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22e Dimanche - Jacques 1,17-18.21b-22.27

2ième lecture : Jacques 1/17-18.21b-22.27

17 Tout don de valeur et tout cadeau parfait descendent d’en haut, du Père des lumières chez lequel il n’y a ni balancement ni ombre due au mouvement
18 De sa propre volonté, il nous a engendrés par la parole de vérité, afin que nous soyons pour ainsi dire les prémices de ses créatures. […]
21b accueillez avec douceur la parole plantée en vous et capable de vous sauver la vie. 22 Mais soyez les réalisateurs de la parole, et pas seulement des auditeurs qui s’abuseraient eux-mêmes. […]
27 La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici : visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse ; se garder du monde pour ne pas se souiller.

A propos de cette lecture :

Durant cinq dimanches, l’Eglise nous fait lire des extraits de la Lettre de Jacques. Jacques semble avoir été le premier responsable de la communauté chrétienne de Jérusalem après la mort du Seigneur. Il se dit être « le serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus Christ ». Il ne s’agit pas de l’apôtre, le frère de Jean, l’évangéliste.
Ce Jacques , surnommé le Mineur ne dit pas qu’il est apôtre, soit parce qu’il ne l’est pas soit parce que c’est tellement notoire qu’il juge inutile de le rappeler. Il semble en tout cas jouir d’une grande considération. Paul, dans la Lettre aux Corinthiens rappelle que le Seigneur est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. Dans la Lettre aux Galates, il écrit : « Jacques, Pierre et Jean, ces notables, ces colonnes nous tendirent la main » … Et encore : « je n’ai pas vu d’autres apôtres mais seulement Jacques, le frère du Seigneur ».
Son message s’adresse aux ’Douze tribus qui sont dans la dispersion’ du monde méditerranéen, suite à la première persécution qui fit éclater la première communauté de Jérusalem au lendemain du martyre d’Etienne.
La lettre de Jacques est une collection de sentences d’un style décisif et direct.
Nous nous trouvons face à un des écrits les plus anciens du Nouveau Testament. Au moment où Jacques écrit on est encore au stade de la transmission orale de la Bonne Nouvelle du Christ au milieu d’écrits de plus en plus nombreux.

Un point central de sa lettre concerne justement le souci de se référer à l’esprit de l’Evangile et à ses intuitions premières : « devenez des réalisateurs de la Parole et non des auditeurs ». On ne fait pas n’importe quoi de la Parole, il est nécessaire qu’elle s’épanouisse dans des œuvres.
L’exhortation vise surtout un enracinement de la foi de jeunes chrétiens passés du Temple et de la Loi à la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.
Curieusement, elle ne parle jamais de Jésus Christ sauf pour désigner l’auteur comme étant « le serviteur ». Cette lettre n’a pas de suite logique comme la lettre aux Ephésiens que nous avons lue ces derniers dimanches. Il aborde sans trop de suite des sujets qui ont trait au commandement de l’amour.
Devenir des réalisateurs de la Parole : voilà l’exhortation forte à laquelle l’auteur nous invite. En réalité, Jacques critique ici celles et ceux qui se contenteraient de pures observances extérieures. Pour lui, la foi ne peut se réduire ni à un moralisme ni à un piétisme, ni à des pratiques qui risqueraient de donner bonne conscience.
C’est un appel à la conversion aussi met-il en garde au v 16 : « ne vous égarez pas »
L’égarement consisterait à rester dans le certain esprit de l’ancienne Alliance qui visait la fidélité et l’observance scrupuleuse des articles et des rites de la loi alors que le cœur est loin de Dieu. Une telle observance pouvait donner lieu à l’illusion d’une justification par cette seule observance.
Jésus avait déjà fait une nette distinction entre les Commandements qui, dit disait-il, remontent à Dieu (à la conscience) et ceux des traditions des Anciens, (venant des hommes).
A la suite du Christ tout est nouveau : c’est un don pur, gratuit que nous recevons de Dieu et dans lequel nous sommes invités à entrer pour répondre au don par le don.
Jacques insiste : tout ce que nous donnons et recevons nous vient d’en Haut, du Père des Lumières, en opposition au père du mensonge (Jn 8,44)
« En désignant Dieu comme créateur des astres, Jacques est dans la ligne de l’AT qui invoque Dieu Sabaot, appellation familière aux Judeo-chrétiens. Dans une bénédiction qui suit la prière du Shema, on lit : « Béni soit le Seigneur notre Dieu qui a formé les astres ». (Robert Gantoy)
Il est Père des lumières, mais aussi celui qui nous engendre par la Parole. Telle est désormais la puissance de la Parole.
« Le Nouveau Testament applique l’idée de génération divine à chaque chrétien »

v17 : « chez qui n’existe ni changement ni ombre de variation » en opposition avec les humeurs changeantes des divinités dont on était sans cesse dépendants. Rien de cela en Dieu : le don de son Fils est donné une fois pour toutes et reste donné en vue de nous rendre de plus en plus des « vivants », vivants de sa vie.
Comment nous rend-il vivant ? comment nous donne-t-il sa vie ?
La Parole est comparée à la semence de la parabole du semeur ou à la parabole du grain qui pousse tout seul.
Le don que Dieu nous fait et qui nous engendre passe par sa Parole de vérité cad par le Christ.
Le Verbe, la Parole faite chair, par sa mort-résurrection nous engendre à la vie de Dieu.
La parole de Dieu est parole efficace : « Dieu dit et cela existe », elle n’est pas vide mais devenue Verbe, Corps incarné dans le Christ, elle est devenue salut pour l’humanité.
Une Parole de Dieu plantée, implantée au cœur de l’homme pour donner la vie et sauver. La Parole est au cœur de l’homme comme une semence qui connaît toutes les étapes de la croissance avant qu’elle ne porte du fruit en abondance.
Avant de parler de « mise en pratique », des fruits de cette Parole, comme Jacques en a l’intention, il est indispensable de prendre conscience que nous sommes façonnés par cette Parole toute divine, habités par elle : « accueillez avec douceur la Parole plantée en vous et capable de vous sauver ». v 21b, en vue de produire du fruit.
Comment mettre en pratique la Parole ? Il ne suffit pas de l’entendre, ni seulement de la méditer, encore faut-il la refléter dans nos actes.

V27 : « la religion pure » « il s’agit bien plutôt ,dit Robert Gantoy, de se conformer , dans le détail et le concret de sa vie, à la manière d’agir de Dieu. Venir en aide aux pauvres c’est traduire dans la pratique sa foi en Dieu qui fait grâce et qui, dans les béatitudes, nous a révélé son dessein de salut, sa propre miséricorde pour que nous l’imitions. Mais cette charité qui engage dans le monde doit s’accompagner de la pureté qui fait se garder du monde en tant que souillé et ennemi de Dieu (Jc4,4) ».

Il ne suffit pas de se complaire dans la Parole de Dieu, il nous faut la refléter dans nos actes. Il nous faut oser croire que la parole peut s’accomplir à travers nous. Elisabeth dira à Marie : « Heureuse toi qui as cru à l’accomplissement de la Parole en toi ». Jésus dira : " Qui est ma mère ? ceux qui écoutent la Parole et la mettent en pratique ».
Il n’est pas étonnant de voir l’auteur sembler réduire cette pratique de la Parole en des gestes charitables envers les orphelins ou les veuves. _ Le monde de Jacques est déjà un monde où il y avait beaucoup de sans-voix, de petits non respectés, qui devaient se débrouiller seul , face à une société qui les ignorait ou les méprisait. Dans le Premier Testament, orphelins et veuves sont toujours cités ensemble, ils sont des êtres cruellement privés d’histoire. Dieu n’a jamais rien fait d’autre que de s’occuper, de mettre debout des gens sans histoire, sans avenir, sans-voix. Dieu leur signifie qu’une histoire est possible à travers celles et ceux qui, à l’écoute de la Parole, la mettent en pratique en devenant serviteurs de leurs sœurs et frères.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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