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1er Dimanche de l’Avent

29 novembre 2009

1er Dimanche de l’Avent -C-

Jér. 33,14-16 1 Thess.3, 12- 4,2 Lc 21,25-28, 34-36

Quand le Moyen-Orient connaît la tranquillité, on peut penser que ça ne va pas durer des siècles. En 722 av. J.C., les Assyriens (Irak du Nord) ont envahi la Samarie (nord de la Palestine). A Jérusalem, on a pu commenter l’événement en laissant échap-per un dédaigneux « bof ! » en hébreu ! Les Samaritains avaient osé se séparer de Jérusalem et se conduisaient mal. En les punissant, Dieu avait bien fait.

Mais à Jérusalem, on ne se conduit pas mieux qu’à Samarie. Environ cent ans plus tard (612 av. J.C.), les Chaldéens (Irak du sud) défont les armées assyriennes et menacent Jérusalem. Au palais, on commence à s’inquiéter et on cherche des al-liances avec l’Egypte contre les Chaldéens. Jérémie s’oppose… sans succès.
Les troupes chaldéennes feront deux fois le siège de Jérusalem (597 et 587 av. J.C.), Ils détruiront le temple et déporteront la population.

La première analyse de la situation est simple. Ou bien Dieu est mort ou bien il a renié son alliance. De toute façon, le temps passe et il ne se passe rien. Dans ce cas, il devient raisonnable d’aller chercher ailleurs des raisons de vivre.
A ce moment de vide spirituel intégral, Jérémie est mort depuis longtemps quel-que part en Egypte.

Contre toute attente, voilà qu’une parole relève le défi de la raison. Les spécia-listes qui étudient la Bible à la loupe pensent que le texte de Jérémie, lu aujour-d’hui, n’est pas du prophète mais d’un lointain disciple. Tous les malheurs que Jérémie avaient annoncés étant arrivés, ce disciple ose une parole d’espérance. La promesse faite par Dieu à David va se réaliser « Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et la maison de Juda. » Je retiens deux choses :

1). Dieu a de la mémoire. Il se souvient de sa promesse.
2). Sa promesse de bonheur concerne le royaume d’Israël qui a perdu depuis longtemps son autonomie et le royaume de Juda qui vient de la perdre. Les frè-res ennemis ont toujours une bonne place dans le cœur de Dieu.
*
« En ces jours-là,(…), je ferai naître chez David un Germe de justice. »
Je retiens le mot David. On peut se demander si le prophète est bien inspiré en é-voquant sa mémoire ! Si David a encore des descendants, on ne les voit plus dans les palais royaux ! Et d’abord, il n’y a plus ni rois ni palais…
Je retiens le mot justice : Bien entendu, chacun dans le peuple veut la justice mais selon l’idée qu’il s’en fait. Il faudra du temps pour découvrir ce que veut dire la justice selon Dieu.
Je retiens le mot Germe. Il faut du temps aussi pour qu’un germe donne son fruit. Alors qu’il y a une extrême urgence, est-ce productif d’annoncer que les choses iront mieux plus tard,… quand nous serons morts… peut-être ! ?
La parole du prophète nous interroge. Parce que nous respirons l’air de notre temps, ce n’est pas l’espérance qui nous intéresse mais l’assurance. Il nous faut des retours rapides sur investissements. On veut du bonheur tout de suite. La marchandisation a trouvé un bon créneau avec ce thème. J’ai entendu à la radio que le nombre de livres parus sur le sujet du bonheur se chiffre par centaines. Parler de germe, alors qu’on veut des résultats rapides est-ce mobilisateur ?
*
L’évangile nous invite à travailler notre vie pour qu’elle devienne une bonne ter-re. On dirait que Dieu, en ce qui le concerne, prend les choses autrement.
Depuis le temps que les hommes sont ce qu’ils sont, il a compris qu’il n’y a pas grand-chose à leur dire : ils ont leurs théories, leurs évidences dont ils ne démor-dront pas. Dieu peut bien leur dire qu’ils se trompent, ils ne le croiront pas.
Mais quand les hommes auront réalisé qu’il ont tout faux partout, alors ils ten-dront l’oreille pour écouter une autre musique.
Quand toutes les folies humaines auront montré leur absurdité alors Dieu pourra lancer une espérance folle. « En ces jours-là, je ferai naître un germe » La folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes. Je risque deux réflexions :

1). C’est le germe qui fait la bonne terre. C’est lui qui fait qu’une terre ingrate devient fertile. Le germe en bonne santé surmonte toutes les difficultés.
- C’est à Bethléem, une ville désorganisée par un afflux inhabituel de personnes en déplacement que Marie, une nuit, mettra au monde son enfant. Aucune cham-bre, aucun berceau n’étant disponible, une mangeoire dans une grotte fera l’af-faire. La mère et l’enfant vont bien ! Pas de déprime dans la grotte !
- Plus tard, Jésus n’ira pas dire sa parole dans un endroit sécurisé et devant un auditoire sélectionné mais à Capharnaüm, une ville où on dit tout et le contraire de tout. Sa Parole s’ouvrira un chemin.
- Le germe du ressuscité dans la vie de St Paul, enfermé dans sa foi juive, donne ceci : : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » (Gal. 2,20)

2) L’espérance n’existe pas. Il y a seulement des gens qui espèrent. (Je m’inspire des réflexions d’un moine de Landévennec) Il y a des gens qui sortent de la routine, de la torpeur paresseuse qui se contente de ramper au niveau de tout le monde. Tant que Dieu emprunte nos sentiers, l’espérance est facile. Nous gardons nos appuis humains mais quand il nous entraîne sur des sentiers sauvages, il faut être bien accroché.
Il témoigne d’une espérance celui qui se sépare du superflu. Il ne subit pas, Il choisit. Il choisit même ce qu’il ne peut éviter. Il entre dans le risque.

Au long des siècles, il y a toujours eu des germes, des gens décalés qui ouvrent d’autres routes.
L’Eglise n’a pas à être de son temps. Elle doit être pour son temps. Elle doit être assez dans le monde pour s’en décaler et témoigner d’autre chose.
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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