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20e Dimanche A Isaïe 56, 1.6-7

1ère lecture : Isaïe 56/1.6-7

1 Ainsi parle le Seigneur :
Observez le droit,
pratiquez la justice,
car mon salut approche, il vient,
et ma justice va se révéler.
2 Heureux l’homme qui agit ainsi,
le fils d’homme qui s’y tient fermement ;
il observe le sabbat sans le profaner
et se garde de toute mauvaise action.
3 L’étranger qui s’est attaché au Seigneur,
qu’il n’aille pas dire :
« Le Seigneur va sûrement m’exclure de son peuple. »
6 Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur
pour l’honorer, pour aimer son nom,
pour devenir ses serviteurs,
tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner
et se tiennent fermement à mon alliance,
7 je les conduirai à ma montagne sainte
je les comblerai de joie dans ma maison de prière,
leurs holocaustes et leurs sacrifices
seront agréés sur mon autel,
car ma maison s’appellera
« Maison de prière pour tous les peuples. »
8 Oracle du Seigneur Dieu,
qui rassemble les exilés d’Israël :
J’en ai déjà rassemblé,
j’en rassemblerai d’autres encore.

A propos de cette lecture :

Le livre prophétique d’Isaïe comporte 66 chapitres, divisés en trois livres qui ne sont pas tous d’un même auteur. Beaucoup datent cependant de périodes ultérieures à Isaïe.
L’oracle que nous lisons ce dimanche ouvre le recueil du 3ième Isaïe( Trito Isaïe) écrit fin du sixième-début du cinquième siècle. C’est un moment de paix après que Cyrus se fut emparé de l’empire Babylonien et son édit de 538 a permis le retour des populations déportées. Enfin voila que les prophéties annoncées sont en train de se réaliser .

Beaucoup craignent de ne pas retrouver ce qu’ils ont laissé et pour éviter la déception et une situation de misère ont préféré rester à Babylone, mais beaucoup d’autres sont repartis et vivent dans l’instabilité et la précarité d’après l’oppression.
Le prophète s’adresse à une population qui a fait plus de 2000 km qui s’est à nouveau établie autour du Temple que l’on reconstruit et retrouve une situation lamentable.
L’exil a jeté le peuple élu hors de ses frontières et donc s’est mêlé à des gens de toutes nations. La déportation et les guerres ont entraînés des mouvements de population qui ont aussi amenés des étrangers sur leurs terres qui mettent en péril la pureté du culte et de la religion d’Alliance. Il s’interroge sur le statut des étrangers.

Le prophète qui prend ici la parole – ou celui qui rassemble les oracles de cette époque – se prononce essentiellement sur deux points : il affirme avec force qu’il ne faut pas cesser d’espérer et il tente d’expliquer pourquoi la réalisation de l’espérance vient toujours trop tard. Le salut vient toujours trop tard parce que le peuple n’est pas toujours disponible pour l’accueillir : il ne répond pas à la grâce qui le sauve, il a peur de devenir libre.

« Le prophète anonyme qui nous parle ici va proférer de la part de Dieu un des oracles les plus ouverts, les plus universalistes de l’Ancien Testament. Non seulement il s’emploie à calmer les anxiétés de ceux qui s’estiment délaissés mais il leur ouvre des perspectives radieuses. Ce faisant il annonce l’attitude de Jésus qui s’intéresse non seulement aux seuls fils d’Israël mais aussi aux étrangers, telle la cananéenne de l’Evangile. Que personne donc ne se croie rejeté de la communauté de salut »Bonnard dans Ass du Sgr 51.

L’auteur commence tout d’abord par inviter le peuple à observer le droit et à pratiquer la justice car le salut qu’offre le Seigneur est proche et sa justice sur le point de se révéler. Le mot justice dans l’ancien testament n’a pas la même résonance que chez nous. Elle n’a rien à voir avec la justice sociale où chacun a droit à « son dû », elle n’est pas « une vertu morale à côté d’autres vertus comme la tempérance, la bonté…mais la perfection que l’homme peut et doit atteindre » Cahier Evangile.
Aussi l’auteur ajoute au v 2 : » heureux l’être humain qui fait cela, heureux le fils d’Adam qui s’y tient, heureux qui respecte le jour du Seigneur et préserve sa main de tout action mauvaise. »

La justice et le droit, ces deux qualités divines, heureux qui les fait siennes en les pratiquant. Le chemin de justice, c’est « d’observer le Shabbat sans le profaner » et « s’abstenir de toute action mauvaise » ou, positivement, « faire ce qui plaît à Dieu » en s’attachant à l’Alliance du Seigneur (v.4). Cela signifie concrètement « être appelé à devenir ses serviteurs » (v.6).

Pendant l’exil l’observance du shabbat a pris une grande importance : il est le signe distinctif du peuple de Dieu au milieu des païens, signe d’appartenance qui le maintient fermement dans son Alliance et lui offre le salut ainsi qu’à tous ceux qui observent le droit et la justice.
Ainsi le Seigneur vient à la rencontre de l’homme et lui donne d’aller à son tour à la rencontre des frères. Vu de cette manière, le shabbat est lié à l’action et devient service de Dieu et service du frère.
Au delà de ceux qui entrent dans cette invitation, le Seigneur ouvre à toutes les nations « sa maison de prière et les mène à « sa sainte montagne » (v.7).
« Dans ses visions d’avenir, Ezéchiel avait exclu les étrangers du service du Temple. Isaïe 56 prend le contre-pied : les étrangers peuvent devenir des prosélytes, « s’approcher » du Dieu d’Israël, notamment par le respect du sabbat » 11 Cahier Evangile 100

V6 : « les fils de l’étranger qui s’attachent au Seigneur » : Dieu constate qu’il y a des étrangers-non juifs –qui observent le droit et la justice, qui mènent une vie conforme à l’Alliance. Ceux-là , ces fils d’étrangers normalement exclus de l’Alliance, « je les mènerai à ma montagne, je les appelle à devenir mes serviteurs » V 7 : « ma maison sera maison de prière pour tous les peuples »
Maison de prière : on connaît la réaction de Jésus face aux vendeurs du temple. Il est horrifié face au commerce aux abords du temple : Marc 11, 15 Ils arrivèrent à Jérusalem. Jésus entra dans le Temple et commença à jeter dehors tous ceux qui vendaient et achetaient dans le Temple. Il retourna les tables des changeurs de monnaie et les sièges des vendeurs de colombes ; 16 il ne permettait pas qu’on transporte des paquets à travers les parvis du Temple.
17 Jésus leur fit la leçon : « N’est-il pas écrit : Ma maison sera appelée Maison de Prière pour toutes les nations ? Et vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. »

C’est bien le projet de Dieu qui est exprimé ici : unir tous les hommes dans la même adoration pour les unir entre eux dans le même amour. Jésus cite cette formule en Marc, le seul à citer entièrement le prophète, les deux autres évangélistes laissent tomber « pour toutes les nations » (Bonnard) C’est l’universalisme qui est annoncé. Il va se vivre progressivement par une découverte et une ouverture.
Jésus dans l’évangile de ce dimanche laisse percevoir, dans ses réaction face à cette étrangère, quelque chose de cette ouverture aux non juifs en admirant sa foi (« elle est grande ») et lui accordant la guérison de sa fille. Telle est la révolution religieuse : la maison de Dieu, maison de prière sera désormais appelée « maison de prière pour tous les peuples. »
Dieu n’est plus seulement le Dieu d’un peuple, mais le Dieu universel pour tous les hommes et donc nos églises, nos sanctuaires s’ils veulent porter ce nom sont désormais des lieux où chacun trouve sa place , où la présence de Dieu fait éclater toutes les frontières et les fait disparaître.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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