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2 Thessaloniciens 1,11-2,2

2ième lecture : II Thessaloniciens 1/11-2/2

11 Voilà pourquoi nous prions continuellement pour vous, afin que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé ; que, par sa puissance, il vous donne d’accomplir tout le bien désiré et rende active votre foi.
12 Ainsi le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous et vous en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.
1 Au sujet de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui, nous vous le demandons, frères :
2 n’allez pas trop vite perdre la tête ni vous effrayer à cause d’une révélation prophétique, d’un propos ou d’une lettre présentés comme venant de nous, et qui vous feraient croire que le jour du Seigneur est arrivé.


A propos de cette lecture :

Durant trois dimanches, l’Eglise nous fait entendre des passages de la 2ième lettre aux Thessaloniciens, parce qu’il y est question de la venue du Seigneur.
De Corinthe ,où il se trouve vers les années 50-51, l’apôtre Paul écrit pour la deuxième fois à la jeune Eglise de Thessalonique, née en terre païenne, minuscule communauté chrétienne dans une immense cité de peut-être 300.000 habitants. A son intention il entreprend une réflexion sur la fin des temps, sur « l’ eschatologie ».
Dans sa première lettre aux Thessaloniciens, Paul nous avait montré l’importance de l’attente de la venue du Christ, et, en conséquence, sur leur comportement. Comme il n’a pas obtenu les résultats qu’il escomptait, en ce qui concerne l’espérance finale dans la résurrection des corps et qu’il y a des dérives, Paul tente de corriger celles-ci.
Le passage que nous propose la liturgie de ce dimanche comporte deux parties distinctes : l’une est une sorte de prière qui termine l’introduction, 1,1-12 et l’autre concerne une discussion sur le retour du Seigneur, 2,1 et sq.
L’intercession de Paul, v.11, comporte une double demande à Dieu. Qu’il les remette les chrétiens face à l’appel qu’ils ont reçu et les rende dignes de cet appel. Il ne s’agit pas ici d’entendre le premier appel mais de se montrer fidèle à l’appel de tous les jours, au milieu des événements et des difficultés. On retrouve la même idée en Eph 4,1 : « je vous exhorte à mener une vie digne de l’appel que vous avez reçu »
Paul ensuite demande que Dieu leur donne d’accomplir efficacement leur désir de faire le bien et mène à bonne fin l’œuvre de salut qu’il a commencée en eux.
Cette 2e demande semble devoir être interprétée ainsi : que soit menée à bonne fin et avec efficacité l’intention, le désir de pratiquer le bien. Il ne suffit pas d’avoir l’intention, le désir, il faut aller jusqu’au bout, avec des actes. C’est la démarche de foi qui se traduit par les œuvres : interaction foi-œuvres, la foi sans les œuvres est nulle.
Noter le même parallélisme que pour la première demande : que l’appel ne reste pas sans suite.
Ces dons que Paul demande au Seigneur de leur accorder ne sont pas sans un but : « le nom du Seigneur sera glorifié et vous en lui » cela équivaut à la glorification de Jésus en eux, par eux.
La communauté vivant l’amour a pour mission d’être signe de la gloire du Christ. Puisse la foi des disciples faire en sorte que le nom du Christ soit glorifié, que son salut offert à tous soit annoncé grâce au témoignage de leur foi et de leur vie. Il s’agit de la glorification du Christ et celle des croyants.

L’espoir du Jour du Christ était un puissant stimulant pour la foi des premiers chrétiens. Mais il pouvait aussi mener à une nervosité malsaine et un certain défaitisme.
L’Eglise de Thessalonique semble avoir été affectée d’une maladie assez fréquente chez les groupes minoritaires et persécutés : l’attente d’une fin du monde qui résoudra tous les problèmes, une attente qui pour l’instant ne fait que perturber la vie chrétienne.
Paul essaie d’apaiser la communauté. On a en fait déformé sa pensée et il se doit de corriger les déviations, les mauvaises interprétations qui ont été faites de sa première lettre.
Rêver de la date du « retour » du Seigneur, c’est se tromper quant à la vie de tous les jours. Derrière ces dérivations réside la tentation toujours vivante de se faire un Dieu à sa mesure, forme d’idolâtrie très tenace. C’était déjà la tentation d’Israël dans le passé.
Le Christ lui-même a été refusé parce son Dieu n’était pas conforme à l’attente, aux représentations que les plus religieux se faisaient de lui. Au lieu d’accueillir le « dieu qui vient », tel qu’il est, toujours imprévisible et libre, nous attendons un Dieu conforme à nos propres besoins et attentes.
La communauté de Thessalonique, qui était par ailleurs dynamique et pleine de joie et de charité, comptait un petit nombre d’illuminés qui annonçaient à qui voulait les entendre, l’imminence du retour du Christ. Avec comme conséquence le dédain du travail et le refus de participer à des gestes de charité pratique mais cherchant à interpréter les paroles du Christ dans le sens de leur prédiction
Cependant, Paul ne s’affole pas. Il conseille la paix, la sérénité, cette paix que le Seigneur offre en tout temps et de toute manière. Cette paix qui nous éloigne à la fois de la léthargie des gens qui n’attendent plus rien ainsi que de l’impatience frénétique des Nostradamus. Au lieu de nous laisser troubler dans notre foi par les menaces, Paul rappelle que notre seule préoccupation doit être de rester dignes de l’appel du Christ et rester vigilants. Nous avons au sujet de l’au-delà à nous garder de toute curiosité malsaine et à vivre sereinement l’aujourd’hui de Dieu. La curiosité, en nous projetant dans l’avenir, empêche de vivre pleinement le moment présent et, au contraire, tente de le fuir.

C’est dans le concret de la vie que la communauté chrétienne est appelée à être signe de la « gloire » du Christ.
Mais rêver à la date du retour du Seigneur, c’est se tromper quant à la vie de tous les jours.
Paul réagit aussi en rappelant à chacun l’importance d’une foi active qui accomplisse le bien que l’on désire si on veut se montrer digne de l’appel de Dieu.
Cette seconde épître aux Thessaloniciens peut nous paraître de moindre importance pour nous aujourd’hui. De fait, nous vivons dans un monde tout différent et le développement donné sur les signes précurseurs de la fin des temps ne risque plus d’intriguer beaucoup de monde.,
Nous aurions tort de négliger cette épître car à travers une situation qui nous est étrangère et étrange, Paul nous livre un enseignement d’une brûlante actualité. La question fondamentale que se posaient les Thessaloniciens et à laquelle Paul essaie de répondre concerne le juste comportement du chrétien dans le monde.
La question est la même pour le moine aujourd’hui : le chrétien, le moine doit se tenir à égale distance de l’asservissement au monde et à la fuite de celui-ci : le moine, d’une certaine façon et le chrétien d’une autre manière, mais avec la même inspiration évangélique de l’Esprit.
« Qu’il vous rendre dignes de cet appel de notre Dieu ; qu’il agisse avec force pour mener à bien vos projets généreux et rendre efficace le travail de votre foi, de sorte que le nom de Jésus soit glorifié en nous et vous en lui, par la bonté de notre Dieu et du Seigneur Jésus »
Le moine comme le chrétien doit faire preuve de sa foi et de son espérance dans le monde. Nous n’avons pas à nier l’existence du mal..
Paul nous invite nous aussi à un sain réalisme, à être lucide, à débusquer ce Satan qui se cache dans la ferveur elle-même, et risquerait de la pourrir à la manière d’un ver caché.
Nous rêvons, parfois, souvent, d’un idéal monastique tel qu’il ne soit réservé qu’à un petit nombre. Nous avons un zèle, si fort parfois, qu’il risque de devenir amer car il ne se trouve jamais réalisé ni en nous ni dans la communauté.
Paul nous dit : « ne perdez pas la tête ». C’est alors qu’on risque de s’évader de la réalité, en prétextant un idéal. Paul ira jusqu’à dire « il faut que se produise l’apostasie » 2, 3.
Ce que Paul veut dire, c’est qu’avant le retour du Christ il y aura un abandon de la foi au niveau mondial. Nous risquerions d’attendre des signes qui désespérément n’arrivent pas, mais le Seigneur nous en donne d’autres….L’avènement du Seigneur se fait chaque jour…
Le contemplatif a un œil sur le présent et un autre sur l’avenir : mais c’est dans sa rencontre personnelle avec Dieu qu’il fait cette expérience que l’avenir lui est assuré.
C’est dans sa recherche de Dieu qu’il verra toute chose avec le regard de Dieu.
Apprendre à voir le plan divin avec les yeux de Dieu. C’est ce que Paul veut apprendre aux chrétiens de Thessalonique. Entre-temps, comme l’alpiniste le long des flancs de la montagne, qu’ils marchent d’un pas tranquille, passant par des passages impossibles, un regard sur la plaine, sachant que la route n’est pas terminée…
Progressivement le Seigneur nous donne une nouvelle vision du monde : une vision ouverte sur l’éternité : cad que nous apprenons à voir tout de dedans et non plus de dehors : nous ne voyons plus les choses étalées devant nous mais en profondeur, mais avec la vision qui est celle que Dieu avait donnée aux Thessaloniciens et qu’il nous donne à nous. Notre regard se transforme petit à petit sur l’homme à l’image de Dieu, capable de Dieu et qui retourne à Dieu.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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