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21 Dimanche B Jos 24,1-2a.15-17.18b

Livre de Josué 24, 1-2a.14-17.18b

1 Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ; puis il appela les anciens d’Israël, avec les chefs, les juges et les scribes ; ils se présentèrent devant Dieu. 2 Josué dit alors à tout le peuple :
« Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël : Vos ancêtres habitaient au-delà de l’Euphrate depuis toujours, jusqu’à Térah, père d’Abraham et de Nahor, et ils servaient d’autres dieux.

14 Et maintenant craignez le Seigneur ; servez-le dans l’intégrité et la fidélité. Écartez les dieux que vos pères ont servis au-delà de l’Euphrate et en Égypte ; servez le Seigneur. 15 S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. »
16 Le peuple répondit :
« Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! 17 C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, cette maison d’esclavage ; c’est lui qui, sous nos yeux, a accompli tous ces signes et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru, chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés. 18 Et même le Seigneur a chassé devant nous tous ces peuples, ainsi que les Amorrites qui habitaient le pays. Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. »

A propos de ce texte

Il y a au moins six siècles entre l’époque où vécut Josué et la rédaction de l’écrit qui porte son nom. Il s’agit donc de distinguer le Josué de l’histoire et le Josué de la théologie.

Josué a reçu son nom de Moïse : « Yhavé est salut », c’est Dieu qui rend libre. Il s’appelait d’abord Hochea c.à.d. ‘salut’ (Nb 13,16) et Moïse lui donne le nom de Josué.
Au terme du séjour du peuple de Dieu durant quarante années au désert, Josué va prendre la relève de Moïse, au moment de passer le Jourdain. En face de Jéricho et va engager la possession de la Terre de Canaan, au 13e siècle av JC. La rédaction du livre de Josué sera bien postérieure, soit au 7e s. av. JC.
Comme le disent les auteurs, il ne faut donc pas tenir ce livre comme un récit historique fidèle aux événements, ni comme un compte rendu des faits. L’auteur, en vue de ne pas oublier toutes les faveurs du Seigneur qui l’avait sauvé, a recueilli des traditions orales véhiculées par Israël. Il s’agit avant tout de rappeler la fidélité de Yahvé et l’Alliance faite avec Israël.

La scène que nous lisons ce dimanche se situe à la fin du Livre de Josué. Elle se déroule à Samarie, au lieu saint de Sichem dont le nom seul évoque déjà un choix. (Se-chem : entre deux épaules.) !

Au temps de Josué, chaque peuple avait son dieu ; plus précisément chaque sol, chaque territoire avait son dieu. Quand on changeait de territoire, il était normal de changer de dieu. Israël fait exception à deux titres : Yahvé est le Dieu d’Israël et son Dieu le précède partout où il va. Dieu accompagne son peuple dans ses pérégrinations. De plus, Yahvé est le Dieu de tous les peuples et Israël a pour mission de faire reconnaître, par tous les peuples, que son Dieu est le seul Dieu.

Etant donné le décalage entre les événements et la rédaction on peut se demander dans quel but le livre fut-il écrit ? La rédaction du livre eut lieu à l’époque précédent la montée en puissance de Nabuchodonosor, pendant que le roi Josias entreprend une réforme religieuse, au moment où le peuple sent le besoin d’une force. C’est sur Josué que se concentrent tous les espoirs du peuple car la fidélité de Josué au service du Seigneur lui permettra de renouveler la sienne.

Le récit de ce jour relate l’occasion de donner au peuple, constitué à l’époque de 12 tribus différentes, de professer son appartenance au Dieu d’Israël. Avant de provoquer le peuple à ce choix, Josué rappelle tout ce que le Seigneur a fait pour lui. Josué ne met son peuple devant une décision de foi qu’après avoir fait mémoire avec lui des gestes de la fidélité de Dieu en faveur des siens. Il met son auditoire non pas simplement devant un choix moral, mais face à une décision de foi qui s’appuie sur la fidélité du Seigneur dont il vient de célébrer la mémoire. Car c’est bien sa foi qui fait l’originalité d’Israël.

La détermination de foi par laquelle le peuple s’engage est le fruit d’une action de grâce. Le ‘maintenant’ de la foi est au bout d’une histoire où le Seigneur a l’initiative. Le peuple est invité à suivre « quelqu’un » : le croyant décide de servir une personne et non un code auquel il adhérerait. L’alternative proposée est celle d’un Dieu personnel, qui accompagne partout ses fidèles, et des dieux locaux, qu’on avait coutume d’adorer lorsqu’on entrait dans leur zone d’influence. Jusque là les hébreux avaient partiellement adopté les dieux des régions qu’ils traversaient.
Or voilà que Josué présente comme radicalement impossible de vénérer et Yahvé et les dieux locaux. Le croyant qui se reconnaît en situation de grâce et dont la foi est réponse à une action gratuite de la part du Seigneur à son égard ne peut donc adorer d’autres dieux que celui qui nous donne tout gratuitement nous a créés libres « à son image ».

Comment alors servir le Seigneur ? La foi vécue se traduit ici par le mot « servir », il revient pas moins de neuf fois ; ce mot « en hébreu, évoque à la fois l’obéissance au roi ou le culte envers la divinité, un rapport de vassal à suzerain, l’engagement à un culte exclusif, et un amour concret qui se dépense en service des intérêts de celui qu’on choisit » Feu Nouveau

C’est à Sichem que les clans et tribus d’une même souche sont devenus Israël. C’est là que s’unirent les tribus venues d’Egypte et celles qui étaient restées en Palestine. « La nouveauté est que les israélites, plus anciennement fixés dans le pays, entrent dans l’alliance du Sinaï, adoptant les traditions qui sont attachées à la sortie d’Egypte, à cette alliance et au séjour au désert. Ainsi le Dieu de ceux qui avaient été délivrés de la maison de servitude est-il devenu le sauveur de tout Israël. » Ainsi constate-t-on l’évolution dans les relations d’un peuple avec Dieu. Ici Israël se retrouve pour affirmer sa foi et professer son appartenance à Yahvé en excluant toutes les divinités locales.

Dès lors, notre oui à son amour est le fruit d’un choix décidé de notre part et non pas contraint. Comment le concrétiser dans notre prière et nos engagements aujourd’hui ? En dépit de bien des défections, petites ou grandes, notre fidélité prend sa source dans la fidélité de Dieu à notre égard. Il demeure le roc de notre foi, il nous précède et nous accompagne dans notre histoire personnelle et collective. Nous ne pouvons vivre notre vie de foi aujourd’hui que dans la mesure où nous nous émerveillons de ce que le Seigneur continue à faire pour nous.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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