22e Dimanche B

2ième lecture : Ephésiens 5/21-32

21 « Vous qui craignez le Christ, soumettez-vous les uns aux autres ;
22 femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur.
23 Car le mari est le chef de la femme, tout comme le Christ est le chef de l’Eglise, lui le Sauveur de son corps.
24 Mais, comme l’Eglise est soumise au Christ, que les femmes soient soumises en tout à leurs maris.
25 Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré lui-même pour elle ;
26 il a voulu ainsi la rendre sainte en la purifiant avec l’eau qui lave, et cela par la Parole ;
27 il a voulu se la présenter à lui-même splendide, sans tache ni ride, ni aucun défaut ; il a voulu son Eglise sainte et irréprochable.
28 C’est ainsi que le mari doit aimer sa femme, comme son propre corps. Celui qui aime sa femme, s’aime lui-même.
29 Jamais personne n’a pris sa propre chair en aversion ; au contraire, on la nourrit, on l’entoure d’attention comme le Christ fait pour son Eglise ;
30 ne sommes-nous pas les membres de son corps ?
31 C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne seront qu’une seule chair.
32 ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église. »

A propos de cette lecture :

Voilà un texte, souvent utilisé pour les messes de mariage, dans lequel Paul met en relation l’alliance des époux avec le mystère de la Nouvelle Alliance du Christ venu épouser notre condition humaine, l’Alliance du Christ et de l’Église.
Merveille que l’amour mais aussi mystère que l’amour d’un homme et d’une femme. Déjà les Proverbes en faisaient écho : « 18 Il est trois choses qui me dépassent et quatre que je ne connais pas : 19 le chemin de l’aigle dans les cieux, le chemin du serpent sur le rocher, le chemin du vaisseau en haute mer, le chemin de l’homme chez la jeune femme. »
La littérature biblique compare l’amour de Dieu pour son Peuple à l’amour humain. Pour la Bible l’amour humain est à l’image de l’amour de Dieu pour les hommes et son Peuple et vice versa.
Déjà Osée comparait l’amour de Dieu pour son Peuple à l’amour du fiancé pour sa fiancée : « 2, 21 Je te fiancerai à moi pour toujours ; je te fiancerai dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde ; 22 je te fiancerai à moi dans la fidélité, et tu connaîtras Yahvé. 23 Il adviendra, en ce jour-là, que je répondrai, oracle de Yahvé, je répondrai aux cieux et eux répondront à la terre. »
Le Cantique des Cantiques à son tour reprend cette même image.

Le Nouveau Testament va plus loin : il nous parle des noces de l’Agneau avec toute l’humanité : « voici les noces de l’Agneau » et l’Apocalypse en voit déjà la réalisation définitive : 21,2 « Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. »
Le Christ reprend lui aussi le thème des épousailles, des noces, en Mt 9,15 « Et Jésus leur dit : Les compagnons de l’époux peuvent-ils mener le deuil tant que l’époux est avec eux ? Mais viendront des jours où l’époux leur sera enlevé ; et alors ils jeûneront. » Et en Mt 22, « Il en va du Royaume des Cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils. »
Avec Paul laissons-nous conduire dans sa méditation de ce mystère. Paul revient dans une perspective plus immédiate à partir du Christ qui a donné sa vie. C’est bien lui qui est l’exemple du don parfait, total. Il donne sa vie pour son Epouse l’Eglise, l’humanité.
L ‘invitation du premier verset est forte : « soyez soumis les uns aux autres ». Il faut l’entendre et la comprendre à la suite du Christ : « par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres. »
Christ est notre exemple, prototype de l’homme nouveau il était totalement soumis à son Père, d’une soumission de parfait accord, de communion amoureuse et filiale avec son Père. Il a été soumis d’une soumission d’obéissance amoureuse. Sa soumission n’avait rien de servile mais sa volonté libre était nourrie de celle de son Père : dans la communion avec Lui, elle s’épanouissait dans un don fécond d’amour à toute l’humanité.
Si on comprend bien le sens de la soumission du Christ on ne craint plus d’en parler, on est à l’aise car elle n’a rien d’oppressif ni d’asservissant mais elle s‘épanouit dans une communion d’amour parfaite des cœurs et des volontés.
La relation du Christ à son Père, relation trinitaire, est modèle de toute relation d’amour. Chacun peut aimer et être aimé dans sa différence, à sa place, une place qu’on ne peut intervertir ; et dans la réciprocité.

C’est bien l’amour que Dieu désire nouer avec toute l’humanité dans une relation de type sponsal. Paul à son tour reprend la comparaison et passe d’un plan à un autre, de l’amour humain à l’amour du Christ pour son Eglise et réciproquement. Ce qui fait difficulté dans la péricope de ce dimanche c’est « l’entre-croisement « de deux thèmes celui des rapports marie et femme et celui du Christ et de l’Eglise.
Le thème de l’amour conjugal est un témoin privilégié de l’amour du Christ pour son Eglise. Ce passage lu aujourd’hui dans notre contexte nous fait sourire ou énerver. Il faut le relire dans la condition de la femme en ce temps-là. Paul en est culturellement marqué, imprégné jusque dans ses expressions. Il ne faut pas s’étonner du « femme soyez soumises à vos maris. » Nous risquons de nous y arrêter alors que dans cette péricope Paul nous ouvre des perspectives infinies sur l’amour du Christ pour son Eglise, et en retour sur l’amour de l’Eglise pour le Christ, en vivant pleinement de son Esprit.

Le lien qui unit le Christ et l’Eglise est du même genre que celui qui existe dans l’amour conjugal. L’image que Paul utilise va dans les deux sens : le lien qui unit l’homme et la femme est à ce point qu’ils ne sont plus qu’une chair et il le compare à l’amour du Christ pour l’Eglise. De même l’amour du Christ donnant sa vie jusqu’au bout devra inspirer l’amour des époux qui se donnent l’un à l’autre un amour mutuel et réciproque.

L’amour d’un couple est à l’image de l’amour du Christ pour l’Eglise, pour tous les hommes, et l’amour du Christ pour les hommes est l’image du lien fort et intime , de l’amour réciproque des époux. Il en fonde les exigences : les relations des époux devront se modeler sur celles de Jésus et de son Eglise.

A cette lumière on peut mieux comprendre ce que Paul disait à propos de la soumission de la femme à son mari : comme le Christ aime ainsi les maris sont invités à aimer du même amour, dans un don total, à modeler leur manière d’aimer sur le Christ.
La citation de Gen 2, 24, « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair », prise en elle-même avant toute application au Christ et à l’Eglise, apparaît comme un enseignement radicalement neuf. Dans le monde antique, comme dans la plupart des civilisations traditionnelles, la cérémonie du mariage est constituée par le cortège qui conduit la jeune fille de la maison paternelle à la maison de son fiancé. Elle passe ainsi d’une autorité à l’autre. Selon la Genèse, au contraire, c’est l’homme qui doit quitter la maison paternelle pour s’attacher à sa femme et constituer avec elle une communauté de vie si étroite qu’elle est qualifiée comme ‘’une seule chair’’. Cahiers Evangile n°82, p. 61

Quelques notes à propos de certains versets :

v. 21 « Soyez soumis les uns aux autres. » Benoît au chap. 72 de sa Règle, après avoir rappelé l’obéissance que les frères doivent à l’abbé, invite les frères à s’obéir mutuellement. Celle-ci n’est possible que dans une relation d’amour mutuel et réciproque. C’est d’ailleurs le seul moyen d’arriver à l’amour parfait. Toute tentative de domination excessive, de quelque côté qu’elle vienne, est une entrave à l’amour et va à l’encontre de l’amour.

v. 23 Le Christ est la tête, passage qui rappelle 1,27 : « Il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Eglise, laquelle est son Corps. »
Et Col. 1 : « 17 Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui. 18 Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Eglise. Il est le commencement, le premier né d’entre les morts. »Christ est la tête en vertu de sa victoire sur le Mal, de sa résurrection, de son mystère pascal.
« L’Eglise qui est son corps » : nous faisons en quelque sorte partie de Lui, nous existons en lui et ne pouvons exister par nous-mêmes, Rm. 12,5 : « ainsi nous, à plusieurs, nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres. »
C’est le Christ qui est le principe d’unité, de rassemblement sous un seul chef.
Nous sommes son Corps et réunis par lui par des liens d’une intimité qui déconcerte dès qu’on en entrevoit la profondeur.

v. 25 « Maris aimez vos femmes » : c’est un appel fort à aimer avec la même force que Christ a aimé, lui qui s’est donné lui-même « pour nos péchés » Gal3. 1,4
L’amour du Christ est sans équivoque.

v. 26 L’amour du Christ n’est pas sans but, il est certes gratuit mais il a pour but de nous purifier par sa Parole.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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