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1er Dimanche de Carême A

1er Dimanche de Carême -A- (TOL)

Évidemment, aucun journaliste n’a été témoin des événements qui sont racontés au début du Livre de la Genèse. Les spécialistes disent que ce récit a été écrit au retour de l’exil. En le lisant, je me suis demandé si l’auteur n’y a pas raconté l’histoire de son peuple. J’ai risqué le rapprochement. Que dit le texte ? Que dit l’Histoire ?

En découvrant un pays à reconstruire, les Juifs avaient autre chose à faire que se ra-conter des histoires ; ils avaient besoin de comprendre ce qui s’était passé ; il fallait trouver les mots pour dire le désastre que le peuple avait traversé et trouver un cadre pour situer les mots. Il serait naïf de juger naïf le récit qui nous est proposé. Il n’a pas été écrit pour rien.

“Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant” A ce stade, sur la car-te d’identité du premier homme, on aurait pu lire : Nom : Adam. Date de naissance : inconnue. Lieu de naissance : quelque part. Domicile : Sans !
Il y eut donc un temps où, quelque part, Dieu modela une forme humaine à partir de presque rien. De la poussière ! Ce quelque part pourrait être l’Egypte. Les Hébreux y ont vécu longtemps. Ils étaient partout et nulle part, écrasés de travail et inexistants : une masse d’esclaves, une poussière indéfinissable.

Sortie d’Egypte, cette masse a affronté le désert. Et là, le Seigneur lui insuffla un souffle de vie, la Loi. Et cette masse devint un être vivant. L’Alliance du Sinaï le fit naître comme peuple, avec un Dieu comme les autres peuples. Mais ce peuple était toujours errant dans le désert.

Quand Adam fut créé, “le Seigneur Dieu planta un jardin en Eden, à l’orient et y plaça l’homme qu’il avait modelé. Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux. Il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.”

Le peuple a été introduit dans la Terre Promise qu’il n’a pas travaillée, tout comme A-dam a été introduit dans le jardin d’Eden qu’il n’a pas planté. La Palestine est à l’est de l’Egypte

Il y avait donc l’arbre de la connaissance du bien et du mal. “Le Seigneur Dieu donna à l’homme cet ordre ” Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu n’en mangeras pas ; car le jour où tu en mangeras, tu mourras.” (2,16)
Comme n’importe quel arbre, il est là, sans signe distinctif, sans protection parti-culière. Pareil aux autres arbres, il reste différent. C’est Dieu et lui seul qui dit ce qui est bien et ce qui est mal.

Pour que l’homme ne souffre pas de la solitude, il lui fit une aide. Ce fut Eve.

En Terre Promise, ce peuple avait une singularité. Il n’avait qu’un Dieu alors que les peuples voisins en avaient beaucoup. N’avoir qu’un Dieu pouvait être perçu comme un handicap et pour Dieu et pour le peuple. Dieu ne fait équipe avec personne. S’il vient à défaillir, à qui le peuple va-t-il s’adresser ? Mais le Dieu de ce peuple revendique d’être le seul Dieu vivant. Il ne veut pas qu’on le rabaisse à n’être qu’un dieu parmi les autres dieux qui, eux, sont de fabrication humaine.

Pour protéger cette singularité, Dieu avait interdit aux hommes de son peuple d’aller chercher des épouses dans les peuples voisins. Il y avait danger que les hommes abandonnent leur Dieu pour honorer les dieux de leurs épouses. Bien entendu, cette règle ne fut pas respectée. Des rois ne purent éviter de “faire de la politique politicien-ne”. Ils estimèrent qu’il était bon pour défendre leur pouvoir de faire des alliances avec les peuples voisins et même d’épouser les princesses étrangères.
Ce qui devait arriver arriva. Ces princesses devenues reines entraînèrent leurs époux au culte de leurs idoles malgré l’opposition des prophètes.. Peut-on voir en ces princesses, la figure d’Eve, elle-même trompée, qui fait manger à son mari le fruit défendu ?

Le Dieu de l’Alliance n’étant plus la référence unique du bien et du mal, le peuple partit à la dérive jusqu’à la catastrophe finale. Adam et Eve découvrirent qu’ils étaient nus, réduits à rien et furent chassés du paradis. Le peuple d’Israêl fut chassé de la Terre Promise, réduit à rien, sans terre, sans roi, sans temple, sur une terre étrangère. Ce fut l’exil à Babylone (Irak du sud) pendant près de 50 ans.
*
L’auteur aurait pu situer son récit à n’importe quel moment du parcours historique de son peuple tellement le comportement des hommes est toujours le même. Il l’a situé tout à fait au début de l’histoire humaine comme pour signifier que, depuis toujours, le cœur de tout homme est habité par la même tentation : décider à la place de Dieu de ce qui est bon pour lui… et nous en sommes toujours là.
Chacun veut faire ce que bon lui semble et notre société décide, par ses représentants, de ce qui est bien et de ce qui est mal sans se soucier des dérives qu’elle prépare.

Entendre ce récit le premier dimanche de Carême nous invite à situer notre relation à Dieu. Voulons-nous le mettre à notre service ? Acceptons-nous de lui faire confiance ?
Le jour de notre baptême, Dieu a fait alliance avec nous. Il veut nous partager sa vie alors que nous voulons instinctivement le rabaisser à notre niveau.
Le carême est une occasion offerte pour nettoyer la source de notre baptême, pour reprendre conscience de l’Amour que Dieu a déposé en chacune de nos vies.

“Crée en moi un cœur pur,ô mon Dieu... Rends-moi la joie d’être sauvé.” (Ps 50)

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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