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1er décembre 2013

1er Dimanche de l’Avent 2013

Ce jour-là, je me trouve à la gare Montparnasse dans l’espace qui donne accès aux quais. J’ai quelques heures devant moi. Je m’installe sur le premier bout de banc dis-ponible et j’observe ce qui se passe.

Les gens vont et viennent, le regard dans le vague. Ils sont clos sur eux-mêmes. Cha-cun suit ses pensées en attendant son train. Pourtant, certains ont les yeux allumés. Manifestement, ils cherchent quelqu’un.
Plusieurs fois, mon regard a failli accrocher le leur. Certains ont perçu que je les dé-visageais. Leur regard étonné a vite dérapé. Je n’étais pas celui qu’ils cherchaient. Ils m’ont vu sans vouloir me voir. Je n’ai pas réussi à les distraire de leur recherche.
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Mon attention est aussi attirée par des hommes et des femmes de tous âges ; ceux-là sont debout, immobiles, la valise à leurs pieds ou un porte-documents à la main. Ils ont les yeux levés et regardent tous la même chose, le panneau qui va indiquer le nu-méro du quai où ils doivent se rendre. Chacun est indifférent à son voisin, à la fois absent et présent ; absent à ce qui se passe autour de lui et tendu vers l’information qu’il attend. Là encore, chacun est enfermé dans sa propre vie.

Une pensée cocasse, sacrilège (!) me traverse l’esprit. Je la trouve intéressante. Il suf-firait que quelques-uns uns se mettent à genoux devant le panneau et on se croirait devant la grotte de Lourdes ! Tous ces gens ont finalement l’attitude du priant, du contemplatif que personne ne peut distraire.
- A Lourdes, les pèlerins regardent la grotte ; ils sont venus pour dire merci ou de-mander une grâce à la Ste Vierge. Ils croient que la Vierge les écoute.
- A la gare, les voyageurs regardent le panneau sans se lasser jusqu’à ce qu’ils reçoi-vent l’information qu’ils attendent. Ils croient qu’elle va venir. Quand elle arrive, ils redescendent sur terre. Ils savent où aller. Une route s’est ouverte devant eux.
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Ces observations, n’importe qui peut les faire. Quand une maman attend son enfant à la descente du car, elle peut bavarder de tout et de rien avec les autres mamans qui sont là pour la même raison. Mais aucune ne se laisse distraire : dès que le car débou-che du carrefour, toutes les conversations s’arrêtent. Chaque maman ne s’intéresse plus qu’à son enfant.
Il y a ainsi des choses que nous savons faire … en attendant !
En attendant quoi, en attendant qui ?

Ces gens, à la gare Montparnasse, sont pénétrés du bruit de la foule ; ils sont immer-gés dans un remue-ménage continu et pourtant, ils ne se laissent pas distraire par ce qui ne les intéresse pas. Ils savent qui ils cherchent, ce qu’ils attendent.
Qui sommes-nous en commençant ce temps de l’Avent ?

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En ce temps-là, dit Jésus, Noé fabriquait une barque dans un pays où l’eau était plutôt rare. Comportement étrange ! Attentionné à son affaire, Noé ne s’est pas laissé dis-traire par ses voisins qui tournaient en rond dans leur monde. "Ils mangeaient, buvaient et se mariaient."

Comme à la gare Montparnasse, nous vivons notre quotidien au milieu de tourbillons qui se télescopent les uns les autres. Bien sûr, nous ne nous laissons pas avoir par tout ce qui nous est proposé. Nous mettons à la poubelle. Nous filtrons.
Nous filtrons parce que nous avons une échelle de valeurs dans la tête.
Qui cherchons-nous ? Qui attendons-nous ? Quelle barque construisons-nous ?
Au milieu de toutes nos activités, attendons-nous quelqu’un que nous connaissons un peu et que nous voudrions mieux connaître pour mieux le suivre ? Notre regard se laisse-t-il détourner par toutes les séductions qui essaient de capter notre regard au risque de nous faire manquer ce que nous cherchons ?
Jésus Christ, cet homme, fils de Dieu, est-il celui que nous attendons pour nous donner quelques repères qui vont nous permettre de surnager, le moment venu ?

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Paul nous invite à sortir de notre sommeil. Sortir du sommeil ! ? Tant de gens vou-draient y entrer et pouvoir dormir ! Mal éveillés ou mal endormis, nous passons d’une agitation à l’autre. S’il écrivait aujourd’hui, Paul nous demanderait sans doute de sortir de nos excitations artificielles pour que notre boussole retrouve le nord.

Un peu partout et de multiples manières, on prépare Noël. « On fait les courses ». J’entends dire à la radio que cette année faire les achats de Noël est vécu par certains comme une corvée. Deviendrions-nous sensibles à l’essentiel ?

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« Toutes les nations afflueront vers Jérusalem » dit Isaïe et pourtant Jérusalem a été construite sur une petite colline qui ressemblait à beaucoup d’autres : Au milieu de tous les bruits et de toutes les lumières qui, ces temps-ci, vont vouloir capter notre attention allons-nous trouver le chemin qui conduit à l’Eglise qui est le peuple de Dieu ?
St Augustin disait : "Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi." »

Préparer Noël, c’est bien. Se préparer à Noël, ce n’est pas mal non plus. Quand on attend le train, il finit bien par arriver. Dieu vient à notre rencontre. Rien ne va le dis-traire de sa recherche. Va-t-il réussir à accrocher notre regard ?
Puisqu’il nous cherche, nous finirons bien par le rencontrer…si nous le cherchons !
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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