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19e Dimanche C

Livre de la Sagesse 18,6-9                          Lettre aux Hébreux 11,1-2. 8-19                                              Luc 12,32-48

Durant ce temps de vacances, il y a beaucoup de monde sur les mêmes routes. Tous ceux qui partent savent où ils vont. Ils ont prévu l’heure de départ, les arrêts, les bouteilles d’eau, les jeux pour occuper les enfants. Ils savent qu’ils sont attendus en famille ou dans une location. Ils savent aussi que la Gendarmerie veille sur eux !

En mai 1940 durant l’exode, il y avait aussi beaucoup de monde sur les routes. Les anciens s’en souviennent. En attendant l’ordre d’évacuation, les personnes qui se trouvaient menacées se sont posé la question : Faut-il partir, faut-il rester ? Ceux qu’on appelait les réfugiés ne partaient pas en vacances. Ils fuyaient, emportant le stricte nécessaire, et ils ne savaient pas où ils allaient…
Quelque part au sud de la Loire !
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Aucune vie en commun n’est possible si chacun soupçonne tous les autres de men-songe. Personne ne peut vivre sans porter, au plus profond de lui-même, un minimum de confiance envers quelqu’un. Le client doit avoir confiance dans le commerçant et le commerçant doit avoir confiance dans le client. Toute démarche de confiance s’ap-puie sur une volonté de vérité et une capacité d’obéissance à des règles.

Obéir, c’est entendre ce qui est dit et en tenir compte. Quand il s’agit d’engager l’ave-nir, avoir confiance, c’est remettre en cause un peu de nos certitudes spontanées.
Si la foi est une affaire de confiance, tout homme a quelque part en lui une capacité de confiance, une capacité de foi. Une foi en quoi, en qui ?

Il nous arrive de faire confiance à une personne dont on dit qu’elle est de bon conseil et il nous arrive de faire confiance à un inconnu. Par exemple quand on est perdu en ville, on s’informe auprès de la première personne qui se trouve sur notre chemin, en espérant qu’elle ne nous dise pas : « Excusez-moi ! Je ne suis pas du pays. »

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Partir ou rester ! La confiance !
Voilà qui peut nous introduire dans le texte de la lettre aux Hébreux.
Le passage que nous avons entendu aujourd’hui, s’adresse à des communautés chré-tiennes d’origine juive qui ont déjà une certaine ancienneté. Elles ont connu la géné-rosité des commencements. Leur foi a des racines mais elle est gagnée par le doute et la lassitude alors que des difficultés s’annoncent. Une question se faufile dans les es-prits : Nous avons quitté la Loi Juive. Faut-il persévérer ? Faut-il revenir en arrière ?

L’auteur réveille dans la mémoire de ses destinataires l’aventure d’Abraham.
Au 19ème s. avant J.C., des clans occupaient la Chaldée (Irak du sud). Les historiens ont noté qu’à cette époque il y eut des mouvements de population du sud vers le nord. Des mouvements provoqués par quoi ? Peut-être la guerre, peut-être, la sécheresse.
Faut-il partir, faut-il rester ? Chaque clan se pose la question et interroge son dieu. Comme beaucoup d’autres, Abraham plie bagages. Et voilà qu’en cours de route, Té-rah, le père d’Abraham, meurt. Abraham y voit un signe de son dieu : il doit se fixer sur le lieu de la tombe de son père et c’est là qu’une conviction étrange s’impose : un Dieu inconnu lui dit une parole nouvelle : « Pars de ton pays. Laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai » (Gen. 12,1) Autrement dit : « Ne reste pas en Chaldée, quitte la tombe de ton père, quitte tes ancêtres, quitte tes racines et va plus loin ! »
Les traducteurs disent qu’en passant d’une langue à une autre, on dit « à peu près la même chose » que le texte original. En entendant « Pars de ton pays » il faut préciser : « Va pour toi ». Abraham comprend qu’il est de son intérêt de partir. Pour partir, il a une raison. Une promesse accompagne cette parole.

Le texte d’aujourd’hui dit : « Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qui devait lui être donné en héritage. Et il partit sans savoir où il allait. » Abraham obéit. Il prêta une oreille attentive à ce que lui disait ce dieu incon-nu et il partit.
Abraham, Sara et les autres au fils des siècles ont espéré et ils n’ont rien vu venir. « C’est dans la foi qu’ils sont tous morts sans avoir connu la réalisation des promesses mais ils l’avaient vue et saluée de loin ».
Ils ont tenu dans l’espérance et ils ont eu raison.
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Quand les choses vont bien dans un pays, la population est tentée de profiter du mo-ment présent sans se soucier de l’avenir qu’elle se prépare. Quand les choses tournent mal les gens avisés retroussent leurs manches et se mobilisent. Les insouciants vident les dernières bouteilles de la cave avant de s’endormir et de se réveiller dans l’escla-vage… dont il faudra sortir au prix de gros sacrifices.
Faut-il quitter un style de vie. ? Faut-il s’y enfermer ? Mobiliser une société marquée par l’individualisme personnel ou de groupe, ce n’est pas gagné d’avance.

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- Le Livre de la Sagesse nous a parlé d’un peuple qui a cru en son avenir. Esclaves en Egypte, les Hébreux attendaient la délivrance. « Ils étaient dans la joie » dit le texte. Vite dit ! Quand le moment est venu de partir, le plus grand nombre n’a cessé de râler. Quelques uns ont porté cette espérance. Ils ont sauvé le peuple.
- La Lettre aux Hébreux nous a parlé d’un peuple qui doute.
- L’évangile nous a parlé d’un petit troupeau qui s’entête à croire à son avenir. Il doit rester en tenue de service. Les chrétiens seront-ils dans le petit troupeau d’aujour-d’hui qui est lucide sur la situation ?
Chaque catégorie de citoyens veut se faire entendre. Parmi toutes les récriminations qui surgissent de partout, les chrétiens sauront-ils discerner celles qu’il faut entendre et soutenir ? Seront-ils la main de Dieu qui vient au secours de son peuple ?

D. Boëton

 

Saint Bernard,

 
 

 

 

 
 
 

 

 
 

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