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20e Dimanche C

20ème Dimanche du T.O. – C-
J

Au 6ème s. av. J.C. Nabucodonosor, roi de la Chaldée (Capitale Babylone - Irak du sud), a agrandi son empire au Moyen Orient. Ayant envahi l’Assyrie, (Irak du nord - capitale Ninive), il a occupé Jérusalem vers 597 av. J.C. et déporté une partie de la population. Le problème de Jérusalem étant réglé, il s’intéresse à d’autres conquêtes et relâche son attention sur ce qui se passe à Jérusalem.
Sédécias, (le roi placé sur le trône de Jérusalem par Nabucodonosor), en profite pour étudier avec les Egyptiens la possibilité de chasser les Chaldéens. Jérémie trouve ce projet stupide et dangereux. Et il le dit.
Au cours d’un séjour à Anatoth, son village natal, à une heure de marche de la capitale, il est arrêté et emprisonné, pour motif de complicité avec l’ennemi. ce qui ne l’empêche pas de continuer de dire qu’une alliance avec l’Egypte va mener au désastre.
Il faut donc neutraliser Jérémie. Le roi Sédécias accepte à contrecœur que le prophète soit descendu dans une citerne où il enfonce dans la boue. Un officier égyptien, Ebed-Mélek, un païen, ose intercéder auprès du roi et obtient qu’on le retire de la citerne avant qu’il ne meure.

On peut noter six intervenants dans le jeu politique de ce récit.
1). Deux grandes puissances, la Chaldée et l’Egypte, c’est une de trop. La Chaldée ambitionne de neutraliser l’Egypte.
2). A l’étage en-dessous, il y a les petits rois vaincus. Ils bricolent des alliances pour retrouver un peu de leur pouvoir perdu. L’Egypte accepterait peut-être de les aider !
3). Autour des rois il y a toujours des ministres et quelques conseillers qui travaillent dans l’ombre. Tous préparent les décisions du roi et sont écoutés. On ne connaît pas le nom de ceux qui ont convaincu Sédécias de supprimer Jérémie.
4). Il y a l’opposition. Les meneurs sont peu nombreux. Désignés comme ennemis du régime, leur nom est rendu public. Aujourd’hui, c’est Jérémie, un homme seul. Sa force lui vient de sa relation vraie avec Dieu qui lui donne une vision claire de la situation et des paroles de bon sens.
5). Il y a l’opinion publique matraquée par le discours politiquement correct. Des gens ont entendu les prises de position de Jérémie. Quand ils n’entendent plus rien, ils ne se posent pas de questions.
6). Pourtant, il y a des hommes courageux, eux aussi très seuls. L’histoire garde leur nom. Aujourd’hui, c’est un païen, Ebed-Mélek, l’officier éthiopien. Ecarté des intrigues politiciennes, il est humain, simplement humain. Il intervient et fait changer d’avis le roi Sédécias, décidément indécis. Jérémie est sorti de sa citerne.
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En ce temps-là, le problème était de faire le bon choix pour sauver Jérusalem. Sédécias et ses conseillers se sont trompés. Jérémie avait raison. En effet, ayant eu vent de ce qui se tramait à Jérusalem Nabucodonosor y revient avec ses troupes. La ville est pillée en 587. Une deuxième vague de déportation rejoindra la première en Chaldée. L’Egypte a laissé faire.
Que les relations internationales soient pleines de sous-entendus et de coups tordus, cela ne date pas d’aujourd’hui. Il y a toujours des hommes lucides et courageux qui s’opposent en prenant des risques. En son temps, Jérémie a brouillé les cartes et dénoncé la stupidité des positions officielles qui paraissaient évidentes.
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Quelques siècles plus tard Jésus aussi brouille les cartes. « Je suis venu apporter un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli. »
Les disciples n’ont pas dû comprendre grand-chose à ce discours. Mais après coup, on découvre que Jésus annonçait l’irruption de l’Esprit Saint sous l’aspect de langues de feu, le jour de la Pentecôte, après le baptême (le plongeon) dans les souffrances de la Passion.
Tout au long de sa vie publique, Jésus s’est opposé aux déclarations officielles diffusées dans le Temple et les Synagogues. Il fallait qu’un jour les choses soient clarifiées. Qui n’est pas avec lui est contre lui. L’affrontement ne pouvait être qu’impitoyable.

Jésus espérait et redoutait cet affrontement qui allait le conduire par la Croix à la victoire de la vérité. Il a connu l’angoisse. La Résurrection et la Pentecôte ont dévoilé le sens de tout ce que Jésus avait dit et fait.
Pour entrer dans l’Alliance il faut penser et vivre tout à fait à l’envers de ce que pense et fait le Monde. Évidemment, les repères du Monde auront toujours des adeptes. Ils se manifesteront par le mensonge, la violence et l’exploitation des faibles, mais l’Esprit de Dieu triomphera.
Au milieu de toutes sortes de difficultés, il va se faufiler dans tous les milieux de vie et, pour la bousculer, pénétrer la cellule élémentaire de toute société, la famille « le père contre le fils et le fils contre le père (…) La belle-mère contre le belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »
Les formules sont sèches. Elles indiquent que la famille sera le socle sur lequel se construira le monde habité par l’Esprit de Dieu. L’appel de Jésus s’adresse à chacun personnellement. Aujourd’hui comme hier, chacun fait son choix : suivre ou ne pas suivre Jésus sur le chemin exigeant qui conduit à la Croix. Pour sauver sa vie, il faut rompre avec les propositions du Monde.

La lettre aux Hébreux nous invite à nous débarrasser de ce qui nous alourdit. Le temps des vacances pourrait-il nous aider à faire l’inventaire de ce qui encombre notre marche à la suite de Jésus ?
« Dans ma bouche, le Seigneur a mis un chant nouveau ». (Ps 39)
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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