa vie. Pour sauver la face, il mobilise ses serviteurs pour rendre son cadet présentable et organise une fête. Curieusement, il n’a pas songé à envoyer un serviteur avertir l’aîné qui travaillait aux champs. Toute son attention est centrée sur ce cadet qui est revenu. Son bonheur l’a rendu maladroit.
Pour l’aîné qui revient à la maison à la fin de sa journée, ce n’est pas la fête, c’est le scandale. Va-t-il entrer dans la fête ? La question reste sans réponse. Elle s’adresse à quiconque, ayant fait la vérité sur sa vie, lit le récit.
*
Il y a quelques semaines les médias lançaient une « alerte enlèvement enfant ». Il s’agissait d’un père de famille interdit de contact avec son enfant. Ne supportant pas cette situation, il a organisé un enlèvement. Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Et, comme souvent, l’entreprise échoua. Elle montre au moins que rien ne détruit la fibre paternelle.
*
Le récit de Luc nous apprend plusieurs choses :
* Toute paternité humaine est une force spirituelle dès qu’elle devient charnelle. Elle est une participation souvent maladroite à la paternité de Dieu.
* La réalité de la paternité de Dieu se faufile dans les fissures des paternités humaines pour les guérir et les rendre plus fécondes.
* Cette paternité de Dieu ne se laisse détourner par aucune autre occupation.
* Dieu aussi a du mal à avoir une relation vraie avec ses enfants. Les uns s’amusent et n’ont jamais assez de loisirs. Vivre, c’est faire la fête ! Les autres sont absorbés par leurs occupations, le souci de leurs responsabilités, la furieuse envie de toujours grandir. D’autres manipulent les lois et détectent les combines qui permettent de tirer de petits avantages des situations les plus tordues. Sacrée famille !
* Quand les uns, d’où qu’ils viennent, reviennent vers lui, c’est un événement. Il les accueille et c’est la fête. Quand les autres restent récalcitrants, prisonniers de leur univers, il est étonné. Alors il continue d’attendre. Il ne se lasse pas d’attendre.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>