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1er Dimanche de Carême.

1er Dimanche de Carême -A- (TOL)

A toutes les époques, il y a des gens qui manœuvrent pour accéder au pouvoir. Certains ont vraiment le souci de rendre service. Leur mission accomplie, ils savent se retirer. D’autres sont motivés par la jouissance d’arriver au sommet après avoir éliminé les concurrents. Pour conquérir le pouvoir, certains mobilisent une armée. D’autres se font discrets. Invisibles, ils rendent des services. Peu à peu, ils ont leur place dans les coulisses du pouvoir et finissent par se rendre indispensables. Arrivés au sommet, ils n’ont plus qu’un désir, y rester. Là, ils sont heureux, tandis que le peuple survit comme il peut.
Revenu d’exil, le peuple de Dieu cherche à comprendre ce qui s’est passé et découvre peu à peu comment il s’est fait berner par ceux qui l’ont amené à la déroute absolue.

D’une manière imagée, le Livre de la Genèse, écrit au retour d’exil, raconte ce chemi-nement. Dieu a installé Adam et Eve dans un jardin en état de marche (si on peut dire) et leur a donné des consignes de bonne conduite. Ils ne réagissent pas. A ce stade, le tex-te ne rapporte aucune conversation entre eux.
Et voilà qu’intervient un nouveau personnage présenté sous la forme d’un serpent. Discret, il se faufile dans le jardin et prend contact avec Eve. En habile comédien, il trafique l’information et feint sa surprise : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : « Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin !? » Honnête, Eve rectifie et répète fidèlement ce que Dieu a dit. Le serpent argumente : Dieu a peur de perdre son pouvoir. Eve tombe dans le piège.
A partir de là, son regard sur le jardin et sur elle-même change. Le fruit de l’arbre doit être savoureux. Agréable à regarder, il devient désirable. De fait, il est très bon. Eve le partage avec son mari et tous les deux se rendent compte de ce qu’ils ont fait. Trop tard ! Désormais, il y a en eux, (et par eux, en toute l’humanité), le désir de prendre la place de Dieu, de l’évacuer des décisions à prendre.
Quand on a tout pour être heureux, le désir n’est pas éteint. S’il n’est plus contrôlé, toutes les dérives deviennent possibles. Ce texte en dit long sur le péché.

* Le péché est comme un refus de dépendre de Dieu. L’homme est dans une attitude de défiance à l’égard d’un Dieu qui, croit-on, prétend garder pour lui jalousement sa vie et sa puissance.
* Le péché est comme une rupture de communion avec Dieu lui-même, avec les autres, avec la création. Ils sont comme des étrangers dans ce jardin. Adam et Eve se cachent devant le Seigneur. Finalement, ils sont expulsés.
* Le péché est comme une impasse. Adam et Eve avaient la prétention de devenir comme des dieux. Ils se retrouvent nus. Le texte décrit leur déchéance en les com-parant aux esclaves et aux captifs qui, en ce temps-là, étaient nus.
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Dans le récit de Matthieu, Jésus n’est pas dans un jardin. Il est conduit par l’Esprit Saint dans le désert qui semble être la demeure du diable. Après 40 jours de privation, Jésus a faim et n’a rien à se mettre sous la dent. Dans le désert, il n’y a pas de fruit défendu. Il n’y a rien du tout ! Opportunément, le diable se présente. Par définition, il est celui qui divise. Tout ce qui est équilibré l’insupporte. Il organise le désordre. En bon conseiller, il a la solution pour résoudre le problème de Jésus.
Les deux premières tentations commencent ainsi « Si tu es le Fils de Dieu… » Et elles s’appuient sur une parole de Dieu. Qu’il se nourrisse à partir des pierres du dé-sert ! Qu’il provoque l’admiration de la foule en se jetant dans le vide depuis le sommet du Temple ! Les réponses de Jésus donnent à penser qu’il est un homme comme les autres mais un homme habité par la Parole de Dieu.
Faisant ce constat, le diable joue sa dernière carte. Il propose de lui abandonner son pouvoir sur la terre entière. Il suffit qu’il se prosterne devant lui. Jésus rompt le dia-logue : « Arrière Satan ! » Jésus n’a pas d’ambition temporelle.
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Peut-on dire que le déclic fondamental de toute décision humaine est la faim, l’appétit, le désir d’autre chose. La faim a de multiples visages.
Dans nos Bibles, le récit de Matthieu a pour titre : « Tentations de Jésus au désert »
Cela nous prépare à entendre une aventure qui est arrivée à Jésus et que nous entendons tous les ans. On admire son courage, l’à-propos de ses répliques et on en reste là. D’autant plus que le mot « tentation » est un mot qu’on n’entend guère que dans les églises.
Le Tentateur ne manque pas d’imagination. Dans notre vie quotidienne, d’autres mots caressent nos oreilles avec insistance. Nous recevons de telle ou telle entreprise des propositions intéressantes, des offres exceptionnelles ; on nous signale des occasions à saisir. On connaît les soldes, les campagnes publicitaires, les promotions et les pages de publicité. Il arrive que ces offres retiennent notre attention. Nous découvrons ce qui nous manque pour être comme tout le monde ou avoir une vie plus facile. Quelquefois nous résistons et quelquefois ces choses nous paraissent agréables puis désirables et enfin indispensables. Arrivons-nous toujours à contrôler nos désirs et notre liberté ? Nous sommes bien dans la lignée d’Adam et Eve.
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Dans sa lettre aux Romains, Paul parle de ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui rend juste. Allons-nous accepter durant ce carême les dons de la grâce qui va nous aider à contrôler nos appétits, nos faims, nos désirs ?
Dieu lutte avec nous, autant et plus que nous !
D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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