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1er Dimanche de Carême C

1er Dimanche de Carême - C-

Deutéronome 26, 4-10 Romains 10,8-13 Luc 4, 1-13

En ce temps-là, (vers 1500 av. J.C. ?), les Hébreux quittent l’Egypte et savourent leur liberté toute neuve. Ils cheminent dans le désert pour rejoindre la terre de leurs ancêtres, une terre qu’ils ne peuvent qu’imaginer. La vie au désert les déstabilise. Ils ne cessent de protester contre Moïse parce que l’intendance ne suit pas. Dieu leur envoie la manne, une nourriture étrange venue du ciel chaque matin.
En la mangeant chaque jour, ils observent qu’ils ne sont pour rien dans sa production, que cette nourriture est un don de Dieu. Purs consommateurs, ils ne peuvent que dire merci.

Arrivés sur la terre de leurs ancêtres, ils deviennent sédentaires avec une terre à travailler. Ils bénéficient des compétences des tribus déjà sur place qui attendent de bonnes récoltes de leur travail et aussi de la bienveillance de leurs dieux qu’il faut servir et honorer. « Ici, c’est comme ça qu’il faut faire. »
En mangeant désormais le fruit de leur propre travail, les Hébreux vont être tentés de laisser de côté le Dieu qui les a sortis d’Egypte pour confier leur avenir aux dieux locaux qui connaissent le terrain.

Pour empêcher la dérive, un rituel est mis en place. Texte d’aujourd’hui. Comme en tout rituel, il y a un geste et des paroles.
Le geste ; le cultivateur met les premiers produits de sa récolte dans une corbeille et la présente au prêtre de service qui la dépose devant l’autel du Seigneur.
Les paroles ne sont pas une prière mais un récit. Le cultivateur se situe comme l’héritier d’une longue histoire.

« Mon père était un Araméen nomade ». Les Araméens vivaient sur un vaste territoire qui s’appelait Aram. Il couvrait l’Arménie, la Syrie, l’Irak. C’est dans l’Irak du sud, la Chaldée, que vivait Abraham. C’est de cette Chaldée qu’il partit sans savoir où il allait. Il se fixe en terre de Canaan, la Palestine actuelle.
Une famine oblige les descendants à se réfugier en Egypte. Bien accueillis, ils sont finalement maltraités. Ils crient vers le Seigneur qui les libère et les ramène dans ce pays. Ils apportent à Dieu les prémices des fruits du sol qu’il leur a donné. Ils reconnaissent que la terre, les fruits de la terre, et donc leur propre vie est un don de Dieu.

Quand l’homme travaille, triture et manipule la création, il intervient sur une matière qui ne lui appartient pas. A chaque instant, il est tenté de se comporter comme s’il pouvait disposer à sa guise de ce que la création lui donne.
A chaque messe, nous refaisons la démarche du cultivateur hébreu. « Tu es béni Dieu de l’Univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes. Nous te le présentons, il deviendra pour nous le pain de la vie. »

La tentation de disposer de tout sans discernement est de tous les temps. En composant son récit des Tentations de Jésus au désert, Luc nous montre comment il se situe vis-à-vis des puissances du monde.
Luc a situé son récit après le baptême de Jésus dans le Jourdain. Déclaré Fils de Dieu dans ce qu’il dit et dans ce qu’il fait, il est parfaitement lié à Dieu : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé, en toi je trouve ma joie. »
Et pour manifester qu’il est Fils de la terre, Luc déroule sa généalogie.

Après l’eau du Jourdain voici le désert, le lieu où se manifestent nos fragilités, nos peurs et notre désir instinctif d’en triompher par nous-mêmes.
Durant ces 40 jours de désert, Jésus reçoit la visite du diable. Par définition, le diable est celui qui divise. Il désarticule notre humanité.
Au désert, Jésus va connaitre des situations qui appellent des décisions. Ce sont nos décisions qui façonnent notre manière d’être humain.

Jésus a faim. Il est dans le besoin. Le diable a la solution : « Si tu es le Fils de Dieu ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Lui qui changera l’eau en vin est capable de le faire. Mais s’il le fait, il met sa puissance au service de son bien-être, un bien-être qui veut toujours plus. En vrai Fils de Dieu, il attend tout de son Père. Au service de qui et de quoi mettons-nous nos capacités, notre pouvoir, nos relations ?

Jésus veut changer le monde pour l’offrir à son Père ! Le diable a la solution. Le mensonge est son art de vivre et la manipulation sa technique. Puisqu’il est le maître du monde, que Jésus reconnaisse son pouvoir et il disposera des royaumes. Mais Jésus, n’a qu’une seule référence, un seul repère, la volonté de son Père.
De quelle manière le goût du pouvoir fausse-t-il notre relation à Dieu ? Quelles sont les idoles qui nous séduisent ? Que cherchons pour réussir notre vie ?

Jésus doit se faire connaître. Le diable a la solution. Il l’emmène au sommet du Temple : « Si tu es le Fils de Dieu jette-toi en bas (…) les anges te porteront sur leurs mains ! » Et le bon peuple éberlué te suivra. Mais Jésus ne cherche pas à se faire va-loir. Il ne cherche qu’une chose la gloire de son Père.

L’Histoire nous fait rencontrer des responsables qui se sont présentés comme des messies. Jésus ne sera pas un sauveur du genre de ceux qui profitent de leur pouvoir, qui veulent agrandir leur territoire et cherchent à se faire valoir. Fidèle à la volonté de son Père, il ne cessera de lui rendre gloire.
Jésus ayant précisé ses repères, Luc nous invite à le suivre sur le terrain. Il va commencer par la Galilée, le carrefour des nations !
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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