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20e Dimanche C Jérémie 38, 3-13

1ère lecture : Jérémie 38/4-6.8-10

38
1 Shefatyah, fils de Mattane, Guedalyahou, fils de Pashehour, Youkal, fils de Shélémyahou, et Pashehour, fils de Malkiyah, entendirent les paroles que Jérémie adressait à tout le peuple : 2 Ainsi parle le Seigneur : Qui restera dans cette ville mourra par l’épée, la famine ou la peste. Mais qui en sortira pour se rendre aux Chaldéens, celui-là vivra : il aura la vie sauve, comme part de butin ; il vivra. 3 Ainsi parle le Seigneur : Cette ville sera bel et bien livrée aux mains de l’armée du roi de Babylone, qui la prendra.
4 Alors les princes dirent au roi Sédécias :
« Que cet homme soit mis à mort : en parlant comme il le fait, il démoralise tout ce qui reste de combattant dans la ville, et toute la population. Ce n’est pas le bonheur du peuple qu’il cherche, mais son malheur. »
5 Le roi répondit :
« Il est entre vos mains, et le roi ne peut rien contre vous ! »
6 Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne de Melkias, fils du roi, dans la cour de garde. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne il n’y avait pas d’eau, mais de la boue, et Jérémie enfonça dans la boue.
7 Ébed-Mélek l’Éthiopien, dignitaire de la maison du roi, apprit qu’on avait mis Jérémie dans la citerne. Comme le roi siégeait à la Porte de Benjamin, 8 Ébed-Mélek sortit de la maison du roi et vint lui dire :
9 « Monseigneur le roi, ce que ces gens-là ont fait au prophète Jérémie, c’est mal ! Ils l’ont jeté dans la citerne, il va y mourir de faim car on n’a plus de pain dans la ville ! »
10 Alors le roi donna cet ordre à Ébed-Mélek l’Éthiopien :
« Prends trente hommes avec toi, et fais remonter de la citerne le prophète Jérémie avant qu’il ne meure. »

A propos de cette lecture :

Le nom de Jérémie est tout un programme : « c’est le Seigneur qui élève ».
Issu d’une famille sacerdotale Jérémie est habité par la tendresse de Dieu ; en même temps il est timide, ce qui ne l’aidera pas dans sa mission de prophète. Il n’a pas vingt ans lorsqu’il prend conscience de sa vocation. Face à l’appel de Dieu il résiste : « Je ne sais point parler, je ne suis qu’un enfant », c’est à dire qu’il n’a pas encore l’âge, ni la maturité pour prendre la parole en public.
Il faut situer l’événement dans son contexte historique : en 589 Nabuchodonosor assiège Jérusalem pour punir Sédécias qu’il avait installé : car celui-ci lui après avoir prêté serment de vassalité, s’est révolté contre Babylone. En conséquence, Jérusalem est assiégée par le roi de Babylone.

Jérémie ne va pas cesser de dire que pour vivre et sauver sa vie, il faut absolument se rendre aux Babyloniens : « 2 Ainsi parle le Seigneur : Qui restera dans cette ville mourra par l’épée, la famine ou la peste. Mais qui en sortira pour se rendre aux Chaldéens, celui-là vivra : il aura la vie sauve, comme part de butin ; il vivra »
Un tel discours n’est pas bienvenu et Jérémie est pris pour un collaborateur « dont le but est de décourager les hommes qui combattent pour défendre la capitale. C’est bien ainsi que les fonctionnaires comprennent cette parole et ils sont dès lors convaincus que Jérémie cherche le malheur d’Israël et non son bien. C’est pourquoi ils demandent au roi de mettre le prophète à mort » Feu Nouveau.

Nabuchodonosor avait intronisé Sédécias comme roi. Les formules de ces serments que l’on retrouve ailleurs dans la Bible, reflètent la volonté du Seigneur de considérer ce pacte comme sien. L’alliance judéo-babylonienne est donc celle du Seigneur. C’est aussi ce que pense Jérémie ! Il estime donc que le roi de Babylone remplit temporairement la fonction de serviteur de Dieu, dès lors le prophète prône la soumission. Il ose prendre publiquement position pour l’ennemi en raison du droit, et contre sa propre nation en raison de l’injustice qui y règne. Jérémie sait qu’il est inutile de résister et qu’il vaut mieux se rendre puisque Jérusalem ne fait pas le poids devant Babylone. Il invite donc le roi à se rendre s’il veut rester vivant et empêcher la destruction de Jérusalem et son incendie. Mais Sédécias reste ferme et refuse de se rendre vivant

Voulant aller régler une affaire dans son pays d’origine, Jérémie est arrêté, suspecté de complicité avec l’ennemi. Le voilà donc aux mains des chefs qui l’accusent de démoraliser l’armée et demandent sa mort au roi Sédécias. Les chefs du parti nationaliste obtiennent donc du roi que Jérémie soit jeté dans une citerne avec de la boue.

En effet, par ses propos, Jérémie déracinait le défaut persistant du nationalisme religieux par lequel Israël s’appropriait Dieu au point de le monopoliser. Les Israélites y sont d’autant plus enclins que la formule de l’Alliance, mal comprise, les y porte : « Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple ». Les prophètes cependant n’ont jamais fait dire au Seigneur : je serai votre Dieu « exclusivement ». Au contraire, et surtout depuis Amos, ils ne cessent de rappeler l’intérêt de Dieu pour les autres nations. Les prophètes n’ont jamais fait dire à Dieu : je serai pour vous un Dieu indifférent à votre conduite, vous garantissant le bonheur quels que soient les crimes que vous puissiez commettre. Au contraire, ils ont toujours rappelé que les privilèges de l’Alliance entraînaient des obligations exigeantes.

Ce nationalisme religieux n’est-il pas encore présent aujourd’hui ? La tentation, est toujours actuelle pour un peuple, pour une Eglise, de mettre Dieu à son service au lieu de se mettre au service de Dieu. On a vite fait lors d’un conflit ou d’une difficulté, d’imaginer que Dieu ne peut être que du bon coté c.à.d. le nôtre, de l’approuver et de nous donner la victoire ! C’est aussi ce que prétendaient les adversaires de Jérémie : "le prophète a dit la vérité, il doit être exécuté ». Jérémie paiera de sa personne la lutte contre le nationalisme religieux.

Par ailleurs Jérémie sera sauvé par un homme qui, aux yeux des Israélites, se trouve marqué d’une double tare. C’est un étranger et un eunuque. Pour l’Israélite bon-teint, cet Ethiopien, physiquement diminué est inapte au culte. Sédécias se laisse convaincre par l’Ethiopien et ordonne de ressortir Jérémie du puits. Cet homme est le seul qui reconnaisse à Jérémie le rôle et la fonction de prophète, en lui rendant une certaine liberté. Jérémie prononcera pour lui une bénédiction spéciale de la part du Seigneur lui promettant la vie sauve : « La parole du Seigneur fut adressée à Jérémie, alors qu’il était détenu dans la cour de garde : Va dire à Ébed-Mélek l’Éthiopien : _ Ainsi parle le Seigneur de l’univers, le Dieu d’Israël : Je vais faire venir sur cette ville mes paroles de malheur et non de bonheur. Ce jour-là, elles se réaliseront devant toi. Mais, ce jour-là, je te délivrerai – oracle du Seigneur –, et tu ne seras pas livré aux mains des hommes qui t’épouvantent. Oui, je te ferai échapper, à coup sûr, et tu ne tomberas pas sous l’épée ; tu auras la vie sauve, comme part de butin, puisque tu as mis ta confiance en moi – oracle du Seigneur. » 39,15-19
Voilà un nouveau coup porté à la pure légende qui voudrait trouver dans la Bible une malédiction divine contre le monde noir. L’ouverture universaliste de l’Ecriture heurtera les auditeurs de tout temps étroitement repliés sur leurs privilèges.

Les paroles du prophète ne plaisent pas nécessairement à ses auditeurs, alors que ce sont des paroles prononcées au nom du Seigneur, des paroles de vie et de salut. Le Christ aussi choquera souvent ses disciples par ses prises de position ; ses paroles provoqueront la division, l’étonnement comme à l’occasion de la rencontre avec la samaritaine ou la femme adultère.
Le prophète n’a jamais reculé. Fidèlement, il a continué à annoncer le message qui lui attirait tant de haine, ce qui lui vaut une place privilégiée dans la foule des témoins véridiques qui annoncent la force d’âme de Jésus pendant sa Passion. Jésus est mort sur une croix pour avoir osé proclamer hautement et fort son Evangile et par le fait même bousculé les idées de son temps.
C’est bien dans ce dessein et avec cette mission que Dieu envoie les prophètes : aucun ne sera jamais bien accueilli, bien plus ils ont été rejetés. Jésus dira à ses contemporains ; « vos pères ont tué les prophètes. »

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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