Accueil > Prier avec nous > Homelies > 2 Novembre Mémoirte Solennelle des défunts

 

2 Novembre Mémoirte Solennelle des défunts

URS VON BALTHASAR

UN PRINTEMPS SE PRÉPARE !

Le temps est la grande école de l’amour. Et si le temps est le tissu de notre existence, c’est donc l’amour qui est aussi le tissu de notre vie. Le temps est l’existence qui s’épand ; et l’amour est la vie qui s’épanche elle-même. Nous sommes par nature des êtres qui peuvent librement devenir ce qui leur faut involontairement vouloir.
Voilà comment tu fais l’expérience du temps et comment il t’initie à son mystère suprême. En lui, tu vis le rythme du flux et du reflux. Comme avenir, il s’avance vers toi, te submerge, te comble sans mesure, mais il t’arrache autant qu’il t’apporte : il exige de toi le don total. Il te veut à la fois riche et pauvre, toujours plus pauvre et toujours plus riche. Il veut en toi plus d’amour. Tu sens le temps et tu ne sentirais pas son cœur ? Tu éprouves le fleuve ardent de grâce qui s’avance vers toi, et tu n’éprouverais pas combien tu es aimé ? Tu tentes de le saisir, lui, l’Inconnu, dans les mailles de ta connaissance, et tu es pris toi-même dans l’inextricable filet de sa puissance ! Tu t’agites sans trêve sous l’aiguillon de ton cœur inquiet, et tu nommes cela religion, mais en vérité qu’est-ce là sinon les soubresauts du poisson dans le bateau ? Tu voudrais trouver Dieu, fût-ce au prix de mille douleurs ; et quelle humiliation de constater que ton action n’était qu’agitation, puisque Dieu te tient depuis longtemps dans sa main. Apprends comment dans un seul acte, celui-ci te revêt par amour et te dénude par amour.
À vrai dire, la vie tend continuellement à monter plus haut, s’éloignant de son commencement ; elle se cherche elle-même et croit se trouver là où elle se sent à l’abri de la menace de son origine. Car trop fragile paraît le germe, trop nécessaire pour lui une coque plus résistante, trop proche le néant qu’il était à l’instant de sa naissance. Mais une loi d’airain force le trait parti verticalement à revenir à son point de départ.
Telle est la signification de notre vie : reconnaître, prouver que nous ne sommes pas Dieu. Ainsi mourrons-nous en Dieu, car Dieu est la vie éternelle ; et comment pourrions-nous l’atteindre autrement que par la mort ? Dans notre vie, la mort est le gage que nous touchons à la Vie supérieure. La mort est la révérence de notre vie, la cérémonie de l’adoration devant le trône du Créateur.
Et comme le fond le plus intime des êtres est fait de la louange et du service qu’ils doivent à leur Créateur, une goutte de mort est à chaque instant versée en tout être. Mais comme le temps et l’amour sont intimement entrelacés, les êtres aiment aussi leur mort, et leur existence ne se refuse pas à disparaître. Et même si la vie particulière est saisie d’angoisse à cette perspective, si le vouloir propre se révolte, l’existence elle-même, le mouvement profond de la vie, reconnaît son Seigneur et s’incline volontiers à son approche.
Car mystérieusement elle le pressent : il n’y a un automne que parce qu’un printemps se prépare, et c’est volontiers que flétrit en ce monde ce qui porte la promesse de fleurir en Dieu.

Le cœur du monde, p. 22 & s.

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

Abbaye du Port du Salut - 53260 Entrammes | tél : (33) 02 43 64 18 64 - fax : (33) 02 43 64 18 63

 
>>>>